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17 janvier 2017

"Jimi Hendrix:Electric Ladyland/1"...prophéties électriques...

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avant- propos :...au commencement, il n’y avait rien, ou si peu... 1968, les pavés, le féminisme, le rock, l’écologie, les drogues, les communautés, les départs pour l’Indes, l’alternative et tout le bric-à-brac d’où je me sentais exclu, bienheureux comme Alexandre, sauf pour la musique rock, « pop-music » à ces moments perdus (assez larges), ou les damnés de la Terre préféraient tirer un boulet gros comme une baraque plutôt que de profiter de la Vie, en égoïste, et de le payer salement en retour, ce que je fis de mon mieux... Les détracteurs de cet « égarement » furent nombreux et aujourd’hui morts enterrés sous des tonnes de banalités, certains se leurrent encore suffisamment pour se donner une image responsable et des clones de leur pathétique reflet, mais ça ne marche pas comme ça... D’autres bouffent le terreau  de notre bon vieux caillou arrosé de flotte...les plus originaux claquent du bec à l’asile du coin...bref, vous aurez compris qu’en plein marasme, ils ont disparu corps-z’et-âmes...fallait pas...Mais il y avait cette foutue musique qui me tirait par l’oreille d’ou l’intérêt de votre serviteur d’y avoir consacré pas mal de temps, de nerfs et d’argent sans grand espoir d'un retour possible, les clapets furent nombreux à concilier la vraie vie contre l’utopie...On ne choisit pas les uns et les autres au hasard, allez savoir... Jusqu’à la résurgence de la technique-monde, le Net, l’art s’était arrêté d’intéresser le plus grand nombre au mépris des créateurs bien seuls, avec leurs œuvres géniales qu’ils tiraient en enclume derrière eux...un gros trou implicitement lié aux flatulences des élites, la propagation de la facilité, à la « crise » (comme ils se nomment entre eux...) et toutes les fanfreluches de nos samaritains de services, la Musique n’a pas failli au système, ni survivre qu’en petits comités restreints, très restreints, pensant que l’orage finirait bien par passer et les rédempteurs par vaincre. Certes, à la surface du néant, il y eut bien quelques clapotis engloutis illico-presto sous des tonnes de bavardages...Que se passe-t'il ? Pourquoi n'avance-t'on plus ?... Ce barrage de Sisyphe étant fait pour durer, il y eut quand même un phénomène qui plana très fort au dessus de la mêlée : Jimi Hendrix, le guitar-héro le plus costaud de la planète...Comment a-t'on transformé cet authentique génie de la guitare en VRP pour "génération perdue"?...et par quel poudre de perlimpinpin a-t'on anesthésié les 600 000 personnes qui se se massaient à ses derniers concerts (l’Île de Wight-1970)  ?...ce qui nous amène naturellement à la genèse d'un des objets les plus significatifs ramené à cette époque antérieure sous la forme d'une double galette de plastique noire débarquée en pleine montée du psychédélisme: « Electric Ladyland : Jimi Hendrix/2 ».


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Face A : 1-And the Gods made love...

