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23 décembre 2016

Vincent Van Gogh,jusqu’à l’absolu... : "...Haro avec la psychanalyse..."

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                     Trois Vincent pour en fabriquer un...La persistance de l’Art jusqu’au-boutiste perdue dans les champs de blés sous la forme d’un bagnard suicidé en cette soirée particulière de juillet 1890.Toutes les formes acceptables,civilisationnelles,d’une mésentente totale,quasi définitive et perpétuelle prennent fin sous une mansarde misérable d’un village du Nord parisien,Auvers/S/Oise...Encore une fois,le génie fracassé donne tout son  sens à ce que préfigurera la broyeuse de chairs et de sang de 1914 des équarrissages de la Somme...

          Pratiquement percé de part en part d’une arme que l’on ne retrouvera pas, la mort du peintre Van Gogh qui préférait signer «Vincent» avant de ne plus rien signer du tout,fut cette chute dans le néant; ce qui,paradoxalement pouvait paraître bien dérisoire aux 5 000 corps journaliers tombés dans la glaise  et la tourbe de l’enfer permanent de la Grande Guerre.Et pourtant... 

         Tous les obstacles nihilistes franchis,la gloire de ce van gogh-là n’émergea qu’un siècle plus tard aux contours d’un «modernisme» naissant,avant que de l’occire à nouveau,l’Art visible,contemporain,ne fasse les tapages d’une cour d’un Palais Royal d’une œuvre anthropométrique,médico-légale et «non-entretenue» à son corps défendant d'un artiste (Buren) et le caprice d’un retrait (sous chantage de la menace comique d’un enlèvement de son oeuvre...),et qui ira de son «caca nerveux» sans souffrir de la balle fatale,lui. 

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                  Nous sommes bien loin,aux antipodes des exigences de la beauté,de l’étrangeté, de la définition de l’«oeuvre».Et on ne peut que saluer bien bas ce recadrage exceptionnel...Malgré les milliers de signes agiographiques,picturaux,épistolaires laissés par l’artiste franco-hollandais et quelques révélateurs abonnés,le pillage ne s’est jamais autant opéré du cadavre d’opérette de la Cour du Palais Royal,mais il en est d’autres,hélas,tout aussi blêmes que les commentaires flatulent de l’infini narcissisme...Notre ère désinhibée se veut obsessionnelle jusqu’à l’extravagance,dont acte. Passons...

       Mais de nos trois Van Gogh,(d’après l’essai de Viviane FORRESTERVan Gogh ou l’enterrement dans les blés»),un seul a peint six semaines avant sa mort cette «maison blanche de nuit »(vers huit heures du soir, le 16 Juin 1890, selon la position de Venus constatée par les astronomes dans le tableau exposé à l' Ermitage (déf.wikipédia)...).

       Nous sommes bien d’accord,et il ne s’agit pas là d’une «explication freudienne» de plus,ou de méthodes psychologiques chères à madame FORRESTER,dont l’œuvre bien souvent talentueuse,permet aussi de déceler quelques pistes supplémentaires.Tout le système de cette toile à l’aspect diurne «contrarié»,indéfinissable,entre chiens et loups me fait penser au MAGRITTE de «l’Empire Des Lumières»* de 1954.

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       On ne sait,malgré l’éclairage allumée de la masure fuyante ainsi que son ciel de traîne dans l’espace droit de la toile,si c’est bien du jour ou de la nuit que notre trio féminin exprime une scène pour le moins étrange.Est-ce bien l’astre solaire ou Vénus qui plastronnent en haut de la toile ?...Les rougeurs incandescentes du premier étage infirment l’acte nocturne d’un crime de sang,passionnel,comme cette femme de premier plan – svelte silhouette hellénique portant curieux cabas rappelant la tête d’un supplicié agrippé par les cheveux.Et d’une autre main,que l’on pourrait prendre pour un poignard,une fuite avenante vers la sortie de la toile...Et si le poids de toutes ces charges courbe cette Persée vers l'avant,d'un pas que l'on devine aletier,féminin,....d'une allure de spectre et "Commandeur" restant insensible à toutes remontrances morales.Queques spasmes à la psychanalyse empruntés,ce croisement des chemins rappellent aussi "l'église d'auvers" et "le champ de blés aux corbeaux"... Des fourches caudines,de la dualité,du double-sens. En clair,de l'art jumeau d'être semblable sans vraiment l'être.

