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17 janvier 2017

(suite) "Jimi Hendrix:Electric Ladyland/2"...« ils voulaient changer le monde, mais c’est le monde qui les a changés... »...

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 ...pas facile de concilier les séances d'enregistrements avec la tournée américaine hautement inflammable ainsi que les desiderata des co-producteurs qui veulent des chansons "commerciales", courtes, calibrées pour la radio et l'amusement (l’Entertainment) ... Les Beatles, véritables empereurs sur le marché de la pop, se permettent le "double album" deux mois après - et on oublie de le préciser - l'excellentissime "Blonde on Blonde" de Bob Dylan (1966)...le double album des Beatles sort en 1968 (Novembre) sous le nom de "double blanc" tout simplement, il regorge de beaucoup de titres accrocheurs et programmables en radio, le succès des Beatles n'est même plus discutable, ils ont « tué le match », leur seul nom fait vendre des millions de disques avant même toute critique pondérable...Les Beatles, Hendrix, Bob Dylan sont de redoutables artisans. L’intellect, le labo, la cohésion, ils représentent la triangulation parfaite de l’industrie moderne du disque. Les personnages sont attachants, sensibles et extrêmement populaires. Le double album est donc un défit à l’excellence et à la popularité ; l’Ummaguma des Pink Floyd (1969), immense et talentueux double album des Pink finira 10ème dans les ventes françaises, comme quoi l’affaire semble prise TRÈS au sérieux...bien plus tard, le cultissime « 666 » des Aphrodite’s Child (1971) se proposera de relire les tortures mentales de l’Apocalypse selon St-Jean, ainsi que les Génésis, Who, Yes avec de nombreux albums, simples ou multiples revisitent d’autres thèmes classiques ou-non ; la tubulure du tremplin pop-psyché semble définitivement ancrée à la fin des sixties dans des compétitions de plus en plus redoutables au mépris du monde, qui lui, ne change pas, que fera radoter un hâbleur publicitaire - ancien vendeur de yaourts reconverti dans la refourgue de « présidents » adaptables : « ils voulaient changer le monde, mais c’est le monde qui les a changés!... ».


..."Come On" file comme une Lamborghini sans frein. Enregistré toute la journée du 27 Août 1968, il fallut pas moins mouliner une dizaine de prises "live", avec l’ineffable râleur de Noël Redding qui s’y colle : "...11 prises! Quand on est professionnel, si on répète avant d'aller en studio, tu l'as dès la deuxième ou la troisième prise. Quand Jimi rentre dans ses combines, je sors du studio, car enregistrer, ça devient vraiment chiant...". Finalement, l’Expérience trébuche dix fois. Il se relève... et la 11ème sera la bonne... La veille, Chas Chandler fait de la taule pour avoir demander à un propriétaire de stade de baisser les lumières sur un show du JHE. La Convention Démocrate explose à Bridgetown sous 4 jours d'émeutes. A quelques milliers de miles de là et après les excès de fièvre du Quartier Latin, la France s'ennuie en remisant ses pavés tout le long de l'année 68...mais qui a mis fin à la "révolution", dites-moi?...les vacances scolaires! c'est bête comme chou...Cependant, un OVNI débarque fin-68 signé de notre Johnny national,"Voyage au Pays des Vivants",3496.jpg un artefact du psychédélisme avec quelques pointures rock-blues glanées à la perfide Albion: Steve Mariott, Ronie Lane, Mick Jones, Jimmy Page, Peter Frampton...L'"Idole-des-jeunes" vient d'être traverser par des éclats de défonces. Les apprentis au suicide peuvent un court instant aller se rhabiller. Son ami Long Chris lui taille des mots sur mesure. L'incident sera de courte durée. D'une moitié solide, l'album trimbale quelques perles mémorables. Mais on ne sait plus qui parle vraiment à travers le ventriloque Jean-Philippe,et "qui fait l'ange, fait la bête!". Le médium n'a fait que passer... Et puis les chars russes rentrent dans Prague. Encore le Vietnam avec l'offensive du Têt. Richard Nixon reprend la main....routine en ce bas-monde?...que nenni, les barreaux de la cage aux fauves ont tremblé... Come on baby,let the good times rôhôôôll!

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Disque 2 - 

10 - Rainy Day, Dream Away...

Bien, point-barre, ne changeons rien et revenons aux fondations de notre Dame Electrique.
Sans nous prendre les doigts dans la prise, on peut dire que l’intro repose sur un cool redoutable et une formation nouvelle en vue ( et l’Expérience alors ?! )... 