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Braoum ! Bang !...deux coups de tonnerre électroniques sur une chambre d’échos malmenée et ça commence très fort, mes baffles s’en rappellent encore...parce qu’inutile de présenter Jimi Hendrix comme le guitariste le plus inspiré,et génial, et prolixe de tous les Temps, n’est ce pas ?...Tout de suite, nous sommes dans l’atmosphère de l’Expérience, ce groupe qu’Hendrix avait monté en Grande Bretagne pour séduire le plus grand nombre d’artistes anglais aficionados de blues bousculé par la période « flower-power-LSD » ,et pourquoi pas, un public voué aux gémonies des Beatles, des Rolling Stones, Moody Blues, Cream...n’oublions pas qu'au royaume du rock-blues naissant, le challenge n’était pas si évident que cela...Mitch Mitchell aux caisses et Noël Redding à la basse sont les petits anglais que le guitariste américain recrute à sa suite sulfureuse et fraîchement débarquée des States, mais ils n’ont pas le vécu du routier du Rythm-&-Blues,ni l’expérience des tournées qu’Hendrix subissait au fin-fond d’un car entassé avec les musiciens de Sam & Dave,Ike & Tina Turner,Little Richard et toute une flopée d’autres galériens trépignant (s) dans les starting-blocks d’hypothétiques heures de gloire.Tout d’abord,en cet été 68,le twin de britanniques accompagnateurs s’accommode de l’excentricité du musicien noir-américain qui jette les codes de la guitare par dessus l’épaule en fouinassant dans les méandres de giga-Marshall qu’il allume midi,matin et soir au studio d’enregistrements,le Records Plant de NY, qui a eu la bonne idée de s’approvisionner du dernier cri technologique,un magnéto à grosses bandes 12 pistes...La foule et la multitude d’anecdotes livrés à ce sujet est un puits-sans-fond où notre compréhension émerveillée révèle qu’elle fut la clef-de-voûte de toute la musique blues-rock des seventies,et ce que l’on oublie de rajouter, qui me parait essentiel : le premier enregistrement moderne original avec le « Sergent’Pepper Lonely Heart Club Band » des Beatles dont Hendrix raffolait comme le gadget-à-la-coule le plus influent, le plus médiatique et le plus effroyablement concurrentiel de l’époque fleurie, en l’occurrence inscrit sur un magnéto plus « petit »,8 pistes seulement... mordez l’ironie ;  de nos jours, ce matériel s’avèrerait aussi obsolète qu’une paire de Teppaz alors qu’il fut exploité à son maximum par des bidouilleurs de génie...Çà tombe bien, question enregistrement,Hendrix n’était pas particulièrement satisfait de sa première galette « Are you expérienced ? » de 1967,d’un an son aîné et une production qui ne lui ont laissé ni le temps ni les commandes d’« aller-plus-loin-dans-le-son »,productivité et investissement oblige,l’avenir incertain de cette nouvelle musique, et COMMENT le public allait-elle l’appréhender ?...that is ze question... Pourtant le matériel  sonore d’« Are you expérienced ? » paraissait des plus fructueux, intense, jalonné d’une  richesse de riffs ravageurs,qui à son époque firent trembler les murs de salles habituées à la musac-yéyé et les spectacles de pétomanes (!!!) d’après-guerre,quand ce n’était pas les ballrooms,sortes de thé-dansant ou les couples se formaient au son de Glenn Miller ... vous voyez qu’il restait  pratiquement TOUT à inventer...Sur la finition de l’objet, d’après Hendrix himself,  « Are you expérienced ? » fut un rendez-vous manqué qui ne s’en laisserait pas compter pour le second album, plus jazzy, torché dans la même année « Axis, bold as love ». Il obtint tout de même une rumeur dans le Royaume-Uni,le bouche-à-oreille de ce « diable noir », dans des fringues pas possibles, jouant comme un fou,"avec ses dents", et donnant des prestations scéniques impressionnantes...De facto, les deux albums se tinrent simultanément à une hauteur suffisante dans les « chart’s » ( liste officielle de LP’s les plus vendus en GB & USA),pour laisser la production et le contrôle d’un Hendrix emprunt de maturité,de temps et d’argent (celui de Chas Chandler,manager inspiré...) pour l’« Electric Ladyland » alors que sa force « guitaristique » arrivait à une espèce de magma furieux s’auto-alimentant à son propre génie, un épiphanique Coltrane de la guitare, sa musique aliénée aux grimoires de mondes parallèles, voire complètement perdus. Autant dire un miracle.

Question format,sur le concept Vynil-33-Tours,les possibilités se devaient d’être élargies,copieuses,prometteuses, étendant le savoir-faire du trio anglo-britannique aux simples 45 Tours qui n’affichaient qu’un seul morceau par face. Déjà,d’accéder aux derniers était comme un premier pas dans l’Olympe,le 33 Tours était le sceau des Dieux,alors le « double », n’en parlons pas ! peu d’artistes arrivaient à cette consécration majeure...d’ailleurs, il est question du « boucan que font les Dieux quand ils fabriquèrent l’amour » du premier morceau de l’Electric Ladyland comme apéricubes bruitistes annonçant les météos musicales changeantes au cours du double-LP ...« And The Gods Made Love » est ce petit moment de bandes ralenties, d’accident de réverb’ (finissant en cataracte de chasse d’eau...) ,et autres techniques à l’envers issues de la musique dite-contemporaine balbutiante de la fin du XXème siècle (Edgar Varèse/ Désert & Sarabandes). Sur la très faible quantité de galettes produites par l’Expérience, n retrouvera ce genre de travail « expérimental » (justement) pour valider les tornades de blues-rock qui allaient suivre ainsi que pour marquer son approbation au mouvement « psychédélique » des sixties.Le mélange des genres élargi,étrange,eut comme répercutions spirituelles sur la jeunesse de manipuler de la nitro avec des gants de boxe,on s’en doute un peu...d’ailleurs,les glouglous à peine évacués d’ « And The Gods Made Love » (admirez le pluriel au passage...),quelques pas cadencés d'une escouade furtive emplissent une chambre d'un oxygène lavée par la pluie,nous ne sommes pas loin des portes de l"Electric Ladyland", le titre suivant éponyme du double album qui s’enquiert expressément d'un ton étonnamment plein de douceur, d'attention, de savoir si "vous êtes bien allé au Pays de la Dame Electrique" (have you ever been...). Et surtout dedans...

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2- Have You Ever Been (To Electric Ladyland). 

