29 décembre 2007
"LAST EXIT TO BRUXELLES..." ,par Maurice G.DANTEC : "...Dans un siècle seulement, la honte nous clouera au cercueil de l'histoire, dans un demi-siècle on commencera sans doute à parler ouvertement de trahison … "
Alors, c'est sûr, en dehors de la ténébreuse certitude de cette extinction prochaine, je ne vois qu'une zone grise, avec en arrière plan, au loin, une ligne de feu bien rouge, comme si un profond et dense brouillard recouvrait de ses nuées la présence d'un violent incendie à l'horizon.Un soir, il y a longtemps, c'était vers 1977, ou 78, je roulais avec quelques compagnons dans une ancienne Simca aux alentours de Poissy, lorsque nous étions passés le long des anciennes usines dudit constructeur automobile, puis, sans que je puisse me rappeler où nous étions avec précision, nous avions traversé un très beau pont métallique sur la Seine , dans un décor de friches industrielles et de voies d'autoroutes qui se déploya comme un écran cinémascope sur le pare-brise, irisé par une pluie fine qui tombait d'un ciel aux nuages intermittents, dans une lumière étrange et douce, argentée; et tandis qu'une cassette de Kraftwerk déroulait ses boucles électroniques dans l'habitacle humide, j'avais alors, sous l'influence ouvertement néo-constructiviste, ou néo-futuriste, des musiciens rhénans, et de plusieurs substances illicites, imaginé le même coin anonyme de la banlieue projeté un demi-siècle plus tard, avec des lignes d'aérotrains à sustentation magnétique qui relieraient Paris, Berlin, Moscou, des immeubles géodésiques dédiés à la science spatiale germano-russe plantés sur le terrain des usines désaffectées, des cathédrales en forme de nef cosmiques s'élevant à l'horizon, puis beaucoup plus tard dans la nuit, alors que la drogue me tenait éveillé dans une maison où tout le monde dormait à poings fermés, une sorte d'urbanisme géopolitique prit forme dans ma tête.J'imaginai une vaste fédération euro-russe, après que l'Otan eût victorieusement disposé du communisme est-européen, puisqu'une " anti-révolution de 17 " eût remis en place une monarchie impériale constitutionnelle en Russie. Une alliance hémisphérique boréale se dessinerait alors, parallèlement à une unification hémisphérique panaméricaine, de l'Alaska à Ushuaïa. Seule une telle union à " double-polarité ", est-ouest et nord-sud, me semblait en mesure de contenir le futur géant chinois, et les différentes formes de despotisme oriental qu'il trouverait comme alliées dans le " tiers-monde ", ou ailleurs. Seule une telle " construction européenne " me semblait en mesure de proposer un avenir aux populations divisées du continent, et au reste du globe, sans quoi, me disais-je…
J'étais alors très jeune, j'avais encore peu lu, et encore moins vécu, mais je n'allais pas tarder à comprendre. Au début des années 80, et au fil des ans plus encore, le rêve sombra peu à peu, alors qu'il devenait évident que toutes les trahisons de la civilisation européenne étaient en voie d'être accomplies par nos gouvernements, de gauche comme de droite, socialistes comme libéraux et que, pire encore, une dialectique mortifère avait fort à propos contaminé les esprits et rendu tout authentique débat impossible: en effet, entre l'Europe de Bruxelles (qui serait bientôt celle de Maastricht) et les diverses rodomontades " souverainistes " qui déjà se faisaient entendre (PCF, FN, néogauchistes, archéogaullistes, etc.), nul autre choix, comprenez le bien, n'était possible. Entre les merdiques gestionnaires libéraux-socialistes et l'opposition facho-coco, point de salut. Entre la République bourgeoise girondine, et ses compromissions, et la République bourgeoise jacobine, et ses crimes, pas de troisième terme, je le savais depuis le collège, ne me l'avait-on pas assez répété ! On comprendra dès lors un peu mieux comment l'idée de ce " troisième terme ", à priori impossible, n'est-ce pas ? a commencé, et à mon corps défendant, à venir trotter dans ma tête, sous la forme d'une couronne, d'un sceptre, et d'un globe terrestre surplombé d'une croix. Qu'on ne m'en veuille pas si, après Nietzsche, et par lui, j'en vins à Joseph de Maistre, m'accordera-t-on quelque circonstance atténuante si je prétends que