rainy-day-dream-away-620x720.jpg(...) notes pour « Rainy Day,Dream Away »:  chanson écrite à Miami (au Miami Pop Festival,concert de légende...) au cours des tournées mondiales harassantes  entrecoupant l’enregistrement et alors qu'il pleuvait à torrent, que le groupe était dans le bus qui partait du Gulf Stream Park, Jimi prend quelques notes de la journée cloîtré à son hôtel, puis dans la limousine du retour sous les incessantes trombes d'eau...télés, interviews, presses, concerts, détour par l’Italie ( !)  et enfin ils retournent à New-York le 7 juin. La nuit suivante, Jimi rencontre un de ses potes: Buddy Miles. Le lundi 10 juin, Jimi invite Buddy pour une session. Quelque part, dans le studio Record Plant, le groupe de R&B,"The Serfs" avec Larry Faucette et Freddie Smith enregistre un album. Jimi les invite aussi, et ils commencent à jammer, le magnéto tourne, la seule instruction donnée: "On joue un truc en D (ré), très cool". Ils ont jammé une heure... la troisième prise est celle gardée pour l'album. Buddy est à la batterie, Freddie Smith au saxophone et Larry Faucette aux congas et Mike Finnigan à l'orgue. Pour les amateurs, Jimi joue sur un simple ampli Fender de 30W avec une chouette de réverb’... « Rainy Day, Dream Away » est bizarrement coupée en deux, il reprend sur la Face B du second disque pour relancer le disque sur son tremplin final vers l'apocalyptique Voodoo Chile (slight return) en passant par la pierre philosophale d'"All Along The Watchtower", l'hymne des seventies et le turbo réacteur d'"House of Burning Down", d'une poussée de 2500 CV au décollage avec têtes de missiles à fragmentation cognitive... Le titre "de la pluie et du rêve" sert d’entretoise aux éléments déchaînés typiques que l’Electric Ladyland impose dans l'éclectisme de compositions faisant parler la poudre, alternant le chaud et le froid, le haut et le bas, ce qui est assez malin, sinon l'album regorgerait de 3 titres de plus de onze minutes, marquant les doublons et cassant le fil conducteur. A noter également le retour de l'ambiance cosy et "Cotton-Club" avec le saxo de Freddie Smith, une pure merveille, ainsi que les questions-réponses de la guitare principale, limpide, toujours au taquet...le titre finit crescendo sur cette fameuse stratocaster-wah  "qui parle"...on retrouvera cette étonnante facilité l'année suivante à Woodstock quand Jimi Hendrix atomise l'hymne américain devant un parterre plutôt clairsemé de hippies en pleine Bérézina (descentes de trip et sévères gueule-de-bois), il nous semble le seul animal "frais" sur la lande ravagée tel un général de réserve après la bataille...la grande classe!

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11 – 1983...A Merman I Should Turn Be

Si vous avez l’oreille affuté, vous remarquerez un soupçon les premières notes du « House Of The Rising Sun » des Animals, mais là s’arrête la comparaison, la composition s’enlève loin derrière le Rising Sun comme le premier « trip» ( voyage...) sonore de l’histoire de la pop-music... cette longue suite entame un périple comme la sonde Voyager à travers la Ceinture de Clipper et ne s’achève qu’avec le rond de carton du vinyle... à se demander quelle rédhibitoire barrière l’empêchait de s’imbriquer au titre suivant « Moon Turn The Tides », qui lui se taille la part du lion avec ses 11 minutes et quelques ? Quoi qu’il en soit, le deus-es-machina Jimi Hendrix en a voulu ainsi en accentuant la part du mystère de "1983", belle balade avec intro à la gratte bien mortelle, terriblement efficace, qui situerait l'intrigue dans un avenir proche ... pour la petite histoire, j’ai glané quelques infos sur le JHE.com et j’ai trouvé ceci qui pourrait donner quelques clefs aux titre-à-rallonges [ Hendrix (sic) : "Certaines chansons sont un peu fantaisistes, donc, les gens croient que vous ne savaient pas de quoi vous parlez, mais tout dépend de la chanson qui la précède et de celle qui suit. Vous pouvez leur dire des trucs durs, mais vous ne voulez pas leur donné l'idée d'un mauvais caractère, car il y'a d'autres facettes de vous sur les albums, c'est la que les titres fantaisistes arrivent. Comme 1983... elle n'est pas si éloignée de nous comme on le dit... et pas forcément besoin d'être drogué..."]jimi-hendrix-flying-v.jpg

(...) En avril 68,le jour où Jimi avait oublié la session d’un vendredi, Noël Redding en avait profité pour enregistré Little Miss Strange, sa seule et unique chanson de l’album. Quand Jimi est arrivé au studio, il a vu que la chanson était en progrès. Bien. Elle est achevée durant le week-end... le dimanche 23 avril 1968, commence alors les sessions de "1983". Il compose cette chanson comme une symphonie classique (dans l'esprit seulement), une "sonato-rondo" (A B A C A B/A). C'est Jimi qui joue de la basse. Tout est mixé avec Eddie en une seule fois, et en 14 heures tout de même! Même après la chanson bouclée, Eddie Kramer demande à Jimi si on ne pourrait pas ajouter à l'intro un nouvel effet que vient de découvrir Jimi : en mettant un casque d'écoute sur un micro, on obtient un feedback très spécial. Quelques minutes plus tard, un peu de delay (écho) et le tour est joué... le résultat fait penser aux cris de mouettes (que l'on retrouvera seulement sur le final de "a merman should turn be")...Jimi utilise ce qu'on appelle la "cloche de souper des martiens", un flexitone africain,une boule de métal tendu sur un fourche de même bois... Chris Wood joue de la flûte à la façon d'Archie Shepp, un radical du free-jazz. Hendrix tient la basse une fois de plus (et quelle basse!...)...Pour le climat général, en se laissant aller sur le côté planant, on atterrit au son de clochettes tibétaines pour finir changer en Atlante quelques parts dans les océans...il y a des trajectoires qui ne s'expliquent pas et des destins bien moins glorieux. Le mélange d'ésotérisme et de naïveté du texte livrerait-il quelques secrets sur James Marshall Hendrix , véritable nom du Dieu de la guitare, ou l'inverse, comme il y eut la Main de Dieu, y aurait-il eu sur terre l'accomplissement d'une prophétie ancienne, son messager s'en serait-il allé dans l'indifférence générale? à moins que tout ceci ne soit le fruit d'un hasard au gré d'un calendrier céleste et capricieux, l'ère de l'Aquarius s'achève laissant la place à l'Apocalypse, cette autre forme de "révélation" empirique. Les Temps s'emballent...A+B+A+C/AB = MC2!