091120025903644917.jpg...ma fois, sur un ton fort-marri, nos trois lascars lardés d’un sourire niais trépignent d’une fausse candeur comme quelqu’un qui va vous faire une bonne blague.A l’intérieur d’un manchon sonore souffreteux et tapis de nappes doucereuses (à la Curtis Mayfield ), la guitare se promène, moelleuse à souhait au bord d’une flanger-box, le long d’une flemme étirée, pensant qu’on va bien s’amuser dans l'univers de Lewis Caroll, juste après que les « Dieux aient fabriqué l'amour » en intronisation...Ayant laissé le chant libre à l’amusement,le divertissement et l’étrange,les chœurs à la perfection entonnent ce doute; la balade continue enroulée d’admirables phrasées ciselées dans la finesse du feeling si caractéristique, "hendrixien", simulant le « repos du guerrier », ou à fortiori quelques contrastes nécessaires pour gober l’ensemble des fureurs qui suivaient, souvent, dans l’acceptation générale...pour la petite histoire esthétique de la pochette auxquelles nous eûmes droit, à plusieurs versions, le concept de base de l’album était bien ce surréalisme littéraire qu’Hendrix avait scrupuleusement demandé de respecter en exigeant une photo de l’Expérience au complet dans Hyde Parc autour de la statue d’Alice au Pays des Merveilles qui ne fut pas retenue dans les premiers temps ou reléguée en quart de pochette, noir et blanc, d’une photo que Linda Mac-Cartney avait prise d’eux et quelques enfants qui traînaient-là. Jimi Hendrix avait écrit une lettre à cet effet, Letters To The Room Full Of Mirrors, (à propos de la chambre aux miroirs...) que l’on a apposée quelques parts sur les nombreuses rééditions du double album,dont une mémorable, issue d’un cerveau « arty » de la maison de disques Capitol, qui couvrit la totalité recto-verso de femmes-à-poils verdâtres,façon « Ingres : Le Bain Turc » et qui fut retirée des ventes sur l’exigence des ligues de vertu et autres rappels à la moralité publique en Grande Bretagne (depuis,elle en a vue d’autres...). Hendrix - ou qui que ce fut qui l’eut écrit - clôturait cette lettre et je vais faire-court : « qu’il s’occuperait bien de ce bazar s’il n’était pas occupé ailleurs » ponctuant même « qu’il avait assez d’emmerdements comme ça » faisant allusions à de récentes histoires de stups mêlées au Canada. Jimi fut même profondément dégoutté de la « version Ingres », et ce ne fut pas sa seule déception sur l’album... « Have You Ever Been » était également du matériel en trop et prévu pour « Axis: Bold As Love », abandonné surement pour des raisons ontologiques, ne pas faire doublon avec "Little Wing"... Le titre fut remanié, renommé et correctement recyclé, quant à Noël Redding, sa ligne de basse fut rejetée et rejouée par le maître en personne. Au sein de l’Expérience, des tensions commençaient a rudement se faire sentir. Dans la foulée de l'enregistrement, Jimi se découvre des talents de chanteur inattendu..."Je peux chanter!Je peux chanter!",s'était-il écrié à la première écoute sous la férule de son ingénieur-son, Eddie Kramer, un des meilleurs techniciens de son époque qui lit les pistes au toucher,les yeux fermés comme du braille,et qui restera un fidèle inconditionnel du prodige américain...Quoi qu’il en soit le morceau s’achève sur le feu qui couve sous la glace des quelques 2 minutes 40 secondes de non-dit et d’introspection laborieuse, « Crosstown Traffic » déboule dans l’enfer imparable et le chaos funky d’un univers urbain surchauffé, les explications de textes vont commencer. Pour « And The Gold Made Love » et « Have You Ever Been », Hendrix disait qu’il fallait mettre ces morceaux en premier parce qu’ils seraient abondamment critiqués, et que ce serait "une bonne chose de faite" avant de passer aux suivants beaucoup plus pointus. 