        Les jours du peintre étaient comptés,son moral au plus bas,une femme lui donnait le coup de gràce.La transposition symbolique et l’arrivée de sa belle sœur,Jo Bonger enceinte du «frère» Théo,couperont les maigres subsides restants émiettés par un frère marchand de tableaux d’une longue lignée d’autres marchands de tableaux émérites.Incompréhensible alors est cette situation d’indigence absolue ...Il n'y a rien à faire,ce ne sont pas ces tableaux-là qui font marcher le commerce.

         De l’ex voto peint en 1890,le  funeste conciliabule du duo à l’arrière marque l’entrée du jardin,du théâtre tel un temple...

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Jugement dernier mortifère,on pourrait palabrer à l’infini sur les «peintures gardant leur calme malgré la débâcle»,dixit le Vincent marquant la fin des haricots... «mais que veux-tu...» aussi,en cette simple phrase laconique d’ultime missive dans les poches du suicidé et la sortie de Vincent II succédant au premier Vincent I,mort un an - jour pour jour -,avant la naissance du second...

         «Vincent premier», ce spectre aux hallucinations de peintre jamais rassasié du sort qu’on lui a réservé,l'impromptu irruptionne la vie du second.Toute l’enfance de Vincent II fut de croiser cette tombe enfouie derrière le presbytère familial,marquée de son nom,prénom et date changeant si peu de la sienne...Curieuse question pour un enfant....,jusqu’au troisième Vincent,dit l’ingénieur,qui construira ce supermarché aux lettres flamboyantes "VAN GOGH,RIEJKSMUSEUM" siégeant à Amsterdam sous les signes de l'Apocalypse,de la révélation-rareté tant attendue...

       Mission accomplie comme un acte à la Génèse,le mort-né croupissant de la tourbe du Brabant fut vengé par la ribambelle de Van Gogh s’appelant à tours de bras "Vincent" ou "Théo"...Hasard féroce du destin,le dernier Théo tombera sous la lame d’un islamiste aux alentours du XXIème siècle naissant.Des préceptes qui ne collent pas...Un autre drame,une autre filliation.Encore un malentendu.

       N’oublions pas que le peintre Van Gogh,parmi la multitude de portraits d’anonymes et d’amis proches,n’effectuera aucune toiles,croquis, représentant son frère ou la belle sœur enceinte déjà de l’ingénieur...comme s’ils n’étaient pas au même monde.

      Michel REYES,29 janvier - an 09  après Ground Zéro

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( * illust.L'Empire des Lumières.R.Magritte )

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Vincent Van Gogh jusqu’à l’absolu...(part.2) : «...L'éjecté du Louvre...»

