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17 janvier 2017

"Jimi Hendrix:Electric Ladyland/1"...prophéties électriques...

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avant- propos :...au commencement, il n’y avait rien, ou si peu... 1968, les pavés, le féminisme, le rock, l’écologie, les drogues, les communautés, les départs pour l’Indes, l’alternative et tout le bric-à-brac d’où je me sentais exclu, bienheureux comme Alexandre, sauf pour la musique rock, « pop-music » à ces moments perdus (assez larges), ou les damnés de la Terre préféraient tirer un boulet gros comme une baraque plutôt que de profiter de la Vie, en égoïste, et de le payer salement en retour, ce que je fis de mon mieux... Les détracteurs de cet « égarement » furent nombreux et aujourd’hui morts enterrés sous des tonnes de banalités, certains se leurrent encore suffisamment pour se donner une image responsable et des clones de leur pathétique reflet, mais ça ne marche pas comme ça... D’autres bouffent le terreau  de notre bon vieux caillou arrosé de flotte...les plus originaux claquent du bec à l’asile du coin...bref, vous aurez compris qu’en plein marasme, ils ont disparu corps-z’et-âmes...fallait pas...Mais il y avait cette foutue musique qui me tirait par l’oreille d’ou l’intérêt de votre serviteur d’y avoir consacré pas mal de temps, de nerfs et d’argent sans grand espoir d'un retour possible, les clapets furent nombreux à concilier la vraie vie contre l’utopie...On ne choisit pas les uns et les autres au hasard, allez savoir... Jusqu’à la résurgence de la technique-monde, le Net, l’art s’était arrêté d’intéresser le plus grand nombre au mépris des créateurs bien seuls, avec leurs œuvres géniales qu’ils tiraient en enclume derrière eux...un gros trou implicitement lié aux flatulences des élites, la propagation de la facilité, à la « crise » (comme ils se nomment entre eux...) et toutes les fanfreluches de nos samaritains de services, la Musique n’a pas failli au système, ni survivre qu’en petits comités restreints, très restreints, pensant que l’orage finirait bien par passer et les rédempteurs par vaincre. Certes, à la surface du néant, il y eut bien quelques clapotis engloutis illico-presto sous des tonnes de bavardages...Que se passe-t'il ? Pourquoi n'avance-t'on plus ?... Ce barrage de Sisyphe étant fait pour durer, il y eut quand même un phénomène qui plana très fort au dessus de la mêlée : Jimi Hendrix, le guitar-héro le plus costaud de la planète...Comment a-t'on transformé cet authentique génie de la guitare en VRP pour "génération perdue"?...et par quel poudre de perlimpinpin a-t'on anesthésié les 600 000 personnes qui se se massaient à ses derniers concerts (l’Île de Wight-1970)  ?...ce qui nous amène naturellement à la genèse d'un des objets les plus significatifs ramené à cette époque antérieure sous la forme d'une double galette de plastique noire débarquée en pleine montée du psychédélisme: « Electric Ladyland : Jimi Hendrix/2 ».

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(suite) "Jimi Hendrix:Electric Ladyland/2"...« ils voulaient changer le monde, mais c’est le monde qui les a changés... »...

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 ...pas facile de concilier les séances d'enregistrements avec la tournée américaine hautement inflammable ainsi que les desiderata des co-producteurs qui veulent des chansons "commerciales", courtes, calibrées pour la radio et l'amusement (l’Entertainment) ... Les Beatles, véritables empereurs sur le marché de la pop, se permettent le "double album" deux mois après - et on oublie de le préciser - l'excellentissime "Blonde on Blonde" de Bob Dylan (1966)...le double album des Beatles sort en 1968 (Novembre) sous le nom de "double blanc" tout simplement, il regorge de beaucoup de titres accrocheurs et programmables en radio, le succès des Beatles n'est même plus discutable, ils ont « tué le match », leur seul nom fait vendre des millions de disques avant même toute critique pondérable...Les Beatles, Hendrix, Bob Dylan sont de redoutables artisans. L’intellect, le labo, la cohésion, ils représentent la triangulation parfaite de l’industrie moderne du disque. Les personnages sont attachants, sensibles et extrêmement populaires. Le double album est donc un défit à l’excellence et à la popularité ; l’Ummaguma des Pink Floyd (1969), immense et talentueux double album des Pink finira 10ème dans les ventes françaises, comme quoi l’affaire semble prise TRÈS au sérieux...bien plus tard, le cultissime « 666 » des Aphrodite’s Child (1971) se proposera de relire les tortures mentales de l’Apocalypse selon St-Jean, ainsi que les Génésis, Who, Yes avec de nombreux albums, simples ou multiples revisitent d’autres thèmes classiques ou-non ; la tubulure du tremplin pop-psyché semble définitivement ancrée à la fin des sixties dans des compétitions de plus en plus redoutables au mépris du monde, qui lui, ne change pas, que fera radoter un hâbleur publicitaire - ancien vendeur de yaourts reconverti dans la refourgue de « présidents » adaptables : « ils voulaient changer le monde, mais c’est le monde qui les a changés!... ».