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3 – Crosstown Traffic 

Hou-lala!nous rentrons autant dans le vif du sujet que par la Mégapole, la ville tentaculaire et ses besoins métaphoriques...trafic dense, carrefours, vitesse, feux rouges, petite amie emmerdante, la poésie de l’ironie mène bon train. Les paroles plutôt dures, parfois drôles, de Crosstown Traffic sont un petit chef d’œuvre d’écriture avec déjà cette façon de « slamer » l’évènement sur un groove de qualité. Les arrangements de pistes sont démoniaques, mêlant les re-recording, cette manière d’enregistrer simultanément et plusieurs fois sur la bande des lignes de chants, de guitare, de basse, de chœurs et autres petits gadgets sonores, comme ce « kazoo » fabriqué avec une feuille de cellophane en travers d’un peigne, il fallait oser...surtout que les spécialistes d’Hendrix se sont demandés longtemps quel était cette machine qui faisait ce bruit bizarre, grêle et prodigieusement présent, ponctuant les refrains d’une ténacité jubilatoire...à noter l’espace stéréophonique pleinement occupé, les répartitions d’instruments soigneusement équilibrées et vous avez un hit puissant, haché funky et subtilement habillé d’une réverb posé au fond d’un piano roulant la note jusqu’aux reprises enrobées de légères phrases écholaliques... « Crosstown Traffiiic !Crosstown Traffiiic ! »... du pur génie de l’enthousiasme urbain, le gimmick était né...« ...Tu sautes devant ma voiture quand tu sais,poupée/que je roule tout le temps à 130 à l’heure/tu me dis que ça va/tu te moques de souffrir un peu/tu voudrais juste que je te ballade un peu/... » et de faire le blasé, le lyrique, tout le génie du cool américain : « ...Tu es juste comme les embouteillages à travers la ville/tellement difficile à traverser... » et de revenir sur le travail de parolier ou Jimi Hendrix, comparé à ses pairs, se trouvait particulièrement faible, comme pour la guitare ou il se jugeait également « médiocre » parce qu’il « avait du mal à explorer toutes les musiques que lui commandait sa tête », et le plus dingue dans tout cela, c’est que je suis certain qu’il le croyait !...En tous les cas, la maison de disque Capitol, pour présenter la promo du double album,  crut bon de sortir Crosstown Traffic en 45Tours avec Gypsie Eyes sur la face B ce qui, convenons-en, n’était pas la pire des trahisons en matière artistique, mais fit quand même enragé Hendrix dans sa chambre d’hôtel d’ou sortaient toutes ses missives comme la Room Full Of Mirror... « tu te fais braire à sortir un double album et eux essayent de vendre des 45 Tours !» , il s’inquiétait du coût faramineux que l’album avait représenté pour ses co-producteurs, rien que 36.000 dollars pour la valeur d’un titre inachevé sans la certitude qu’il figure sur l’album !... Chas Chandler était sur les dents, il payait la foire permanente autour d’« Electric Ladyland », l’histoire ne nous dit pas qu’elles étaient les masses d’argent dont disposait Hendrix et qu’elle a été réellement le rapport exact dans les partages sur les bénéfices qu’avaient rapportée les précédentes tournées, plus de 500 au total...malgré cela, tout le monde menait grand train, Chas Chandler, le vieux routier du show-biz ayant managé les Animals pendant un temps. Cependant,il décidera de se séparer de Jimi Hendrix début 69 en mettant un terme à une belle amitié, une complicité et quelques délires partagés ensemble et pas que...Chas était un tuteur physique pour Jimi qui avait tendance à partir en vrilles, parce que sollicité et continuellement parasité, défoncé par toute une flopée de pseudo-artistes qui tournait classiquement autour de son argent, profitant de l’aura de mégastar du rock et de ses passe-droits auprès du showbiz.9a946a34a5991c022475b348fea7663f.999x1000x1.jpg Jimi Hendrix, un vrai gentil, ancien dur-à-cuire, horodateur de célébrités avant de devenir célébrité à son tour, il n’avait pas un caractère à se promouvoir dans l’exclusivité du trio, ou de la mode en vogue, il était bien trop occupé à approfondir son art musical, son habileté sur un manche de guitare, se maintenir au top, croiser le fer avec les plus grands, ce qu’il fit d’une fulgurance exemplaire avec une naïveté emprunte de débrouillardise évolutive à forces d’observations et d’« expériences », ce qui tombait particulièrement bien avec le titre clôturant la première face d’Electric Ladyland ou chacun s’applique à trouver là, de l’exceptionnel dans la rareté...

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 4 – Voodoo Chile

Où nous avons vu que le double album fut long à démarrer...pratiquement il était peu courant, pour des modes restrictifs, que l’on développe ce genre de marathon musical qui rebutait moins les amateurs que les producteurs empêtrées dans les exigences, mais ô combien nécessaires des créateurs de musiques vivantes. Ce qui nous amène nécessairement au « blues » qui fit son entrée par la porte de Denver avec son marché aux importations de galettes sacrées, la plupart des musiciens d’Albion en étaient timbrés, on peut le comprendre...Sous le feu croisé de deux paradoxes, l’improvisation et la gravure, Jimmy Page, Jeff Beck, Eric Clapton ( petite exception pour Ritchie Blackmore et Keith Richards, déjà rodés uniquement dans la prestation scénique...) s’appliquaient doctement en studio, car tel était leur « métier » en l’état avant de franchir les barrières de la célébrité. Avec tout le savoir-faire et le perfectionnisme qu’on leur connait, ils commettaient des sessions inoubliables et tout ce que savaient pondre ces blancs-becs de techniciens, de l’autre côté de la glace: « ...mouais,pas mal...On la refait ?... ». Dix, onze fois et même plus sans tenir compte du facteur humain. Qu’avaient donc ces crétins en tête pour user de la sorte les musiciens, qui la plupart du temps, étaient au top dés la première prise ? C'était comme de refaire le concert plusieurs fois de suite...Imaginons un instant la tonne de documents « effacée » par des binoclards issus de la Harvard Institute of Musicologie qui pouvaient déblatérer des heures sur le menuet, ou sur une calebasse pourrie trouvé dans un chiotte africain, et vous allez comprendre pourquoi « Voodoo Child », Jimi Hendrix ne le retint qu’au bout de deux prises seulement. Comme il fallait un homme de confiance à la console, c’est Eddie Kramer qui s’y tint naturellement, et pour la première fois, les premières conceptions de home-studios tenus par les groupes se firent rudement sentir... Pour l’ambiance particulière de l'enregistrement, Noel Redding se rappelle: " Je suis venu au studio, et il y avait une trentaine de personnes dans la pièce alors qu'on essayait de bosser. J'ai dit "Je peux m'asseoir ? je suis seulement le bassiste ! "... On ne pouvait plus bouger ! J'ai été voir Jimi pour lui dire de foutre tout le monde dehors. Il m'a juste répondu « Relax man »... Je me suis cassé de là et je suis allé avec des potes dans une autre pièce..."...La soupe du trio de brit-pop bien élevé commençait à battre de l'aile. Hendrix invitait des tas de session-men qu’il rencontrait dans les clubs ou sinon ils s’invitaient d’eux-mêmes, le bordel était intense, il fallait en tirer quelques choses. On imagine comment Noël Redding dut en souffrir, et à ce sujet, on dit que tout le long de l’enregistrement d’Electric Ladyland, Redding passait son temps à picoler des bières au pub d’en face...Bref, je reprends des éléments glanés sur le site officiel du JHE qui me semblent intéressants : "...il y'avait un paquet de musiciens qui traînaient dans le studio, et comme ça n'allait pas fort entre Jimi et Noel,vous voyez le genre... Il y'avait un orgue Hammond B3 quelque part, et un type avait sa basse Guild Starfire. Jimi leur suggère de faire un blues. Et c'est comme ça que Steve Winwood (orgue) et Jack Casady (basse de l'Airplane) se retrouve sur l'album !!.... Il n'y a aucun jeu de corde de rechange, aucun schéma défini, c'est juste une prise unique. Et c'est ce "boeuf" (qui se termine à 8 heures du mat') qui donne naissance à "Voodoo Chile". Larry Coryell, qui a assisté à la jam aurait bien voulu jouer, mais Jimi a dit qu'une seule guitare suffisait...La seconde version aurait été sur l'album si Jimi n'avait pas cassé une corde, car le final était vraiment incroyable. Le fond sonore de bruit de foule a été rajouté plus tard, c'était pas possible de tout enregistrer à la fois..."ladyland5.jpg 