le rêve européen est en attente depuis douze siècle d'un nouveau Rex Carolingus ? Aïe, aïe, aïe, vous n'êtes pas sérieux dîtes-nous, jeune homme , quoique vous soyez déjà quadragénaire, ce qui aggrave d'autant plus votre cas… Nous voulons du RATIONNEL. Du POLITIQUE, enfin tel que nous comprenons ce mot, i.e. une variation de l'économie ou de la sociologie. Nous voulons un PLAN. Genre quinquennal. Nous voulons la démocratie pour 450 millions d'européens, et sans que cela nous coûte trop cher, en taxes diverses, comme en pétitions de principe, quoique de ce point de vue là nos réserves soient considérables. Alors vous comprenez, vous et vos chimériques visions du Saint Empire Romain Germanique… Je sais, je sais, suis-je dans l'obligation d'avouer, ce n'est pas sérieux, de ce sérieux qu'empruntent (à très bas taux) les bourgeois dès qu'il s'agit de perpétrer leurs méfaits, mais que voulez-vous, ce n'est pas ma faute si je crois que l'Europe est mal barrée depuis le désastreux Traité de Verdun de 843, qui non seulement réduisit la France à un minable bandeau de terre s'étendant de la Somme au Languedoc, mais la divisa à tout jamais de sa fonction impériale. Clovis et la dynastie franque avaient su faire de leur Royaume naissant la fille aînée de l'Église, dès 496, consacrant ainsi le premier État chrétien d'Occident, vingt ans après la Chute de l'Empire Romain d'Augustule. Lorsque Charlemagne prend en main le sceptre royal de France, un peu moins de trois siècles plus tard, il accomplit ce processus historial en faisant en sorte d'être ordonné, grâce à la clairvoyance des Papes de l'époque, comme premier Empereur chrétien d'Occident, en concurrence certes avec les basileus de Constantinople, représentant l'Empire d'Orient qui durerait jusqu'en 1453, mais uni à eux par la même religion, car en cette lointaine et brillante époque, le Catholicisme s'étendait sans la moindre division intestine de l'Atlantique à la Méditerranée orientale, unifiant une multitude de peuples, de langues, de cultures, dans un projet civilisationnel dont même les échecs futurs stupéfieraient le monde par la grandeur. Mais en 843, l'union du Royaume de France et de l'Empire d'Occident est brisée, par des Papes de moins en moins clairvoyants, et au Xe siècle le Globe Impérial finira dans les mains des puissances germaniques, pour le plus grand malheur des peuples. Le nationalisme bourgeois ne pouvait que s'étendre, la compétition économique l'envenimer, les guerres ravager le continent, les grandes hérésies se reconstituer, les schismes advenir, et finalement le modernisme social et industriel se propager. Seule la France aurait pu en ses années cruciales fonder, c'est à dire fondre, fusionner, une civilisation européenne chrétienne qui se serait étendue de Galway au Bosphore, et plus loin encore. À la fois celte, romaine et germanique, elle seule pouvait prétendre à un catholicisme - c'est à dire un universalisme - politique pour tout l'Occident, elle seule aurait pu devenir l'axis europei qui jamais ne se fixa. Mais vous vous enfoncez, jeune homme de quarante ans et des poussières, que nous importent en effet vos jérémiades sur un passé datant d'un millénaire ? Ne savez-vous pas que le monde est né aux alentours de 1968, avec la pilule anticonceptionnelle, le double album blanc des Beatles, l'Internationale Situationniste et les romans d'Henri Troyat ? Que sans l'invention de l'ampoule électrique, de la machine à vapeur et de la presse à imprimer, nous ne serions tout juste que des êtres à l'apparence simiesque ? Que le christianisme certes, c'est parfois très beau, n'est-ce pas, mais de là à vouloir en faire un projet de société contemporain, et plus encore pour 25 nations aussi différentes, je crois que la prise de vos médicaments s'impose de toute urgence. Certes, certes, j'en conviens, je n'ai pas encore pris ma petite pilule au lithium qui m'aide à supporter l'insupportable, sans pour autant me faire tolérer l'intolérable, je me confesse : je me suis laissé emporter. En effet, je dois le reconnaître humblement, que pourrait bien accomplir une religion comme le judéo-christianisme pour UNIFIER 25 nations, dont l'une sera d'ailleurs à forte composante islamique ?