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25 août 2016

Soumission : quand Lodève se donne des airs de Marrakech...

Les petits amis du festival "Résurgences" vous offraient ce moment délicieux où toute une ville tombait dans un orientalisme excessif. Vu les derniers évènements dramatiques de Nice, il semble le moment mal choisi... Était-ce un vilain rêve ou la méchante réalité?... en tous les cas, Lodève est une ville qui se détourne de la France...pour aller où ?...nul ne le sait...

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04 mai 2016

"La nuit,je mens,je prends des trains à travers la plaine..."

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« DRING !...DRONG !...peng !...shiiii ! whii-haaan !»...c’est drôle ce silence qui suit les massacres de masses. Toutes les équipes de secours vous le diront : on entend des sonneries venant de corps dont certains fument encore et que personne ne décroche...La journée, elles pensent encore qu’on s’intéresse à elles, qu’on les racroche, qu’on les renvoie, compile, interroge...ouais, comme quoi, de toutes ces anicroches, c'est toute la vie de nos petites prothèses; elles « rêvent de moutons mécaniques »... elles n’ont pas choisi d’habiter des hôtes refroidis intempestivement. Maintenant qu'elles ne sont plus rien. Juste des machines célibataires...« le téléphone pleure », disait Claude François, pharaon en son temps et dernier diable bondissant dans les matins d'optimisme béat.

Vous êtes resté à l’écart du tempo.

Vous avez eu de la chance.

Une veine de cocus.

Vous aurez pu y « rester ».

Et quand le conte pop vire au cauchemar, ce sont les dernières images du « Phantom of the Paradise » qui se jouent en vous. Brian de Palma en 1974,c'était pas de la p'tite bière. Swan Song. Death records...pfouh ! on ne dira jamais assez comme ce Faust à la sauce Black Sabbath fut prémonitoire. Même le héro romantique en « John Lennon » (forte ressemblance...) y stagne vers la décomposition, et poussant son chemin de Croix en glissant tragiquement sa face sous une presse-à-disques. Ce symbolisme retentissant, c'était d'une violence inouïe.

A l’époque, j’étais scotché.

A l’époque, je n’étais pas surpris du futur. Quand les films sont bons, ils ne peuvent mentir. « L’art, c’est l’homme ajouté à la nature », disait Van Gogh... Nos portables qui êtes aux Cieux, faites que leurs propriétaires soient sanctifiés. Faites le nécessaire. Joignons nos mains. Ces petites boites de bakélite communicantes abandonnées comme des chats de fourrières, au gré de l’instabilité du marché. "Allo ! Allo !"...ouais, voilà bien le cri du cosmos en vente partout.

Mais foin de cynisme, ce n’est pas comme si on ne le savait pas, tout ce tintouin ....comme si on ne l’avait pas prévu, dorloté, choyé dans des univers mentaux, prémonitoires, avec sa côte suffisante d’alerte, psychédélique pour les uns, incongrue pour les autres. Les Eagles Of Death Metal, hors du charnier natal, donnaient un concert au Bataclan ce soir-là. Pour la suite, je ne vous apprends rien... Le death  métal est devenue le matériau du réel, mort et froid, avec quelques glouglous cybernétiques. Et non, ceci n’était pas une pipe!...Les aigles n’ont pas tournoyé dans un zénith pop et glorieux, glam. Les sonneries ont tinté toute la nuit jusqu’au bout de leur batterie. La débâcle. La Bérézina. Stalingrad. Guernica. La Nuit des Longs Couteaux. Massacre de saints innocents... c'est fou ce que l’équarrissage permanent augure en vous des poussées de violence, des crises urticantes, régulières, à ces descendants de l’immigration à CNI (Carte Nationale d’Identité Française). Ils se sont faits sauter, ils ont fait feu, mutiler, estropier, entamer une Saint Barthélémy solitaire, une danse de Saint Guy sur l’autel de l’immigration saupoudré de sacs de riz, nos aides. Gonflés aux zodiacs des sauvetages en mer, le temple de la mise à mort a bien mis les voiles, aboli les transfuges. Le trop plein de services rendu en sévices...d'ailleurs,services secrets algériens, libyens, irakiens, FIS, GIA, OLP, IRIS, DAESH, Frères Musulmans...et si c'était un peu de tout ça à la fois?... Le clavecin est bien tempéré, la France est haïe, poussée en boutes par la Gauche, excusée par la Droite...Foin également des discours de pleutres, de bisounours, plein de poutous à l'univers entier, areuh!areuh!le cœur ouvert et gros comme ça, à prendre une craie en réflexe pour dessiner des p'tits cœurs sur le goudron, cramer  de la bougie, du réchauffe-plat, chanter du Lennon sur des pianos à queue et à roulettes (épatant...).