Pfouh,la zone !...mais à mon avis, son grand mérite et intérêt notoire fut de sonner comme tous ces Village-Vanguard, Impulse, Blue Label ou s’époumonaient les géants du jazz, les ténors de l’impro et le peu d’attention intellectuelle qui gravitait aux sorties de deux guerres mondiales; l’extension du jazz comme musique majeure et fondatrice du Nouveau Monde : les Etats Unis d’Amérique. La « vieille Europe » en prit pour son grade, elle pataugeait dans le folkore ou musack, mélange de nostalgie twist-à-l’italienne ou prise-de-tête façon rive-gauche...la grande révolution du Rock’n’Roll se déroulait outre-Atlantique, et jamais l’Europe ne rattrapera son retard en matières d’innovations, à part quelques petits cons prétentieux tapant sur des fûts de bières en ayant piqué des fringues à leur grand-mère...Quoi qu’il en soit, quand on ouvre « Voodoo Chile », on est stupéfait par son ambiance club-urbain. Et quoi de plus naturel après la déferlante « Crosstown Traffic »?...on pousse la porte, on s’installe à une table, et le band joue « live » devant vous. Et c’est là le Grand Miracle...Puis, question-texte : Jimi Hendrix serait-il perché sur les « gris-gris » ? Non...Il nous en informe, mais à un niveau où je situe la différence entre la fin du XXème siècle et le début du XXIème propulsé à toutes berzingues dans l’inconnu : "Dans le sud des USA, j'ai vu des orchestres vraiment bizarres... ils faisaient vraiment pleins de trucs étranges... ils étaient capables de mettre quelque chose dans ta bouffe ou une mèche de cheveux dans ta chaussure, des trucs Vaudous dans ce style. Je l'ai vu! Si ça arrive, j'y crois, mais pas forcément si j'en entends parler. Tu crois que c'est des conneries jusqu'à ce que ça t'arrives à toi, ensuite, tu te demandes... Toutes les histoires de sorcières que l'on fait passer pour le diable, c'est parce-que les gens sont effrayés de la puissance que peut avoir notre esprit.". 

Et voilà comment se termine une première face dans l’excitation la plus totale et les promesses doublées, nous sommes à bord d’un vaisseau vraiment innovant...

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Face B : 5 - Little Miss Strange

...et bien voilà, après la bonne claque de roots-blues de 15 minutes d'extase ( pour ne pas évoquer LA leçon MAGISTRALE...),de toutes ces années évolutives depuis les « champs-de-coton »,on ne peut pas dire que les Anglais n’ont pas eu ce qu’ils cherchaient : un hyper-phénomène balançant dans les cordes tout prétendant au Titre, et on tourne la galette avec le final triomphant encore en tête, à l’écossaise, Stevie Winwood et Mitch Mitchell déchaînés comme jamais, en se demandant si les plans de l’highlander Hendrix, le Prophète inquisiteur en sa demeure, ne les a pas complètement rendus marteau, ou tout-du-moins fans à jamais... C’est d’une avidité curieuse que l’on se surprend à descendre la pointe-diamant sur l’ouverture du second set en se demandant ce qu’ils vont bien pouvoir maquiller à nouveau...On a senti la poudre, le feulement de l’éclair, la foudre des oracles. La surprise est de taille, Noël Redding, le pestiféré des sessions, le cloîtré des pubs-à-bières, il revient en force avec une bluette rock-pop « Little Miss Strange », (..."/la petite nana qui tourne dans ma tête/elle me regarde avec ses yeux de gypsie/lala-la.../la petite fille étrange/etc."...)...et puis Jimi n’est pas au studio, trop borderline après 66 concerts en 60 jours,on ne sait pas où il est... Entre-temps, Noël en profite pour tout écrire : basse, batterie, guitare, chant de « Miss Strange ». Après quelques jours de flottement, le trio se constitue à nouveau au Record Plant. Jimi est OK pour le projet, il aime bien cette chanson, donne son approbation, le Jimi Hendrix Expérience redevient ce trio de brit-pop  précieux à l’intérieur duquel officie un guitariste prodigieux: "Noel a écrit une chanson, typique rock anglais, une bonne chanson. Lui et Mitch sont dessus." ,et tant que le feu est encore contenu, Redding de renchérir : "Tout le monde trouvait que ma chanson était sympa, et qu'elle plaisait à plein de monde. Donc, on l'a mis sur l'album."...