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 12 - Moon Turn The Tides ( Gently,Gently away... )

Sur près d’une minute, alors que nous tournoyons en apnée, le cœur à l'arrêt, «...nous nous réveillons d’hier,dépêchons-nous ô mon amour Cathy! il serait dommage de rater le spectacle qu’offre Neptune...»...épigraphiste d'un rêve pressant, l’auteur de ces sibyllines paroles est né il y a plus d’un demi-siècle sous le ciel nuageux de Seattle, côte-ouest des Etats Unis, une ville industrieuse,maussade, remplie de personnages pressés allant à leur travail, de biens doctes écoliers en uniformes, de feux-rouges et transports de bois, le monde vous espionne derrière les rideaux à la hollandaise, le chat posé sur le bord entre les bibelots ... La fourmilière US...Hauts-fourneaux, frets sur le lac Washington, bûcherons et chemises-à-carreaux, exactement le début du remarquable film "Voyage Au Bout de l'Enfer" de Michaël Cimino... Rêvant de guitare, de rock’n’roll, de science-fiction ; il disait écrire des choses étranges quand il était petit : « (sic)...à l'école, j'écrivais beaucoup de poésie et, à l'époque, j'étais vraiment heureux. Mes poèmes portaient essentiellement sur les fleurs, la nature, et des gens portant des robes. Je voulais être acteur ou peintre. J'adorais peindre des paysages d'autres planètes. Des trucs comme "Après-Midi d'Eté Sur Vénus".L'idée du voyage dans l'espace m'excitait plus que tout... ». 

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Puis plus tard, en plein désordre familial, à l’âge de dix ans, il est fan d’Elvis Presley, il va même le voir à un concert à Seattle. Et c’est ça qu’il veut être : le Rock-n'-roll, le prestige qu'il donne aux humbles, la puissance extravertie de ces introvertis que la vie écrase salement ... Mais il ne se mettra vraiment à en jouer qu'une fois qu'il aura entendu Chuck Berry et Muddy Waters.jimi522.jpg Jimmy est bercé dans la musique "rock" des blancs et les vieux disques de blues et de jazz de son père...Né sous le quadruple signe indien avec sa mère « Lucille », authentique Cherokee née dans une réserve. Elle porte Jimi à l’âge de 17 ans et se retrouvera rapidement désemparée : il lui faut un homme... Elle le trouve dans le personne de John Williams, alcoolique et violent, et s'installe à Vancouver. Le ménage connaît rapidement des difficultés. Lucille atteinte de tuberculose chronique se retrouve à l'hôpital, John Williams en prison et le petit Johnny (alias Jimi, Jimmy,Jimmy-James, Jim,James-Marshall, Beaney, etc...) trimbalé de droite à gauche, chez sa mère, sa grand-mère et surtout Dolorès Hall, une des sœurs de Lucille. Multiples identités, multiples lieux...Les visites chez sa grand-mère paternelle, Nora, l'auront beaucoup marqué. C'est une véritable indienne vivant encore dans une réserve Cherokee en Colombie Britannique, elle lui raconte souvent de vieilles légendes bourrées de sortilèges...encore une fois, ces choses-là ne s'inventent pas!...le jeune James Marshall (tu parles d’un nom prédestiné!...) Hendrix fait des "bêtises". Vole une voiture. Puis deux. Sans permis. On lui donne le choix en s’engageant dans l’armée. Il devient guerrier pour l’Amérique. Saute en parachute. Aime ça. Se blesse. L’armée le réforme. Il se retrouve dehors avec 400 Dollars en poche. Ne rentre pas chez lui. File vers Nashville...ainsi vont les petites légendes, dans le bruit et la fureur, le désordre et le chaos ... (sic) : "Un matin, je me suis retrouvé devant les portes de Fort Campbell, à la frontière du Kentucky et du Tennessee. Mon paquetage sur le dos et 300 ou 400$ en poche...c'est tout ce que j'avais.... Finalement, au lieu de rentrer à Seattle, je suis allé traîner du côté de Clarksville..."jimi44.jpg...Johnny Goes To Tennessee...Le mythe est en marche. Rien ne l’arrêtera. Astroman, ou son bâton de pèlerin en érable jouant sur des « Fender-l’Indien », les Marshall poussés dans le rouge, comme le tapis qui se déroule devant lui jusqu’au sommet, rencontrant et rencontrant sans cesse des gens les plus pointus, les plus brillants de l’intelligentsia moderne, puis les margoulins du showbiz, et encore des influents, des miséreux, des risque-tout, jusqu’à purger cette enfance malheureuse d’errance et de déménagements, d'identification au rêve américain, inaccessible, mais présent dans les esprits, la flamme du pionnier : innovateur ou rien... là ou réside tout le mystère, cette fuite en avant, aucune attache, aucune terre, ni jardinet, comme séparé du monde des humains, propulsé d’hôtels-en-hôtels, de livres-en-livres, de cordes-en-cordes, de cette ridicule planche en bois traversée de filins d’acier devenue le passe-droit, le seul et unique sésame d’ouverture au monde...le serrure électrique, la dame électrique, la mort électrique...on peut penser à cette « cryptonite » qui mit fin à ses jours en pleine lumière comme un cessez-le-feu : l’alcool, l’eau-de-feu et les médocs... encore un mystère encore plus entier: la planète, le cosmos, la femme, la femelle, celle qui le porte au delà de la barrière réelle dans l'enchevêtrement de câbles et de hauts-parleurs, ce dédale compliqué de potentiomètres et de "contrats", d'odeurs de tabac et de marijuana, de bières éventées, de plastique et de skaï des studios, d'électroniques flambant neuves des usines de Détroit, du Kentucky ou de la banlieue de Londres...de ces leçons de vie, il en faut guère plus pour que l'"Electric Ladyland" fut la sacristie dérangeante à éviter, caractérielle, mélange de rêves et de cauchemars. Les lunes - quand elles ne tournent pas au cramoisi - sont froides, la respiration brachiale, on étouffe...jimi69.jpg et le troisième acte s’achève sur cliquetis de pointe-diamant ; le bras mécanique est arrivé au terme du trip synthétique, près de la rondelle cyclopéenne ...Il reste encore une balle dans le chargeur.