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       ...(suite)Et pourtant,il s’agit bien d’une histoire de fratrie décidée d’en finir avec le sort morbide de l’Art,ou pas plus tard qu’hier,aujourd’hui,demain,on remplissait le Grand Palais de vêtements,de cris,de battements de cœur,par peur d’oublier la «shoah»,cette autre expression de la connerie d’une poignée de nazi(e)s,tous morts et re-morts,tout autant que l’Art et ceux qui nous le perpétuent au balcon «granguignolesque» de la toute-puissance imbécile,écrasante,sur une déshumanisation préférant insister sur les «horreurs» d’Haïti,de 44,plutôt que l’essence retrouvée du moteur de l’esthétique,et encore moins d’analyser notre chute imminente d’occidentaux éclairé(e)s – je me suis sciemment déprogrammé de l’Educ-Nat. pour savoir quoi penser de la propagande marxiste-léniniste d’après-guerre...Puisons à la source de ce nouveau Golem pour étriper les plus vils cauchemars que nous préparent nos petits maîtres...Pour deux Haïtiens adoptés,le troisième est gratuit. La «Roue du Malheur» exhale le bonheur des uns...le malheur des autres est de se répandre,de se commettre,...dans l’Art plus qu’ailleurs,parce que légitime,alors que l’étiquette convulse sa forme la plus basse : la politique...Ce Grand Palais,ayant vu défiler les hologrammes prestigieux de Toulouse-Lautrec,voit d’un œil bien morne la grue de Boltanski agrippant sa poignée de fringues avant de la relâcher comme pets de velours symbolisant la Faucheuse...Il n’y a que les Mitterrand et consort pour nous gratifier de tel spectacle subventionné. Le prédicateur «fou» du Brabant,dans sa course au Temps,aura échappé à cela.

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      Donc,les anciens clones de la famille Van gogh n’eurent point à trop souffrir de l’Art «contemporain»,si ce n’est la naissance d’un Puvi-de-Chavannes ayant les faveurs des Ors de la République et de louanges...Le «peintre d’algues» MATISSE étant alors à l’état conceptuel,leurs jugements furent sans failles.C’est dans les chaumes - et non dans le chômage... - que Van Gogh regarda ses soleils droit dans les yeux,par défit et par bonté à leur rendre hommage. Nul autre artiste du XIXème ne s’étant engagé autant,pas même le symboliste GAUGUIN,qui lui,perdu des contrées lointaines jusqu’à l’inconscient du mythe du «bon sauvage»,des Nabis,des théories... Point de rhétoriques chez celui qui peint la nature avec une candeur hallucinante.Le prêchi-prêcha,Vincent avait déjà donné jusqu’à la caricature et l’écoeurement de soi...Quelques références,pas plus... Mais une continuité dans l’acte de peindre,un «moulin à peintures»,et pas des moindres.Et quand le «cacatoès du Pouldu» parlait de «synthétisme»,Van Gogh devait certainement rêver à son propre syncrétisme interne,plus riche que celui de l’oiseau migrateur...le clash final était inévitable.Les apprentissages à la surréalité furent éphémères,caduques pour le moins et l’éclectisme de Vincent avait des limites,justement,hors de la voie qu’il se frayait dans d’insondables questionnements.Et si l’enthousiasme n’avait répondu présent à chaque toile peut-être que la tentation «exotique» l’eusse séduit...

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«...partout où j’ai touché la terre

        – un malheureux vêtu de noir,

           Auprès de nous venait s’asseoir...»,le18 Novembre 1888 comme date-anniversaire à la terminologie du quadruple anneau de Moebius,(que de huit !...)symbole de l’éternité et de l’infini,Vincent accompagné de Gauguin visitent la collection Brias (Montpellier). Et c’est devant le portrait roux du bienfaiteur des arts(peint par Courbet), que lui se reconnaît en un authentique «autre lui-même»... Après les vers de Musset,la posture prend un ton orageux, la conversation va vite «se charger d’électricité» et ressortir comme «batteries sèches et vides»... Du voyage-retour de Montpellier,cette scène marque le souffre,et puis le gouffre à nouveau de l’éloignement à «l’élite éclairée» de Gauguin. Un mois plus tard,et ce sera le drame...A noter également dans la correspondance,la quasi absence de Courbet qui était le peintre le plus «socialisant» de l’époque. De la part de van Gogh,peu où proue d’enthousiasme. Ce qui relève,avec Baudelaire chef de file de la modernité,de la curiosité bien partagée. Au lieu de cela,il y eut Breton,Millet,toute «l’école de Barbizon»...Des naturalistes ancrés dans le terroir. «Seule,la terre ne ment pas..»,de nos jours,serait un véritable camouflet à nos progressistes redondants!