Nos colons, ils ont pour mission de descendre les populations autochtones?

 
Il n’y aurait que la Gauche, fâchée avec les mathématiques qui ne comprendrait pas le remplacement en cours...
Il n’y aurait que la Gauche qui a encouragé cette lutte incessante contre le «racisme», «l’esclavage», et le plus beau de tous les ectoplasmes: la «colonisation»...

Il n’y aurait que la Gauche ?...

Non...il y a les copains de la Droite, les lapins apeurés qui rentrent les oreilles quand les discours de la gauche se font menaçants, rédhibitoires, prêts à dégainer le 11-49 : ces fameuses « valeurs de la république », celles qui nous ont amené à sceller les cercueils de dessinateurs, de flâneurs, d’écouteurs de Rock, d'incertains (et même de gauchistes!). 

Selon une simple déduction euclidienne, les anciens « colonisés » seraient devenus les bourreaux de la France, «Mère-de-tous-les-vices»?...pour vous dire à quel point il n’y a plus de pilote dans l’Eurocoptère!...

Et Brian De Palma ? qu’a t-il fait mon bon, ce monstre voyant new-yorkais abreuvé de Nouvelle Vague et d’Hitchcock?... Sagouin anamorphique. Trucideur d’optimisme. En abandonnant le navire de la médiation intellectuelle, les gargouillis pénibles des raisonneurs, il a gardé la logique et les inquiétudes de l’oncle Alfred : « filmer un innocent qui se débat dans un monde coupable... »D’un pessimisme noir, la peloche du "fantôme".

La vie,c'est moche et d’une violence inouïe...Oui, mais d’une lucidité totale, morbidenzen! Il faut garder les pinceaux sur terre. Quand les moments s'emballent, les bouddhistes ont conclu un accord : le Nirvana, instinct de mort. Irréfutable, en 1974, le ton cinématographique était aux grincements de dents. Mais on voyait comme d’autres ont su entendre ce futur spectaculaire... Vol au Dessus d'un Nid de Coucous. Délivrance. Les Chiens de Paille, Apocalypse Now, Voyage vers l'Enfer, Rosemary Babie, The Rose, Soldat Bleu,le bilan s'alourdissait...Et combien de gens ont su voir réellement ?...Et à quel prix ?...
Nous sommes embarqués sur le manège du psy-show et des lois de Murphy : le plus terrible finit par nous arriver. En rentrant dans le tunnel, c’est le clown armé qui va foutre la trouille. Les filles vont hurler, les gars vont tomber. Théâtre inquiétant. Après le silence et la poudre, ce fut la Nuit des Sonneries Sans Maîtres.
Swann est revenu.

 coolcoolcool.

17 avril 2015

Comment j’ai sauvé la France le 20 Septembre 1970 à l’Olympia…

concert-discotheque-il-faut-baisser-le-volume.jpg« …il pleut sur Paris, il pleut sur la Boisserie. Il pleut sur l’Arc de triomphe, il pleut sur Notre Dame, il pleut sur le minuscule cimetière de Colombey-les-deux-Eglises. Il pleut sur le char qui porte le cercueil ceint d’un drapeau tricolore. Il pleut sur les grands de ce monde ainsi que les petits anonymes qui se pressent. Il pleut sur les capelines des flics ruisselant au milieu des automobiles embouteillées. Il pleut sur les jeunes qui s’agrippent aux branches des lampadaires. Il pleut sur les Légions d’Honneur, sur les héros de la Résistance. Il pleut, il pleut. C’était le 11 Novembre 1970, on enterrait le Général De Gaulle… »