13 - Still Raining, Still Dreaming...

La deuxième partie de « Rainy Day, Dream Away », scindé en deux pour la cause démonstrative de la guitare-wah qui se met à gigoter tout-du-long comme le saxe de Coltrane dans « My Favourite Thing ».Seul un authentique génie est capable de telles prouesses comme de rivaliser avec les plus grands du free-jazz, Charles Mingus, Eric Dolphy, Pharoah Sanders, Miles Davis, John Coltrane...à tel point que Jimi Hendrix - pour la blague - déclarera sa musique de « free-form & funky » à des commentateurs médusés, ne sachant où classer l’animal. La deuxième partie de « Rainy Day, Dream Away » se veut aussi un coup de trampoline pour hisser ce qui va suivre, le bouquet final, deux upercut et un knock-out avec adversaire au tapis... Buddy Miles aux caisses se transforme en métronome humain pendant que Mike Finnigan balance des scories d’orgue Hammond plein le tempo bluesie. Bien sur, des re-recording arrosent le tout, mais je le répète : la guitare-wah est remarquable, exemplaire, insaisissable, ironique et bien vivante. D’ailleurs, à force de bavarder comme un canard ivre, elle finit par s’arrêter tel un quatre-temps de compète, la 250 Honda-6 de Mike Hailwood, ou un drone allemand V2 descendu un soir au dessus de Londres par la RAF ; c’est bigrement frappant... "Still raining, still dreaming" est la fin de "Rainy day, dream away". C'est la première chanson où ne figure pas de lignes de basses de Noel Redding, car "il réagissait plutôt mal au fait d'inviter d'autres musiciens, alors que nous, ça nous plaisait."...Mike Finnigan joue de l'orgue, Buddy Miles est à la batterie et Jimi joue aussi de la basse...et à ce sujet (sic.) " Parfois, j'aime jouer avec d'autres musiciens. Ca commence un peu à devenir comme dans la scène jazz où vous pouvez voir un album de Barney Kesell et ses potes. Ces gars essayent vraiment de faire la VRAIE musique. Ils font leur jam ensemble sans s'occuper du reste. C'est un peu comme faire l'amour avec quelqu'un "musicalement", comme peindre un tableau à plusieurs. Ça se passe comme ça sur la scène jazz depuis des années... Une star, un soliste, d'autres types autour, et tout le monde groove. Peut-être que cette formation improvisée ne durera que le temps de la chanson ou de l'album, peut-être qu'ils resteront ensemble une année ou plus, mais ils se séparent dès qu'ils sentent qu'ils commencent à perdre l'exubérance des premières jams. Quand tu joues, tu peux changer de style et c'est tout à fait normal de vouloir se taper un bœuf avec d'autres musiciens. Je ne voudrais pas jouer avec quelqu'un trop longtemps...". L’Expérience, son chant du cygne a sonné. Une bonne paire de mois et s'en sera la fin. Noël Redding posait trop de questions, s'interrogeait sur les "gimmicks" (artifices) d'Hendrix. Outrages indélicats, il sera remplacé... Seuls, la discrétion et le savoir-faire de Mitch Mitchell seront indispensables à Jimi Hendrix qui le réembauchera après une courte parenthèse, le "Band Of Gypsys", composée de vieux potes de l'armée, Billy Cox et Buddy Miles. Jimi Hendrix redeviendra cette frêle silhouette que l'on rencontre sur les longs courriers, prenant le repos comme elle peut, inclinée sur le côté , calée dans les sièges des Airlines chevauchant les continentsLe temps et le ciel filaient à sa perte. Justement,il en avait connaissance... Dans la dramaturgie moderne, les Dieux descendent du Ciel à bord de Boeing rutilant avant d'être calciner en offrandes aux indigènes. Auparavant, ils auront joué les rôle de sauvages indomptables. Diane Carpenter, ex-petite amie de Jimi Hendrix, dira de lui après avoir visionné un show télévisé de l’Expérience: "...oh,my God! je ne l'ai pas reconnu... lui qui était si gentil, si aimable,si réservé..Ils ont fait de lui un SAUVAGE sortant de la jungle de Bornéo!...".