backstage02.jpgAprès quelques secondes d’écoute, on a l’impression qu’il s’agit d’un autre groupe, les Lovin Spoonfull ou un machin comme ça. Noël Redding CHANTE ( !!!) et les chœurs font presque « wouap-doo-whap ». Et s’il n’y avait pas les re-recording et la « patte » d’Hendrix, le titre n’en serait que des plus banal, mais la bon-Dieu de guitare tricote, triture et tourne autour du thème jusqu’en extraire le jus avec la virtuosité que l’on sait. La « wah-wah » conclue en ciselant un final aussi élégant qu’impromptu bourré de changements de tempos et de son, l’essai est transformé...ouf ! on s’est pris un vieux coup d’chaleur... d’ailleurs, ça tombe bien, le titre suivant est...

 

6- « Long Hot Summer Night »

... les longues nuits chaudes de l’été, littéralement.... Et c’est reparti dans la même veine, intro élastique, riff swinguant-à-mort et chœurs éthérés jalonnent le titre, et ceci évidemment, sous la houlette d'Hendrix et ce diable de Kramer qui lui obéit au doigt et à l’œil....Chez Rock'n'Folk,(la Bible des seventies) ,il y eut beaucoup d'extensions dithyrambiques sur ces deux titres, chacun a martelé son avis comme s'il agissait d'importance capitale, sentencieuse et définitive de descendre l'album en y trouvant LA "faille", mais rien de bien sérieux... Quand on pense qu'Hendrix était le Dieu de la guitare-à-six-coups de l'époque, que beaucoup de jeunes musicos étaient suspendus à ses cordes, Electric Ladyland est sorti presque discrètement dans le dos de l'époque, alors qu'il aurait du rameuter tous les pingouins de la terre, c'est fou ... Les critiques. Deux d'entre elles étaient franchement comiques, dont une à côté de la plaque :  "Little Miss Strange" était le maillon faible de l'album parce que composée par Redding, un critère qui revient souvent, et "Long Hot Summer N.", un plaidoyer pour la cause black américaine, et blah-blah-blah,vas-y que j'te cause à travers tout et n'importe quoi...Seigneur! bon d'accord, si vous le dites!...mais bon sang ne saurait mentir, je ne peux être objectif, excusez du peu...Après ma venue au monde, c’est LE premier 45Tours que j’ai acheté.long hot summer night.jpg Et ce fut comme une autre naissance ; il y avait donc une vie avant la mort ? ...Déjà qu’en face A , le « Watchtower » m’avait dévissé le ciboulot, alors l’idolâtrie fut à son comble, j’en appris pas cœur tout le morceau de carton, sa couleur, l’image et la Face B comme les Objets Sacrés du Culte...Même le « Barclay » me paraissait quelqu’un d’important, c’est vous dire la folie qui tapait l'incruste. Je crus même qu’Eddie jouait sur le disque !... je le passais et repassais jusqu'à ce qu'il soit complètement usé, craquelé avec des bruits dominant de biscottes piétinées...la crêpe de vinyle paraissait ostentatoirement morte, passée à la chaux-vive en surface, décolorée par l'eau des piscines. Unique en son genre, elle dut participer à beaucoup de changements de direction dans la vie de jeunes gens modernes... Jimi Hendrix, maître de cérémonie, penché sur sa Flying-V-Gibson et nous-autres, de l'autre côté du monde, a intercepté le message, ce n'était pas réel...Techniquement deus-es-machina, toujours d'après le JHE-Club, un écho radar du woueb nous signale ceci:

"...cette chanson aurait été écrite durant l'été 1966 à New-York où on atteignit des records de chaleurs, mais où ça n'allait pas fort du tout pour Jimi côté cœur, car sa petite amie enceinte (Diana Carpenter) avait disparue et il l'a croyait morte...Peu avant, la deuxième tournée américaine de Jimi s'est achevée seulement 2 jours après la mort de Martin Luther King. Le 7 avril, Jimi joue dans un club de NY(The Génération Club) pour lui rendre hommage. Dans un interview pour Life le 17 avril 1969 : "Les Noirs parlent de nous comme des chiens, jusqu'à ce qu'on se mette à jouer. Mais avant ça, dans la rue, ils me disent « hey !j'ai vu qu’il a deux blancs avec toi! »...J'essaie de leur expliquer ce qu'on fait, je leur joue des morceaux, mais malgré ça, il y'en a toujours qui me prennent pour un fou."... Al Kooper, un pote à Jimi avec qui il a beaucoup jammé au Generation Club à l'époque ou Jimi s'appelait Jimmy James, participe à l'enregistrement et joue du piano. Le lendemain il reçoit chez lui une strato noire à Jimi sur laquelle il a joué et que Jimi voulait lui donner mais il l'avait refusé à ce moment-là. La veille de la fin des mix, le 26 juillet, Jimi voulait aller saluer Jerry Lee Lewis à l'aéroport, mais ce dernier a refusé de serrer une main non-blanche.", hum ... malgré quelques fausses notes, le Monde des Blacks n'était pas si idyllique que cela, ni meilleur pour autant, sauf pour les amourachés de thèses encore fumantes des cendres de 68. On dénote également que dans la proto-histoire, Jimi Hendrix se faisait virer des orchestres noirs parce qu'"il en faisait un peu trop". En pleine guerre des égos, Ike Turner disait qu'au beau milieu d'un accompagnement, il partait dans des "solos étranges", Little Richard voulait qu'il joue à plusieurs mètres derrière lui, il lui "piquait" la vedette, etc... Avec déjà cette façon particulière de prendre la lumière, Jimi Hendrix rentrait dans la légende retentissante du rock'n'roll.