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Inutile de passer les tableaux de Van Gogh au spectromètre de masse pour ne pas voir l’outrage séculaire et roboratif à un authentique contemplatif d’éléments,que lui seul détermine de leur exécution où pas... Un cheval fou qui n’obéit pas aux ordres,à «l’air du temps». Un gaz,un liquide,un poison que notre époque déteste et que la sienne a bien rendue lettres mortes. Jusqu’aux regrets éternels de la forme-dite «contemporaine»...Un essayiste (David SWEETMAN, «Une vie de Vincent van Gogh».),et après la psychanalyse de FORRESTER,l’adoration de PERRUCHOT et tant d’autres,pour ne citer que les biographes,affirme que Van Gogh se voulait de l’héritage «classique».Et,en cela,ses souhaits ne furent exaucés...L’ordre «bourgeois» veille.Et si le Louvre posséda quelques tableaux de Vincent,ce fut pour mieux s’en débarrasser sur Orsay («le musée de gauche »).

      Malgré le bon million de visiteurs/an du musée VVG d’Amsterdam,la France encroûtée,(et c’est le moins qu’on puisse en dire...)a systématiquement dénigré les valeurs des impressionnistes. Et ce qui est étonnant pour une république démocratique,c’est que la soudure n’a toujours pas pris. L’obsession encyclopédiste perdure. On préfère «sauter» la période fauve...Comme si la faute esthétique incombait aux royalistes ! Désolé pour tout le monde,VVG est exclu de l’art officiel et, accessoirement, de l’identité nationale. Même si plus de 400 chefs d’œuvre furent exécutés sur l’hexagone, l’Etat Français ne sut les garder, même quand les «ministères de la Culture» n’existaient pas.

(Michel REYES,4 février - an 09  après Ground Zéro)

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Vincent Van Gogh jusqu’à l’absolu...part.3 : "le corps défendant."

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(fig.1)

...Sur les deux parties antèrieures,nous avons vu les accommodations de sciences parallèles naissantes à l’Art,comme la parapsychologie (incantatoire), la géopolitique (territoires du sacré), comme d’une source «para physiologique» de cellules souche au XXème siècle naissant...

De l’effervescence du XIXème,qui du peintre VAN GOGH ait le mieux illustré le bouillonnement culturel de l’hagiographie artistique,l’étude comportementale et la croisée des chemins,des carrefours d’influences mondiaux,et tout ceci avec un aplomb de certitudes que démentent les célébrissimes anecdotes?...L’éclectisme...L’éclectisme absolu sans se tromper,étais-ce donc possible ?... c’est toute la science du génie de VAN-GOGH qu’il faut interroger pour que chaque solutions apparaissent devant les problèmes comme d’une évidente simplicité – oui,seuls quelques talents solitaires ont pu dégager ce coin de ciel assombri de la permanence des sots...J’ai relevé cette phrase sur le web (art gallery.com) : «Il y a dans la peinture quelque chose de plus qui ne s'explique pas»...De cette merveilleuse phrase pose l’assise enracinée de «l’église d’Auvers/S/Oise» (fig.1) (1890 – dim : 74X94,5cm- musée d’Orsay-Paris) jusqu’aux bombardements ioniques de «marguerite Gachet au piano» (fig.2) (1890 - dim : 50,5X100cm- kunstmuseum basel-Suisse) ,deux toiles faisant partie des 100 dernières peintes à la vitesse de l’éclair, sur 100 jours – comme ceux de Napoléon pour reconquérir le cœur des Français,l’axe de la révolution 89 ... et si j’ose l’anecdote comparative,c’est bien pour «la volonté de puissance» (projet de NIETZSCHE abandonné en 1888...) que deux destins hors pairs empilent de véritables tours de force,avancer,peindre,tenir...C’est bien ici-bas que des milliardièmes de particules retombent sur ce «commun» des mortels et non un nihilisme de post-modernisme qui n’exploite que les rebus de la société de consommations de 2011...Au bout de questionnements qu’engendrent sans fin les pamphlets et les polémistes (Jean CLAIR, « l’hiver de la culture »*),le néant séduit. Mais pour les créateurs, il reste inexplicable.