14- House Burning Down 

Jimi-Hendrix-studio.jpg... « Hey mec ! Hey ! Regarde le ciel, il tourne au rouge de l’enfer ! »...fatalement, le chaudron hendrixien ne peut que déborder de sa propre énergie...intro incandescente, son tournoyant, stéréo malmenée, le titre se soulève d’une plaque de 12 tonnes de métal fondu avant de retomber sur un appuis aérien et tissage de basse vrombissante. Le ciel du futur, effectivement, crame de tout-côté. La maison de quelqu’un d'autre est en flamme, un vaisseau débarqué de l’espace emporte les morts, la fumée est noire, beaucoup de gens - de la famille proche - pleure tout autour. C’est vraiment la cata...Emeutes de Watts? Massacre d'étudiants à Berkeley ? Bouleversement climatique?...de méga-foutoir en science douces & alternatives, le rêve hippie se substitue au grand rêve américain, celui-là aussi va se prendre un râteau dans les gencives, le Mal guette et décime les prophètes... et jamais une intro de guitare ne fut plus mortellement efficace; l’Amérique incandescente se soulève sur un coude bourrée de ses spasmes sociaux [...à part Ritchie Blackmore, l'autre instrumentiste des Fender Black Beauty, qui plaque le modèle en introduction de « Deep Purple In Rock » avec cette gifle  glaciale, monumentale, pour être tailler métaphoriquement "dans le rocher", au Mont Rushmore, avec « Speed King »...]..."House Burning Down", ça cause du lourd, ça sort le bazooka, les cheveux se dressent sur la tête, l’adrénaline monte dans les étages supérieurs et vous ne vous appartenez plus vraiment..."House Burning Down", seul le tempo ternaire, boiteux, en « tango », vide l’extincteur sur les couplets avant que la maudite guitare pulvérise les survivants avec ces piqués en retour... Jimi, loin dans sa tête, ne rigole plus, il a encore le loisir de pratiquer la pédagogie: « (sic)...sur certains enregistrements, vous entendez des clash et des bangs et pleins d'autres trucs bizarres, mais tout ce que nous faisons, c'est enregistrer, rajouter des échos par-ci par-là, nous n'ajoutons aucun faux truc électronique. On utilise les mêmes choses que tout le monde, mais on s'en sert avec notre imagination. Comme dans House Burning Down, on a fait le son de la guitare de telle sorte qu'on croit qu'elle est en feu, elle change constamment de dimension."...Le Maître des Forges a parlé, la musique boitille sur une jambe de bois et les solos calcinés traversent le truc en mobylette folle, et toujours avec cette aisance déconcertante de virtuose associée à l’intuition électrique du moment. "House Burning Down", j'adore cette conception unique et innovante qui ne ressemblera à rien d'autre dans l'histoire de la pop-music.

fender-jimi-hendrix-stratocaster-120033.jpg L'attaque de la Fender Stratocaster pour droitier, cordes inversées jouées à gauche, fait que l’atténuante des graves se retrouvent sur les aigus, et vive-versa, ce qui équilibre le mordant au niveau des médium où Jimi joue souvent, avec moins d'acidité dans le pincement des chanterelles, de là vient l'abondance des solos qui ne vrillent pas le tympan comme sur une strate classique, le vibrato se retrouve également moins bas d'accès, autre avantage...J'ai remarqué également que le corps de la guitare inversée prend son cocon ,une forme de niche incurvée, au niveau de la hanche (au lieu de l'estomac), ce qui laisse à Hendrix tout le loisir de se pencher légèrement sur le tableau et avoir une vue panoramique sur l'ensemble de son jeu (qui exclue rapidement les obèses!...), et si vous excluez l'attaque des cordes "raclées" avec les dents, vous obtiendrez d'autres solos beaucoup moins intéressants, voire esthétiquement lavées, bruts; sans cette accroche décisive qui fait sonner la Strate comme un câble frappé avec un os de poulet, la sonorité reste "plate" ...un conseil : si vous tenez à vos dents, n'essayez pas. 

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 Question studio, c'est le sorcier Eddie Kramer qui tient la console: canal droite, canal gauche, au milieu c'est comme la fête à Venise, le feu d’artifices flatte les hémisphères cognitifs, il les active, il les ré-amorce. De cette masse dormante, on devrait bien en tirer autres choses que de la haine et de la violence! et c’est le double « V » de la Victoire & de la Paix qu’Hendrix affiche maintenant à ses débuts de concert, parce que le monde va changer de main, comme la gratte du commun des mortels (qu'il tient à l'envers), tout est possible, un sujet qu'il avait déjà abordé avec "If Six was Nine" dans Axis-Bold As Love...le micro-sillon abreuve un instant de silence avant de se jeter sur le morceau suivant. 

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 15 – All Along The Watchtower