Que pourrait faire, c'est vrai, en toute honnêteté, un principe religieux qui durant mille ans avait permis au continent, et à tous ses peuples, de commencer à devenir une civilisation ? En effet, cher monsieur, nous ne vous le faisons pas dire. On peine à croire qu'un homme comme vous, pourtant né comme nous autres à peu près au moment de la Création-Du -Monde, n'ait pas songé à proposer une version marxiste-léniniste dopée aux phéromones Debordistes, qui font tant fureur aujourd'hui, ou alors une de ces litanies anticapitalistes humanitaires qui rythment le parcours obligé de tout auteur français qui se respecte, voire - comme vous le disiez vous-même nous semble-t-il - l'épopée d'une vaste confédération euro-russe qui permettrait par exemple aux agriculteurs du Roussillon d'échanger leurs tomates ou leurs poires contre des tonnes de viande de renne venue de Sibérie, vraiment, nous ne comprenons pas, il y a pourtant du bon dans la constitution eurogiscardienne, surtout pour nos Airbus, mais évidemment, si pour vous, seule une RELIGION peut unifier tant de différences, c'est que vraiment vous ne croyez ni aux miracles de la Centrale-à -Charbon, ni à ceux de la Réglementation , et moins encore à ceux de la démocratie parlementaire, il est hautement probable que vous soyez en fait un dangereux réactionnaire, monsieur, et cela, sachez-le, dans la Patrie-des -Droits-de-l'Homme-et-de-l'Urinoir, cela ne se fait pas, nous vous dénoncerons à la Police Intellectuelle dès que vous aurez un peu tourné le dos. Alors comment imaginer, dîtes-moi, une Europe du futur, puisque Aix-la-Chapelle n'est plus qu'une petite bourgade folklorique et que c'est à Bruxelles que se dessinent les plans de l'avorton terminal ?
Quiconque a traversé ce non-pays qu'est la Belgique pour se rendre dans sa capitale, ne peut, me semble-t-il, que ressentir une terrible impression de dérision et de ridicule, devant la désolante banalité des paysages et des hommes, cette bourgeoisie incarnée génétiquement, et finir par se dire que, pour sûr, l'Europe actuelle ne pouvait surgir que d'un tel endroit, et qu'un tel endroit avait été nécessairement choisi pour accoucher d'une telle Europe. La Belgique a ainsi été intronisée, on ne sait pourquoi, centre de gravité historique du continent, ce fut une des plus fondamentales manoeuvres des artisans de cette " construction européenne ", juste après la seconde guerre mondiale, que de se servir de cette dernière, et des abominations du nazisme, pour adapter à l'échelle continentale les immondes institutions de l'ONU, et donc éradiquer de la conscience des peuples européens toute notion de souveraineté politique et religieuse. Le projet suit son cours. Dans une génération, deux grand maximum, la catastrophe démographique post-communiste aura réduit la population russe à environ cent millions d'individus, pour plus de 150 aujourd'hui, qui n'appelle pas cela un authentique désastre, surtout dans la configuration géopolitique et ethnico-religieuse de l'ex-URSS est un docteur Knock de la politique. Une constitution sociale-libérale aura achevé de déchristianiser politiquement et sociologiquement le continent à l'ouest de la Vistule , terminant le travail que le communisme aura accompli en trois quarts de siècle de l'autre bord. Ce qui se profile aux États-Unis, avec les attaques en règle contre toutes les institutions chrétiennes, et leurs symboles, conduites par la confédération transpolitique du " gauchisme libéral ", et qui vaut à ce pays des batailles constitutionnelles toujours recommencées et jamais vraiment terminées (les avis de la Cour Suprême peuvent être annulés, ou " amendés "… par la Cour Suprême ), prendra racine sur le terreau social-libéral de la gauche européenne sans le moindre espoir de retour. Une idéologie politico-religieuse bien plus dynamique, et violemment opposée aussi bien au judéo-christianisme qu'au modernisme post-chrétien, saura sans doute judicieusement utiliser ce vaste espace vide, peuplé de 450 millions de Bruxellois...
Killing joke : « death & résurrection show

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17:24 Publié dans Actualités, Associations, Blog, Bons plans, Coup de coeur/Coup de griffe, Débat/Forum, Economie, Famille, Livre, Loisirs/Culture, Nature/Environnement, Politique, Sciences et technologie, Traditions | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ...J'ai vu l'Europe du futur, un soir, alors que le soleil tombait sur Sarajevo dans un silence majestu