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Saluons l'époque de l'Aquarius qui permit au talent de Jimi Hendrix d'exploser, les attitudes de changer..."Long Hot Summer Night" raconte un peu tout cela, le positionnement, les histoires de groupies (...gentes-dames "électriques & prostituées"), le gonflement des égos, les substances illicites (/where are you in the long hot cold summer?/where are you in the old long hot summer?/ God,god,got-it!/Rescue Love/rescue ME!/rescue You!rescue yeah/RESCUE HEY!...)...sauvetage, amour, téléphone, gonzesses chiantes, il fait chaud dehors, la Cité crame ...également caliente en coulisses, le conflit avec Redding augmente : "Je crois que cette chanson fait partie de celles où Jimi a rejoué mes parties basses. Il fait probablement ça les fois où je vais faire un tour dehors !" (Noel Redding). Incroyable mais vrai,Redding et Mitchell n'ont jamais signé de contrats les liants à l’Expérience. It's Rock'n'roll man...Et d'après vous, pour qui sonne le glas?

8 – Come On (Lets The Good Times Roll)

Histoire de défourailler en pleine face de celui qui en douterait encore, Hendrix est un rocker installé sur la plus haute marche du temple, et il balance la purée de ce standard du rock avec une maestria et un enthousiasme sans bornes...La déferlante de notes arrivent groupées dans le cœur de cible. Dans la forme, ça reste du « hendrix » avec toute la possibilité de grimpés et descentes du manche, d’aller chercher toutes les petites notes du bas, la « wah » ouverte en seconde partie et vas-y que j’te pousse le volume à fond... « Come On », de Earl King (de son vrai nom : Solomon Johnson), est une reprise qu’Hendrix jouait à ses débuts à Seattle, sa ville natale (ainsi que celle du crucifié Kurt Cobain...). J’y vois une espèce de nostalgie breakée sur la face B, juste avant d’attaquer les hostilités des deux titres suivants, qui eux ne seront rien avant ce qui va suivre et clôturer l’album, le second disque. Sans fioritures ni bidouillages électroniques, posé comme un cheveux sur la soupe, « Come On » a le culot et la signature brute de ceux qui impriment leur marque décomplexée de fabrique.Jimi_Hendrix_1967_uncropped.jpg En face, depuis longtemps, l'ennemi s'est rendu, il n'a plus d'objections valables; il faut seulement déguster Jimi Hendrix sur les brûlots du rock, comme à Berkeley, l'année suivante, en 1969, avec sa version stratosphérique de "Johnny Be Good" pour comprendre que l'incendie bluesie hendrixien s'étend à peu près partout, que les dégâts sont considérables, que nous ne sommes pas dans Oyé Como Va, ni chez Mungo Jerry, mais que le Roi de la Pop, c'était bien lui et non le gratte-couillesque "Bambie"l'usurpateur qui s'installera après sa disparition ..."Come On" file comme une Lamborghini sans frein. Enregistré toute la journée du 27 Août 1968, il fallut pas moins mouliner une dizaine de prises "live", avec l’ineffable râleur de Noël Redding qui s’y colle : "...11 prises! Quand on est professionnel, si on répète avant d'aller en studio, tu l'as dès la deuxième ou la troisième prise. Quand Jimi rentre dans ses combines, je sors du studio, car enregistrer, ça devient vraiment chiant...". Finalement, l’Expérience trébuche dix fois, il se relève et la 11e sera la bonne... La veille, Chas Chandler fait de la taule pour avoir demander à un propriétaire de stade de baisser les lumières sur un show du JHE,la Convention Démocrate explose à Bridgetown sous 4 jours d'émeutes,la France s'ennuie,les chars russes rentrent dans Prague,offensive du Tait et Richard Nixon reprend la main....routine en ce bas-monde...Come on baby,let the good times rôhôôôll!  