...de prime abord, il y a cette cascade d’accords si particulière, puis un cri...et encore la cascade, et encore le cri...cascade-cri, cascade-cri...avant que le premier barrage ne cède et la coulée suave de notes arrive enfin délivrer le brûlot que Dylan venait d'enregistrer sur l’album « John Westley Harding », juste après son terrible accident de moto près de sa maison de Woodstock.... La tour, le voleur, le bouffon, les deux cavaliers, la reine ; nous sommes sur un jeu d’échec géant et « il doit bien y avoir un moyen d’en sortir »... En pleine bourre, Bob Dylan a la solide réputation d'être un auteur prolixe, un "songwriter" inépuisable. La légende veut que seul avec une machine à écrire et une rame de papier...tactac-tac-tac,tac...vous revenez une heure après, et il vous a pondu 10 ou 12 chansons d'un trait, et pas des moindres ! Bob a toujours quelques choses à dire ... Notes :... le 17 mai 1968, Jimi, Kathy Etchingham et Brian Jones sont invités à une fête des Beatles. Durant cette soirée, Paul McCartney l'invite à venir à la session qu'il produit demain pour son frère Mc-Gear. Et, c'est durant cette session ou durant la fête qui a suivie que Jimi a entendu le nouvel album que venait de sortir Bob Dylan, "John Westley Harding". Alors que "All along the watchtower" passait, Jimi s'est écrié "je veux faire ça! je veux l'enregistrer!!".jimi_hendrix_pop_art_by_conradchaos.png Bob Dylan était une grande source d'inspiration pour Jimi... "Ici,il règne une trop grande confusion", dit la chanson et Dylan a tout le talent qu'il faut pour mélanger les textes issus de liturgie des textes sacrés comme la Bible, créant une mystification ainsi que le doute de la longue tradition centre-gauche de Songwriter & Porte-Parole de la Beat-Génération, comme son maître, le poète itinérant Woodie Guthrie, un hootchie-kootchie-man voyageant à l'arrière des trains de marchandises, qui lui aussi portait la bonne parole syndicaliste à travers le Sud des Etats Unis d'Amérique. Guthrie, un poète devenu très influent à Greenwich Village, un quartier bohème que Jimi Hendrix fréquentait assidûment. Guthrie avait cette autre particularité d'avoir inscrit sur sa guitare : "cette machine tue les fascistes"... l'analogie avec "Machine-gun" du Band Of Gypsys n'est pas loin ... Jimi aurait souhaité enregistrer aussi une autre chanson du même album, "I dreames I saw St.Augustine", mais il trouvait qu'elle était trop personnelle, que c'était une chanson à Bob et à personne d'autre. Jimi Hendrix : "(sic) Tous ceux qui n'aiment pas Bob Dylan devraient lire les paroles de ses chansons. Elles sont pleines des joies et des tragédies de la vie. Je suis comme Dylan, aucun de nous deux ne chante normalement. Dès fois, je joue des chansons de Dylan, et elles me correspondent tellement que j'ai l'impression de les avoir écrites. J'ai le sentiment que Watchtower est une chanson que j'aurai pu écrire mais je suis sûr que je n'en serais jamais arrivé à bout. Je pense souvent à ça, en songeant à Dylan, je ne pourrais jamais écrire les mots qu'il arrive à sortir, mais j'aimerais bien qu'il m'aide, car j'ai des tonnes de chansons que je n'arrive pas à finir. Je pose juste quelques mots sur le papier et je n'arrive pas à aller plus loin. Mais maintenant, ça va mieux, j'ai un peu plus confiance en moi et je pense en finir quelques unes."...

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Et puis, il y a bien cette photo de Jimi posé chez Ringo Star,au 34-Montagu Square (Londres), avec l'album de la beat-génération  "Blonde on Blonde" contre le tabouret, et puis encore cette autre, avec le p'tit badge "Bob Dylan"...Jimi_hendrix_bob_Dylan_pincropped.jpgLe dimanche 21 juin 1968, Kathy, Brian Jones et Linda Keith accompagnent l'Expérience au studio Olympic pour accomplir leur mission. Noël ne joue pas la basse, il a envoyé balader tout le monde et il s'est installé de l'autre côté de la route, dans un pub. C'est Dave Manson qui le remplace et qui en profite pour rajouter une piste de guitare. La dernière tournée suédoise a pas mal dégradé les relations...La chanson a été enregistrée en 4-pistes puis transférée en 12-pistes au studio Record Plant. Jimi en profite pour remplacer la ligne de basse par la sienne. D'ailleurs, à ce propos, Mitch dit que Jimi est vraiment un excellent bassiste, il a le "toucher"...Durant les enregistrements, Eddie se rappelle: "A chaque fois qu'on jouait, il se mettait dans un coin, écoutait les enceintes et demandait '"Ca sonne bien? tout est OK? z'êtes sûr ??" et je disais "Ouais Jimi! c'est super !!".Et il répondait "OK! mais on va en faire une autre'"...On refaisait toujours une piste meilleure que la précédente et à la fin, on s'est retrouvé avec 6 ou 7 supers pistes de guitares et 5 ou 6 pistes de chants !!"...Bob Dylan a adoré la version de Jimi. C'est d'ailleurs elle qu'il joue chaque fois qu'il la fait, et à chaque fois qu'il la chante, il a l'impression de rendre un hommage à Hendrix...Cette chanson (version Hendrix) est restée 9 mois dans les meilleures ventes américaines, mais n'atteignant que la 20e place. C'est la meilleure performance d'un single de Jimi Hendrix ou curieusement il va subir la politique du dos tourné à la sortie d'Electric Ladyland...pourtant, la présence partout sur les radios entonne l'hymne All Along The Watchtower au point que les pubards des années 2000 se l'arrachent encore, et pas que pour des raisons philanthropiques,mais tout simplement parce qu'elle est la meilleure chanson jamais enregistrée avec son lot de mystère et d'émotionnel sonore sublimé en forme d'art majeur. Une sorte de quadrature discographique, une balise à l’instar d'une Chapelle Sixtine de l'hymne intelligent et novateur. De nos jours, il suffit d'entendre les trois premiers accords et l'imagination continue de s'emballer vers des frontières extra-cognitives.