Wouaoh!…qui a dit qu’Eric Zemmour n’avait pas la fibre littéraire, l’épanchement de texte et le bon angle d’attaques ?... et comment qu’il l’enlève, le morceau, circonspect, coriace, concis. Le Zem en a marre, en mode de combat, capable de réagir...que ça me retourne la tripe dans tous les sens, la vache! On l’avait sous les yeux, dans le temps, et on ne le savait pas, oubliée comme jamais, la grande France est de retour : FRANCE IS BACK!...l’ode au général De Gaulle, trier le bon Général de l’ivraie. Du Général à la générale, c’est du grand Eric Zemmour... On le voulait criblé de balles pour la postérité, mais il balance grave dans « Le Suicide Français » à la page 19 de son méga-livre. On le reniflait comme un garde-barrières d'une civilisation à peu près disparue, et il se fout à l'écrire! ...tant mieux, il faut laisser les sacs se vider, le fiel se répandre, annoncer la fin, ne pas en perdre une miette, laisser les moralistes vider la baignoire... Zemmour le calligraphe, on dirait Chateaubriand, Grand Meaulnes, Maurice Genevoix sur fond d'étangs, Proust à l’heure du thé, Bernanos à Majorque et le quidam qui croit encore naïvement aux coutures sur les pantalons de suivre... Foutraque que ce merdier, l'égout de la télévision et son suivisme, là ou les étrons communient dans le même collecteur comme l'aube, en forme de fer-à-cheval... Tout un tombereau de questions vient à l’esprit, même que je me suis dit, et toi modestement : « …kess tu foutais le 11 Novembre 1970 ?... »…naan…souviens pas…ou plutôt SI... j’étais cloué sur une machine grasse et arachnide, elle-même rivée au sol.Dix heures par jour à tourner des pièces de métal, en faisant gaffe qu’elle ne me bouffe un bras, ou une main… Et si ça avait été le cas, on m'aurait collé des prothèses de fer avant de passer à autres choses. La folie sociale est un suivi complet ou chaque "incident" de parcours est scrupuleusement annoté d'une épingle de couleur par membre déchiré, de la perte d'un organe, sur une grande carte sensée représenter la babouinerie qui vous emploie... De s'y laisser prendre était grossier,mais on avait fini par dompter ce qui restait en moi de vivant, d'unique et d'obscène socialement.Coller au troupeau humain,des milliards d'esclaves en méditaient le sens à 20.000 lieux sous la terre, entre quatre planches bon-marchés, voyages merveilleux. On a beau danser sur le bord de l'assiette, on se fait avoir. On se fait tous avoir. Dans le trompe-couillons, on ne peut pas toujours gagner,ils sont trop nombreux et arrivent de tous-côtés à la fois. Notre faiblesse sont les aspérités que leur monde a fini par graver sur nos rêves comme pollutions notoires, et par tranches de 90 minutes en sommeil paradoxal...Paradoxales tranches de fou !... on ne croit pas si bien dire...perché, vous l'êtes. Rangé,ils veulent...mais je me rappelle ce 20 Septembre 1970, ah çà oui !des vilains Brits étaient venus à l’Olympia nous asséner un méchant coup de goumiers derrière les oreilles. Ou plutôt DANS les oreilles…Ses Majestés de l’Empire du Mal, The Black Sabbath en personne daignait de leur visite nous affranchir d’une missive importante : le Diablôte est dans nos murs,merde alors!… Black Sabbath, quatre lascars dans le vent mauvais, des anti-Beatles, une confrérie de vampires précédant la chute d’Albion du suçon monarchique, le sinistre thatchérisme à venir. On pouvait ne pas aimer les britons, mais pas à ce point...Ils ont dérouillé nos bons Brits avec la "dame de fer"... ils ont "pris chers"...Paix à leurs âmes!... Si Lacan était encore de ce monde,il aurait qualifié la dondon d’outre-Manche  de "tâte-cher". Mais "Là-quand", n'était-il pas toujours "là",de ce monde, "quand" dans l'interstice de l'humour par des résonances particulières, filiales, du peu de crédit que l'on prête au hasard?...spéculations sur l'imaginaire, le chien a pété sa laisse, il gambade comme un cinglé dans la campagne atomique. La mère "tas-de-chairs",personnage avarié,substrat & composite de l’effarement d'une monarchie en décomposition préférant sacrifier les mineurs du Nord de l'Angleterre,le sujet avait été lourdement banalisé comme on détourne la tête devant un accident de la route. Depuis toujours,au pied de l'industrie,de la science,de l'urbanisme, sous le masque de Dickens-Kipling and other, la littérature des grands bretons montre des relents insupportables de tyrans domestiques, de pedo-sadiques publics, mais personne ne vous le dira clairement, comme de nier que les océans parcourent les deux-tiers du globe, le monde grand breton domine les deux-tiers de la race humaine. Celui-là n'aura jamais honte de la "colonisation", il n'est pas logé à la même enseigne qu'une pauvre bille encartée au Parti Socialiste fondant des twingos pour exiger des monuments de repentir à l'"esclavage"...entre autres.  