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 *«  ... Ennui sans fin de ces musées. Absurdité de ces tableaux alignés, par époques ou par lieux, les uns contre les autres, que personne à peu près ne sait plus lire, dont on ne sait pas pour la plupart déchiffrer le sens, moins encore trouver en eux une réponse à la souffrance et à la mort. Morosité des sculptures qui n'offrent plus, comme autrefois la statue d'un dieu ou d'un saint, la promesse d'une intercession. Dérision des formules et prétention des audaces esthétiques. Entrepôts des civilisations mortes. A quoi bon tant d'efforts, tant de science, tant d'ingéniosité pour les montrer? Et puis désormais, la question, obsédante : pour qui et pour quoi ?... »

 

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(fig.3)

 

Sur les deux toiles citées plus haut,l’enfoncement du japonisme s’est tellement accentué que le format de « Marguerite  Gachet» atteint la taille d’un double carré (100cmX50,5cm),paravent nippon - ce qui contredit ses détracteurs de l’argumentaire impasse artistique péremptoire... Il semblerait même que ces pans allongés,sous l’influence sociale et montante de Puvi-de-Chavannes, puissent servir de décos à de possibles paravents et autres mobiliers fixes...Vincent prêt à changer de fusil d’épaules.Vincent fabrique à tours de bras,comme un «moulins à peintures»(correspondance à Théo,dixit) jusque dans la mansarde étriquée d’Auvers. Le fumeux docteur Gachet, faute de le soigner,le lui conseille vivement...Ce dernier ne lui prescrira aucun traitement,ni médicaments,ce qui, pour tout médecin qui se respecte, peut paraître «douteux»...Le travail,le travail et le travail!...alors que le peintre,au bout d’un surmenage excessif pêchait par un repos bien mérité...Paradoxe des paradoxes,Gachet,artiste à ses heures,estampillé homéopathe,naturologue, venait d’inventer la charlatanerie moderne sous couvert de médecines douces. Sur le cas «van gogh»,et à plusieurs reprises,Antonin ARTAUD va remettre les pendules à l'heure en s’identifiant au personnage **...malgré celà,un classement psychiatrique comme prolongement à la critique : saturnisme du à la peinture au plomb,schizophrénie,troubles bipolaires,épilepsie du lobe temporal,intoxication à la térébenthine,tumeur cérébrale,etc,...De nos jours,l'obscénité demande aux experts supposés pas plus de rigueur qu'hier, plus de 30 psychiatres ont diagnostiqué des avis différents et pas moins de 60 carences - toutes mentales, virent le jour...et si le malheur en a enrichi quelques uns, aux apprentis aliénistes,le concours reste ouvert; ils leur restent Venise,Versailles,Florence à abattre et encore beaucoup de vrais artistes à cracher à la gueule. De Vinci,Rubens,Watteau,Fragonard,leur présences tiennent encore du miracle... Les torchons publics continuent d'annoncer les étrons de biénales d'art contemporain avec fierté. D'ailleurs,on y évacue la notion de "plaisir",cet ennemi ancien. Quand la transmission de l'Art est cassée,les monstres ressurgissent et posent leurs cacas nerveux sur les supports modernes,bien sur...Arte-la-téloche,nouvelle moraline oeucuménique "sans frontières". Berlusconi et F.Ribeiry,leurs relations avec des prostitués sont l'exemple de sévères mises en demeures,d'ex-communications de masse... D'un autre côté,Laure ADLER,célèbrissime prêtresse d'un "art-növö",encense un autiste qui recouvre des monuments célèbres de draps écrus - quand ce n'est pas une "mise en rayures" tonitruante...De la pudeur chez les  jean-foutres,du tapage,la société qui fait le spectacle n'est pas aussi innocente qu'elle le parait. 