Justement, avec la maîtrise de faire swinguer les sons les plus abstraits, on peut se poser également LA question matérielle : ...indiscutablement, entre 67 et 69, l’Expérience a rapporté des tonnes de liquidité qui se sont évaporées dans la nature. En 1971, Jimi Hendrix était le musicien le mieux payé de la planète (527 concerts donnés en 3 ans...), ses deux premiers albums se sont vendus à des millions d'exemplaires (sans compter les dizaines de milliers de 45Tours vendus à travers le monde...). Le coût de l'enregistrement d'Electric Ladyland fut de 80 000 dollars (environ 90 000 euro de notre époque), alors pourquoi son manager Chas Chandler lui a-t'il "plaint" l'argent nécessaire à cet effet, au point qu'il cassera le contrat le liant à l'artiste ?...fin des années soixante, avec le nouveau manager Jeff Jeffreys, on parle de valises pleines de billets en partances pour les îles Caïman... Actuellement, en se basant sur de rapides calculs, Jim Hendrix "pèserait" dans les 218 Millions de dollars comme son alter égo, Jeff Beck... et ce n'est pas fini, il continue de vendre 3 Millions de CD, DVD, posters et cassettes/an sous la houlette de son père Al Hendrix, seul héritier de l'affaire.

Voodoo-Chile-_Hendrix_Rock-Star_Kevin-Ash1.jpg16 – Voodoo Child (slight return) 

... « A force de suivre les préceptes du général Custer, quelques éclaireurs indiens se sont révoltés contre lui, jusqu’à le scalper dédaigneusement, parce que c’était l’Homme qui Marchait à l’Envers... », ainsi aurait pu donner des interviews le Voodoo Child sur le champ de bataille comme pour revenir aux « fondamentaux » que l’Amérique se livre l’échine raidie dans l’angle de la contestation... Jimi Hendrix confédéré et "soldat bleu", des possibilités s'installent... Le dernier titre d’Electric Ladyland serait bien le premier qui éclaire l’album sur les redoutables intentions du Rock’n’Roll, celui jamais dompté...la guitare-wha introduit le rituel précédé d’incantations prophétiques, voire d’outre-tombe (à « tombeaux-ouverts », selon l’expression consacrée...) et ce n'est plus pour compter-fleurettes, mais faire parler la poudre à travers un discographe passé au charbon de bois...Pompier incendiaire, la guitare-médium file à travers la géographie (« j’ai franchi une montagne que j'ai tenu au creux de la main avant de l’aplatir... »), le Temps (« si on ne se voit pas dans ce monde, on se reverra dans l’autre... ») et l’urgence de l'appel (« ne soit pas en retard... »). Le titre s’assombrit aux rotations d'un chronomètre fendu, les éclairs foncent sur les étincelles saturées d’ozone, la ligne de basse gronde, les tambours de caisse battent une mesure outrée, il y a de l’ouragan à tous les étages, du tsunami dans le tempo... Forcenée, jamais âme-sans-guide ne fut battue en brèches aussi durement. Les méandres passés ne demandent que juste repos et oubli. Si on franchit le Rubicon, c’est pour mieux arriver au Parthénon devant Athéna paré pour une autre méta-identité. Crépusculaire, sur fond de stress et paranoïa grandissante, la thématique hendrixienne arrive à son apogée. Sustain et fuzz-bender, wah mordante, watts débridés, tous les éléments en état de stress sonnent le tocsin et l’arrivée imminente au Jugement Dernier ; le Jimi Hendrix Expérience prenait un malin plaisir à corrompre sur scène la béatitude des hippies, leur passivité devant le Futur. Au son d’autres Maîtres de Cérémonies et d’orgue d’église détraquée, les Doors assénaient des tropes similaires avec outrages à l’appui et quelques jours de taule au compteur, amendes faramineuses, expulsion de territoires, etc. Le vent hurle dans les corridors. Il n’y a plus de « John Westley Harding ». Il n’y a plus de Lewis Caroll. Il n’y a plus de « voyages merveilleux ». Il n’y plus de Cotton-club. Il n’y a plus de « lampe cramée à minuit ». Ni d’échiquier géant à renverser et encore moins d’ « atlantes » dans les couloirs glacés qui mènent aux marches de Thanatos. Mais que ce foutu blizzard qui plie les âmes en deux, qui transcende, qui submerge les océans et chevauche les walkyries de la transmutation élective ; ou vous serez un « sorcier vaudou » ou rien du tout... Ces choses ont disparu dans les serrures qu’elles viennent d’ouvrir. Là s’achèvent les miroitements à la « Dame Electrique » vers un devenir plutôt bousculé dans ses atomes, une sorte de vengeance euclidienne, imparable. Le chaos se veut rédempteur, la fin le début, tout n’est que commencement, point d’orgue et romantisme triomphal. Les carottes sont cuites. Les entités nouvelles sortent du chapeau post-mortem, l’apocalypse est translucide. On ira tous au paradis mais dans un train d’enfer. Encore un dernier crépitement d’enceintes et l'album se rend près de son axe,sur la plage vide. La route s'achève. «Descendez Oppenheimer, on vous demande!...». 

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Notes : "Quelqu'un nous a filmé quand on a joué ça. Ca nous arrivait de temps en temps d'avoir une équipe dans le studio qui suggérait :"faites comme quand vous enregistrez". Ok. On fait un truc en E (mi), et un et deux et trois... et c'est comme ça qu'on est arrivé à Voodoo Child."...Durant 16 jours, à partir du 3 mai 1968, une équipe d'ABC-TV suit The Experience dans les studios Record Plant. Le film commence par une fan occupée à dessiner Jimi. Ensuite, Eddie Kramer, derrière les pistes de contrôle explique que la musique de Jimi touche tous les âges. Les autres musiciens sont interviewés alors que Jimi écrit les paroles de la chanson. Noel, que tout ça énervait raconte: "On a joué la même chanson toute la journée! Du soir au matin, la même chanson!! Voddo-machin, c'est en E (mi) tout le temps et il doit y'a avoir un C (do) qui traîne quelque part, donc, même pas besoin de penser à la musique."...La chanson a été enregistré "live" dans le studio au bout de 13 essais, avec seulement 5 qui ont été jusqu'au solo. A chaque nouvel essai, Jimi sculptait sa chanson, de nouvelle idées apparaissaient, il essayait de nouveaux effets. Ce n'est qu'à la 7ème prise qu'il a pensé à brancher sa wha-wha. L'intro lui fait penser à un surfeur cherchant la bonne vague, et une fois qu'il la trouve, il coupe la wha et c'est parti!...Seuls quelques effets ont été rajoutés à la bande, comme des maracas et des échos pour faire une douzième piste et rendre ainsi le son plus "gros". 