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Bref, revenons à nos moutons de travioles... je me suis pointé à l’Olympia à 21 heures tapantes. La salle était déjà remplie de bipèdes en tout genres, employés de bureaux, situationnistes, Krishnas, maos, spontex, anars, ainsi qu’aficionados de blues, jazz, et les éternels prolos du rock (dont je tenais la chandelle...) et de filles mystérieuses dans le noir, glissantes comme des limousines rousses. Patchouli et odeurs de foins cramés, l’ambiance habituelle. Comme à leur habitude, les gauchos-situ avaient déjà foutus pas mal de concerts en l’air: Led Zeppelin à l’Essec, Deep Purple à Normale Sup ; le summum fut le concert de Franck Zappa à Montpellier à (l’ancien) Palais des Sports, Août 70 : toute l’entrée de verre ainsi que les guichets furent dévastés par une pluie de galets puisée à même l'entrée par cette gente différentiable dont on ne comprenait les raisons d’une telle fureur, sinon que les concerts de rocks devaient être « gratuits », sa messe se devait "libre", ses curés muets et obligatoires, sa majesté les thésards d'abord ... Vous voyez,on était gâté, les génies du blues fuyaient la France comme la peste, ils allaient porter leurs pénates électriques ailleurs, nous le devons à nos propres forces "progressistes"...Montpellier se marqua du sceau de l'infamie. La France était une maladie rare, curative de sa violence politique. En fait, après 68, j'ai rarement vu un pays aussi malade de lui-même!... La cité languedocienne s'est muée en une nouvelle RDA ayant pieds dans la méditerranée, au grand dam de la musique qui elle fut interdite « live » pendant pas mal d’années. Mais les mini-soviets ont toujours un train de retard, du retard à l’allumage, et de l'allumage dans le plafonnier. Insupportables petits flicards idéologiques, les concerts et la jeunesse étaient leur terrain de prédilection. Un pandémonium d'acariâtres bévues, ils s’y donnaient rencards. La société les rejetait ? Non,pas tant que çà... et avant elle, la Nation. Cette Nation, orfèvre de leur désarroi, les considérait comme un chapelet d’hémorroïdes qu’il fallait « tolérer » en attendant la pommade, la solution " H". La grande ère de la Société de Tolérance était ouverte, comme feu-les bordels de Marthe Richard... Et quand les succubes électriques, mal arrimés dans le concept de « Messe Noire » - faire rendre gorge au Diable -, ont avoiné la salle avec un « Paranoïd » survitaminé, il y eut un instant de stupeur, quelques hurluberlus reculèrent vers le fond de la salle. Hé! Hé ! ...et c'était la première fois que j'entendais un son de cloche aussi PUISSANT,Dracula sortait du domaine public,il venait d'être privatisé...à l’époque épique de détente et d’ouverture (Nixon en Chine), la façade ravalée, un quelconque dictateur bolcho de l’Est crut bon d'ironiser sur l'identification du "socialisme", la même que celle de Lénine. Aux émissaires envoyés par delà le Mur (et notre défaite à Stalingrad sur les troupes mongoles...) et du "Non à la guerre au Vietnam" n'en crurent leurs oreilles ; «Le socialisme, c’était les soviets plus l’électricité !». L’électricité, peuchère!...En l’occurrence, sous la perspective d'un Olympia moderniste, le communisme, c’étaient plutôt les chevelus de la Nouvelle Deutsch Gramophone!... Mais pour l’instant, les monolithes Marshall grillaient plein-pot l’air opaque de la Taverne de ce foutu Mont d'Olympe. La caverne où on donnait cette musique de "manège désenchanté", d’abord rejetée, puis assimilée, fut exploitée comme autrefois les mines de sel par les intellectuels de l'Est. Elle fut servie en plat de résistance à la fête de l’Huma. Au PCF, malgré sa descente vertigineuse aux Enfers électoraux, on attrapait pas les mouches avec du vinaigre. D'ailleurs,c'est à force de reculer devant les grands maux de notre société que nous nous "adaptons" à une certaine incohérence civile, et que dans le chaos, toutes les "idées" se valent. Par la force de sa multitude, il ne finit plus par y en avoir une seule de valable.