** «suppôts et suppliciations», éd.GALLIMARD

 

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(fig.2)

Pourtant,à son corps défendant,quelques brindilles enflamment la tautologie complexe,littéraire,poétique de VVG ...« Je préfère m'absorber dans la nature que dans le calcul des prix.»*... D’une âme aussi entière,on en vient pas si facilement à bout. L’âtre de la connaissance y brille d’une flamme vive et intemporelle. Une épistographie donne du sens,ô combien intime des voix intérieures du peintre sur l’accordage à son temps,et de son rejet particulier à la chose nouvelle,qui par bien des points,ressemblent à nos œillères contemporaines...Parce que phare du modernisme naissant,les portes que Vincent abat les unes après les autres,la Peinture semble projetée au cryptage d’un conscient visuel,inique et clairvoyant. Toute une maçonnerie picturale suit  ces aventures au plus prés sans que quelques convenances puissent déranger le scanner hollandais sur sa conception philosophique de l’espèce.

Sur la partie carré de «mam’selle Gachet au piano» (fig.2) inférieure,le malaise s’installe sous les traits d’une langue de veau suspendu au croc vert d’un fond d’abattoir rougi de sang frais. Les plis de la robe ainsi que le plancher fuyant donne l’exact contrepoint de cette charmante scénette particulière,...rehaussée d’un port de tête gracile féminin cherchant quelques crispations névrotiques sur un autel de bois brut planté d’un bougeoir de cierge maigre éteint,quelques griffures martèlent l’engin de musique ...Le vert lugubre du fond printanier tranche avec le rouge sous les lois complémentaires de la couleur chères à  DELACROIX... Une plâtrée de petites mouches rosâtres rappelle d’autres lois,le cloisonnisme,le pointillisme. Mais sans la doctrine de base (Seurat,Signac) l’exercice général tombe à l’eau,restent les quelques éléments comiques d’une séance d’hypnose qui va mal tourner... Grâce à la correspondance,nous savons que Vincent «payait» les pseudos-soins du docteur Gachet en cédant des toiles,et pas des moindres ...A la disparition du peintre,et le corps encore chaud,le praticien «collectionneur»,les yeux trempés de larmes,emporta rapidement une vingtaine de toiles. Il les rangea auprès des Cézanne, Bougereau,Renoir, Pissarro, Caillebotte...un véritable petit trésor de guerre qui fit la fortune de ses descendants directs.