Mitch se rappelle que la nuit où ils ont enregistré, un type est venu demander à Jimi de venir jouer au Town Hall avec Joe Tex. "Jimi m'a dit 'Hey, Mitch! amène toi, on va jouer avec Joe Tex!!' La seule chose qu'il ne m'avait pas dit ou qu'il ne savait pas, c'est que c'était une sorte de concert pour réunir des fonds pour le Black Power. J'étais le seul blanc au milieu de 4.000 personnes ! Jimi se marrait... On a installé la batterie, et après, c'était du style "vas-y blanc-bec, montre nous de quoi t'es capable"... J'ai fait du mieux que j'ai pu et je crois que ça a bien marché. Je n'aurais loupé ça pour rien au monde!!".

Et puis,le film de l'ABC-TV fut perdu, détruit, oublié, remisé... on ne sait plus...il ne refit jamais surface comme toute cette histoire. Jimi, Morrison, Joplin, Otis, Lennon, que de drôles de fantômes feraient-ils aujourd'hui si l'idée saugrenue leur prenait de revenir nous hanter ?...perdus entre les MP3, Koh-Lantha et "The Voice", ces prolongements du plaisir qu'ils ont inventé pour finalement devenir "objets" dans un curieux mélange de commerce et d'innovations... eh ben,on ne se l'imagine même pas! 

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( écrit par Michel Reyes entre Juin et Juillet 2015...ah! et puis autres choses...au moment ou j'écrivais sur l’Electric Ladyland et Hendrix, de bonne heure, le matin ( « à la fraîche », because 40° la journée...), j’ai senti qu’on me tapotait l’épaule (?!)...je râlais en pensant que c’était ma compagne qui voulait son café, elle fait toujours ce truc... « OUAIS!ouais!j’arrive !... »...En me retournant, je m’aperçus qu’il n’y avait personne dans l’appartement, qu’une faible brise venant de la porte-fenêtre. Fabienne dormait à poings fermés dans la pièce à côté...hum... )

Commentaires

Bien, ceci étant, la question finale (sur Jimi Hendrix) se pose irrémédiablement : maintenant qu’il a disparu, Où EN SONT LES GUITARISTES ACTUELS ? ...Y en a-t’il UN qui mérite le flambeau de la relève ?...Qui – des météores- a pu groover un son psyché associé au blues aussi puissamment sans tomber dans le ridicule?...ouais, je sais, ça fait beaucoup de questions en une seule...

A la disparition du grand guitariste noir, du prodige de Seattle, des orphelins ont pleuré. Leur peine était immense, on le comprend bien.

De nos jours, on nous a foutu un tas de mecs qui tirent plus vite que leur ombre, mais ça l'fait pas...On nous a foutu des grands, des p’tits, des chauves, des jaunes, des blancs, des noirs, des obèses, des pénitents, des mystérieux, mais ça continue de pas l’faire...

Stevie Ray Vaughan, Rory Gallagher, Jimmy Page, Blackmore, Stevie Vaï, Mac Laughlin (je cite de mémoires...), Santana, Alvin Lee, Franck Zappa, Slash, Steve Howe, Al Di Méola(le pire),Hackett-le-simplet, Gilmour, Clapton, Beck, Metheny, Satriani, le mec de Black Sabbath et que sais-je encore,je pourrais en citer des myriades cubiques!...tous ces gars pédonculés du manche, vertébrés de la pogne, je les connais bien, je les écoute encore. Pour une particularité. Un son. Un phrasé...c’est sympa, mais ça ne décoiffe pas comme Hendrix...désolé...on reste sur sa faim, les crocs dehors... Ils ne sont juste qu’une partie du problème sans avoir l’aura et la complexité redoutable de l’univers de l'«Expérience », qui reste à tout jamais impénétrable, prophétique, acharné, intuitif et les sens en alerte, inventions sur inventions, le tout versé aux oreilles ébahies.

Et pourquoi c’est si dur ?
D’où nous vient ce big sentiment d’impuissance ?
Laisse-t’on parler suffisamment le feeling ?...

Si quelqu'un à une réponse écrite,je m'en cogne : qu'il me montre plutôt ce qu'il sait faire avec un manche.

Don-t forget également : le woueb est rempli de "petits-génies-de-la-guitare" qui donnent des concerts devant 3 personnes et une caméra (...en cachette de leur petite amie). Derrière le carré de cristaux liquides,on sent les mecs aigris,râleurs,largués...bref, ils donnent des "conseils"...
Hendrix,c'est 3 ans de succès pour 15 ans de préparation.

A noter : "Electric Ladyland" reçu le très mystérieux Grand Prix de l'Académie Charles Cros-1969 qui prime le meilleur enregistrement de l'année...Regrets éternels?

Ba-baille,les gens.

( .... )

Écrit par : Michel REYES | 24 août 2015

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