1502446479_2.jpgMais alors, QUI étaient ces fameux "réactionnaires" ?...

J'en avais entendu parler abondamment,la littérature de gauche en était truffés...Ce soir-là, j'avais beau écarquillé les mirettes, cherché les "forces de la réaction" qui entravaient la marche du progrès, de l'Art, du genrumain, toussa. Et de toutes ces putains de jérémiades, je ne voyais rien d'autres que ceux qui écrivaient les mêmes craques ; ils étaient prêts à foutre le bordel, empêcher le Sabbath de jouer,alors que personne ne les connaissait en dehors de la galette de vinyle intitulé sobrement "Black Sabbath"...le LP, côté face, plutôt victorien et "bella lugosi"... quand une jeune rouquine en capeline noire pose devant un manoir sur fond fushia perdu dans les branchages automnaux...sacrée galette pour train-fantôme et nostalgiques!...côté verso, on découvrait 4 portraits serrés de pithécanthropes velus et tassés au carré, puis la Croix jetée dans un coin ; un négligé de la famille Adams de ce que l'on a appelé pudiquement le "Hard rock"....l'époque était terrible de genres, elle en pondait un toutes les semaines ; il fallait donc suivre le train à cadences infernales. En l’occurrence, ce soir-là, à l'Olympia, rien de tout ceci, mais plutôt une lumière crue sur la scène enveloppant une musique brutale donnée sans ménagement. Ça sentait le souffre in vivo et les hippies présents n’avaient pas prévu l’coup. Personnellement, ni rien ni personne ne pouvait être aussi terrible que la bécane qui pouvait me bouffer un bras ou la main à n'importe quelle heure du jour. Donc, impatience formulée, j’attendais de voir la suite. Ce ne fut pas dégueu du tout, Satan tenait une forme splendide ; trois loubards sur quatre semblaient y croire et les Ho-Chi-Min, à peine une dizaine entassée au fond de la salle... et quand ils virent que le plafond ne leur était pas tombé sur le  coin du col Mao, ils revinrent à l’aise, à s’enhardir même des trompettes fêlées de cette Jézhébel psychédélique. Ils louchaient vers la scène et les travées, des travées vers la scène. Ils mijotaient un je-ne-sais quel coup fourré, un happening surprise, une « prise de parole », un de ces trucs tordus qu'ils assénaient au spectacle vivant, certain que la Science ne pouvait réapparaître que tronquée sans leur indispensable présence. Les situs n’étaient pas loin, les « mao-spontex » à portée de main...à ce sujet, bien plus tard, à l'aube millénariste, alors que je traînais avec Nono, un mécano qui perchait du côté de Magalas, et que notre principale activité était d’accommoder des bécanes monstrueuses,des rebus nippons bricolés à la hâte,puis de les chevaucher tout en avalant moultes pilules,bières et chips,bien entendu,nous fûmes arrêtés à une station services par la énième fuite d'huile de mon gros cube venant du cache-culbuteurs. Et comme nous ne faisions pas les choses à moitié, nous étions aussi en pleine montée de trip, des Monstres Verts achetés sans grand espoir thérapeutique à deux putes hollandaises qui tapinaient du côté de la gare de Béziers...mais là,oh la vache!...la vue se troublait et les chaleurs montaient au sommet du crâne avec des picotements dans les veines : le certificat que ce n'était pas de la daube, ni de l'aspirine...je crus voir un de ces trous-du-cul présents à l'Olympia ce soir du 20 Septembre 1970...puis deux, puis trois, puis QUATRE!...l'acide fusait direct au cerveau en feu, j'en fis part à Nono qui regardait fixement un extincteur écarlate collée à la pompe. Nono se balançait bizarrement d'avant en arrières...Les yeux plissés, en indien maboule, il m'a juste dit : "il faut les tuer...tous...jusqu'au dernier". Sa voix était drôlement étirée, fluette, passée à l'hélium, comme celle de Donald Duck. Et comme de mon côté, il en arrivait de partout et qu'ils disparaissaient sur la nationale à bord de leurs petites voitures, leurs gosses nous faisant des signes à l'arrière, nous fîmes le plein des bécanes pour partir à la chasse des "Olympiens bolchos du 20 Septembre"... je ne sais même plus comment nous avons pu payer l'essence, mais nous étions à bord de monstres pétaradant des Étincelles Célestes à la poursuite de sales cons qui en voulaient à Black Sabbath...la bécane de Nono, derrière moi, faisait une fumée violette tel le Char de Wotan s'abattant sur les trolls de la Shwartzbalden. Lui à gauche, moi à droite, nous rattrapions les petites voitures comme des jouets de bacs-à-sable...Nous en regardions intensivement l’intérieur...Et non, ce n'était