Nous voyons nettement que l’été 1890 fut bien loin des transes méditatives d’Arles 1889 où fut peint «les lilas»,mai 1889 (fig.3) sous un soleil de plomb,à la méridienne,dans la nonchalance du Midi ...72cmX93cm,les vraies toiles «carrées»,disait-il non sans une quelconque fierté... Auvert/S/Oise est encore loin,L’Art est cet «homme rajouté à la nature»*,Vincent signe encore ses oeuvres...L’identité lui est chevillée au corps;hôpital psychiatrique,enfermement,cloître,ascétisme,l’«anti-dandy» ne veut pas voir la maladie en face. Alors ce sont des peintures vigoureuses,minutieuses,qu’il stocke dans le vaisseau mystique,métaphysique de "la maison jaune",en prévision d’un phalanstère d’artistes «s’entraidant dans la panade»*; la correspondance fourmille d’utopies de ce genre et moins d’angoisses appropriées...Il y a un approvisionnement régulier de matériels venant de Paris,de son frère Théo,du soutien et du moral au beau fixe,de la «haute note jaune». Le jaune est cette calandre solaire qui gère la vie,un nerf optique suffisant permettant la mise en lumières,l’éclairage en peintures,le grouillement sous sa destinée...Même la famille VAN GOGH,engoncée dans le Nord,se surprend à aller bien !... «les enfants vont bien,ils font de la peinture...»,écrit la mère à sa fille,insouciante du drame ourdi et infantilisant le combat de l’ombre que mènent les deux frères,tour à tour alliers,puis ennemis,avant d’être alliers à nouveau ...Une folie qui fait de Vincent VAN GOGH un monstre le four grand ouvert ou disparaissent tubes,toiles,cadres,peintures,argent,titres en un gouffre financier exotique... Au bout de la chaîne démoniaque,mensongère,se soustrait une bien triste réalité: l‘appartement de Théo croule sous les envois massifs de dessins,tableaux et autres entoilages roulés que l’on cache dans les armoires,sous le lit,et que l’on montre «à la sauvette»,à la maison GOUPIL & GOUPIL,derrière une bâche comme de vulgaires pornographies,ou l'oeuvre d'un fou...La honte,la saleté,s’installe au cœur de l’Art sur les équations ignares propres à la demande,l’argent afflue dans les caisses en d’autres sens,classiques,pompeux,manichéens,virent le jour sous la plume de quelques toqués de l'époque: «la Peinture est cette grande affaire esthétique du XIXème siècle ! »,clame l’Aurore,quotidien populaire.On s'y rue,on s'y jette.A corps perdus...Mais dans quoi,exactement ?...

Loin de la fournaise des affaires,la machine arlésienne est lancée,rodée,à sa puissance maximume,loin des flashback nauséeux des derniers jours d’Auvers où l’inertie créatrice n’est pas encore tout à fait retombée...Eruptif d'escarbilles violacées,l’«Autoportrait sur fond de flammes bleues de l’Enfer» (fig.4) montre un homme au regard aigü,de glace,qui vous transperce devant toutes les épreuves qu’il a traversé et abattu,une après l’autre,les cloisons au grand Mystère et ses peintures en deviendront les portes,du profane au sacré... Un regard de vainqueur. Une peinture de triomphe. L’empreinte de l’Homme dominant la Nature et ses éléments. (...perso,je soupçonne cette fixité appartenir à l’époque ST-Rémy...)

«...sous la distorsion du réel,je suis encore là...

Derrière moi,tout peut bien convulsionner,je n’en ai pas fini avec vous...»

 

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(fig.4)

Les jours,les nuits,l’axe médian des lunes noires ou mauvaises,le livre devait se refermer...

Et maintenant,les actes. Ils furent aussi fluides qu’un sablier emportant les grains,un par un,vers l’obscurité... et on pourrait tergiverser à l’infini les capacités de VAN GOGH,de cette ultime langue de veau tirée aux Gachet,et bien Vincent VAN GOGH s’en échappa comme il avait vécu,dans le bruit et la fureur... Avec toute une famille de marchands d’arts,de négociants de tableaux,il fut même très étonnant qu’aucun n’ait pu l’aider... avec 2000 dessins,tableaux et lettres,ce digne héritier des grands génies du patrimoine humain (De Vinci,Rembrandt,Rubens...) buta essentiellement sur des problèmes énigmatiques de santé, d’incompréhensions sociales, comme si «voir loin ne signifiait pas voir juste»*... 

Cet après-midi du 24 juillet 1890, la colossale somme de travail engagée par un homme décédé seulement à l’âge de 38 ans semblait bien dérisoire. On retrouva juste ces quelques mots à l’intention de son frère : «mais que veux-tu...»,coincés dans les poches de sa blouse encore maculée de peintures.

Selon les rites bouddhistes auxquels il semblait attacher,et en parfait honnête homme,je suppose qu’en 49 jours l’âme de Vincent libérée des contingences matérielles atteignit enfin son Paradis.

(Michel REYES,1er avril,1ere décade après GROUND ZERO) 

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