pas eux, ils avaient du s'échapper par un trou dans la terre que nous avions du doubler sans nous en apercevoir...Nous fîmes tellement d'incessants demi-tours que nous avions perdu complètement le sens de l'orientation de la nationale...La langue et le gosier en feu nous sommaient de distinguer une gargote pour étancher de bières l'incendie présent, ma fois, fort agréable. Et c'est là que le miracle des défoncés intervint pour en poser une à l'entrée d'une forêt touffue, comme dans le début de "Shining"...Nous y posâmes les bêtes de fer en épis-de-blé, prêtes à bondir, et occupèrent une petite table en rondins, bien décidés à faire un plan de poursuites aux emmerdeurs du concert de Black Sabbath...dans ma botte droite, j'avais toujours une baïonnette allemande longue de 35 cm, en acier chromé et manche de bakélite noire tressée, une merveille de la Wermacht que mon grand père m'avait offert de son passage par la Grande Guerre. C'était la chose dont j'étais le plus fier au monde... Assis sur le dossier des sièges de bois cimentés,je gravais des plans implacables de copeaux frisés,comme je l'avais vu faire John Wayne (dans le rôle du général Mac Arthur). Tout en tailladant les plateaux de la grossière table de jardin, je parlais tout seul, croyant Nono à mes côtés..."Tu vois, on est là...eux sont partis par là...il faut qu'on leur coupe la route ICI!...et...", mais lui était parti chercher une gigantesque carafe et un sac de canettes de bières avec des glaçons au fond d'un seau incolore...un truc insensé...et je me demande, encore aujourd'hui, COMMENT il avait pu obtenir cet attirail de dingues, il devait y avoir un Dieu pour les défoncés...puis la bière descendue nous fit changer de fixettes,d'obsession,sur un flipper "Indiana Jones" que l'on devinait à l'entrée du bar,derrière la porte. Ses sens en communication avec les nôtres, exacerbés, clignotaient et n'arrêtaient pas de nous appeler..."Venez!...Venez!..."...le patron du bar et quelques vieux clients présents nous payaient des bières,des bières et des bières. Cet après-midi là, il y avait quelques choses de magique, d'apaisé, d'inouï, parce que les patrons de bar, la profession, d'habitude ils ne pouvaient pas nous saquer, nous étions synonymes de bordels multiples,scandales,pugilats... l'acide était à sa vitesse de croisières, les terminaisons nerveuses tellement aiguisées que je faisais son affaire à l'Indiana Jones... aujourd'hui encore, je détiens le record d'un flip dans un endroit QUE JE N'AI JAMAIS pu retrouver!...Nous sommes repartis de l'estaminet champêtre sans payer,personne ne ne nous l'a demandé... peut-être à cause de la baïonnette ?... je suis même retourné chercher mes gants et boire une dernière bière,qui maintenant avait le goût du soleil d'or...Nous roulâmes tâchés de cambouis sans trop savoir où, si ce n'était que pour tuer les tueurs de la musique de Black Sabbath... ces gens étaient des malfaisants,ma bécane fuyait l'huile de plus en plus,il fallait revenir au Bistrot de la Forêt pour prendre un bidon du nectar épais...Nono s'était gouré de route ? Il avait disparu de mon rétro...non, il était là, à 30 centimètres au dessus de l'asphalte,flottant comme le Penseur de Rodin,version métal filant...Finalement, le périple s'arrêta devant un panneau marquant : "Fronterra,4kms", le bistrot avait aussi disparu avalé par une armée de pins Douglas au garde-à-vous... Il fallait se rendre à l'évidence, ceux qui n'aimaient pas Black Sabbath ne pouvaient pas être espagnols...j'en étais sur,ils nous avaient semé pendant l'épisode de l'Indiana Jones... Nous avions fait 250 kilomètres sous LSD total!...à Perpignan en une nuit, pour "redescendre", nous regardâmes le ballet des trains et des voyageurs dans la gare nimbés d'auréoles irisées...après,ce fut l'éther de la grotte de Nono,un garage étrangement peint en bleu électrique avec des bandes jaunes "pétards" où s'entassaient les voitures désossées de rares clients (et pour cause...). Au premier,nous nous abattîmes mort de fatigues sur les matelas de fortune posés à même le sol. Soixante-seize heures sans dormir, à piloter de l'acier enragé et boire la pisse-de-rats des bouibouis de la côte,le week-end avait été bon...aujourd'hui, ça parait encore trop invraisemblable - surtout le paquet de blé que j'avais en poche,bien plus qu'au départ...j'ai encore de la peine à me l'imaginer,le dieu Hell-Hess-Die nous avait guidé vers les mines du Roi Salomon ?...et si on me racontait une histoire pareille, hein...

Mais bon...revenons à ce foutu 20 Septembre parisien et la gueusaille du Mont de L'Olympe...Je les surveillais du coin de l’œil les iscariotes plébéiens. Ils gigotaient, impavides, pour qu’on les remarque. On les sentait chargés au cobalt. Vers la fin, au milieu de « War Pigs », il y en a un qui se jeta du fauteuil comme un malade vers la scène. Au passage, j'eus le réflexe de l’attraper par le colback de sa chemise indienne qui céda,le plaquant contre un fauteuil avant de lui murmurer à l’oreille:

- …hey mec! je veux ENTENDRE la suite.C'est bien CLAIR ?...

Puis, un mec derrière moi, une sorte de bûcheron costaud prit le relais, alors que j'en revenais toujours pas de ma propre audace... L'intervenant bienheureux venait de se trouver une nouvelle occupation, on sentait qu'il avait envie de zigouiller le beau-parleur des facs, sa chemise trouée à carreaux barrait la gorge du malheureux contre le pilier de l'allée centrale, il lui rajouta fielleusement dans le cou:

- ...si tu fais CA, je t’arrache la trompe et te la rentre SI profondément dans l’cul qu’il faudra TOUTE une escouade de spéléos avant de remettre la main d’ssus…OK ?

Le maigrelet ne broncha plus jusqu’à la fin du set sabbatique. Les neuf autres, éparses, furent piétinés par les derniers rangs mués par des sabres d'impatience, d'adrénaline et d'enthousiasme. Et des quatre hallebardiers présents sur scène, seul le chanteur bourru adressa un salut timoré avant de disparaître...Classe... La salle s’alluma. C’était fini.Bon Dieu,les oreilles sifflaient comme des stukas!...et kesski se serait passé si ces corniauds avaient foutu le concert en l'air? ...Encore une chiasse de plus à mettre sur le compte de la France? qu'il était impossible d'y jouer?..."Il pleut sur les grands de ce monde ainsi que les petits anonymes"...dans le décor, cette simple phrase résonne comme de l'écholalie cosmétique. Presque par devoir déontologique,il suffit d'y répondre.Et par respect pour l'écrivain Zemmour,nom d'un bric-à-brac et par tous les Saints Littéraires! j'étais descendu dans cette foutue France d'anonymes, ce puisard d'inconnus magnifiques.Sustentée entre les chemins de l'Est et de l'Ouest...La France.Nous l'avions regardée droit dans les yeux,en plein suicide, dans l'agonie et la générosité.Dans la folie aussi.Mais une chose est sûre...

Voilà comment je L’ai sauvée,ce soir du 20 Septembre 1970 !…1502446479_2.jpg

PS : …Deux mois après. Alors qu'assis devant mon congélateur, je me posais toutes sortes de questions métaphysiques sur la viande froide, j'imaginais les ondes pernicieuses de Black Sabbath contourner la ligne Maginot de la Boissière et sournoisement atteindre le macro-cortex du Général...Dieu seul le sait, en tout les cas,Il s'éteignit dans la nuit... Au loin,l'onde de choc perturba le rouge Kremlin,qui depuis toujours comme interlocuteur préférait le Général au PCF,il considérait De Gaulle comme un résistant et le PCF comme des lopes.. Georges Marchais réagissant immédiatement,s'adressant à sa femme : "Liliane,fais tes valises...". La France,les succubes de Black Sabbath lui avaient portée la première pierre...c'est dingue,non?

Michel REYES (illustration & écrits en Nouvambre de l'an 13, juste après l'attaque du WTC...)