8 – Gypsy Eyes

jimi374.jpg...tchak-poum!tcha!...tchak-poum!tcha!...on étouffe sous un marteau-pilon détraqué et son gigantesque tic-tac passé sous haute compression d'une lande orageuse parsemée de staccato secs de guitares multi-enregistrés (56 fois!...). Une des plus belles réussites de l'album découpée au potentiomètre linéaire, taillée dans le gras de la stéréo. Dans la perfection technique, à la limite de la claustrophobie pour accentuer l'extravagance du propos, la ligne droite du vaudou explorée plus tôt dans le V-chile. Comme métaphysique de rocker bousculée en rase-campagne, jamais musique ne fut plus près de son modèle expressionniste sur fond de flammèches oxhydriques découpées au chalumeau. Métallique inframonde d'apnées mémorielles, on franchit les frontières de souvenirs douloureux ... A sub-noter l'osmose parfaite entre la guitare d'Hendrix et la batterie de Mitchell, les deux éléments amplifient la ritournelle "Cherokee" en gestes secs, à huit-clos, dans la plus pure tradition du rockabilly (eh oui, Apache...)...question rhétorique, on glane du temps ainsi que des éléments quelques peu bousculés par un psychotrope puissant, acide lysergique, belladone... univers de Poë télescopant celui de Lovecraft... un héros attaché sous le couperet d'un pendule...fin-fond d'un manoir gothique... Ctuhulhu, Hyperion, les anneaux de Saturne, Jimi était un grand fan accro de SF comme tous les vrais héritiers du fameux "rêve américain". En pionnier, il se fringuait à la mode de Haight Ashbury, traînait avec les hippies, prêchait la non-violence, mais un vent mauvais et quelques phrases altérées soufflaient de biens étranges sortilèges sur les braises futures... regard mi-clos et féminin en diable, il a croisé celui de la Gitane, elle lui a jeté un sort ou il se sent bien, mais avant cela, une route interminable, initiatique,longue de mille miles (sic) pour la retrouver... (...je réalise que j'ai été hypnotisé/Je t'aime, yeux de gitane.../ Je t'aime, yeux de gitane/Montant dans mon arbre, /par mon feu,je m’assois.../Me demandant ou peux-tu être dans ce monde?/sachant que tu erres toujours dans la campagne/Penses-tu toujours à moi? /(Oh, my Gypsy)/...Gitane !/etc...).

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"Gypsy Eyes" est le fruit d'une mutation épileptique entre la sauvagerie d'Are You Expérienced et la sophistication d'Axis-B, Jimi s'est impliqué pour fabriquer un missile sonore encore plus parfait, comme une démo dédiée à l'usage de l'enregistrement du futur... Le titre aurait débuté à Londres sur un 4 pistes, puis remixées en 16, et enfin rapatriée au Record Plant de New-York, le 22 avril 1968. Il bosse dessus à de nombreuses reprises, pendant plus d'un mois, ce qui inquiète et énerve Chandler. Jimi Hendrix passe beaucoup de temps à tester pleins d'innovations techniques et de nouveaux effets. Chas et Noël ont de plus en plus de mal à supporter ça. Jimi retravaille encore dessus le 27 août. C'est la dernière chanson à être mise en boîte pour l'album, car elle a été l'une des plus longues à réaliser. D'ailleurs, s'agit-il d'une "chanson"?...Eddie Kramer explique que chaque piste a du être utilisée une bonne vingtaine de fois à la limite de la démagnétisation de la bande. Ce serait sans doute en partie à cause de cette chanson que Chas se serait désengagé du JHE, de l'exaspération et des interminables attentes.Jimi Hendrix, d'une période d'intense créativité, il devenait complètement out-of-control...

Noël Redding : " J'ai dit à Jimi qu'il était fou de vouloir tout être à la fois: producteur, compositeur, arrangeur, chanteur, guitariste ! mais il s'en foutait."

Et encore une fois, Noël au balcon!...c'est Jimi qui joue la basse.

Au-delà du succès commercial, (Purple Haze,Gypsy Eyes) est avant tout une réussite artistique majeure : Hendrix n'est pas seulement le meilleur instrumentiste de la musique rock, il est aussi un compositeur original dont les conceptions sont révolutionnaires. Hendrix n'a pourtant ni l'inventivité mélodique des Beatles, ni la maîtrise harmonique de John Coltrane, mais dès son deuxième single Purple Haze ), il créait un univers musical dépassant ses influences, univers dont la singularité est renforcée par sa maîtrise du studio et des effets. Purple Haze,Gypsy Eyes,ne ressemblent à rien de ce qui a été fait auparavant... et ce qui va suivre ne détonne toujours pas de l'atmosphère typique à l'Electric Ladyland.

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9 – Burning of the Midnight Lamp

(.../The morning is dead and the day is too/...There's nothing left here to greet me, but the velvet moon./All my loneliness I have felt today.../It's a little more than enough to make a man throw himself away,/And I continue to burn the Midnight Lamp, alone...)

...« le matin est mort, le jour est trop »... c’est moche la vie, je sais...mais il faut continuer de « cramer la chandelle par les deux bouts » pour comprendre quelques choses, et le pire, c’est qu’on se retrouve seul au quotidien pour amener cette belle parole au pinacle...Crépusculaire, c’est du grand flip hendrixien avec une marche triomphale sous chorégie d’anges et « wah » appliquée doublant un clavecin posé à l’entrée du paraclet. Encore une fois, la voix est bouffie de la résonance des vivants ayant échouée au pays des morts ...« le chemin des excès mène au Palais de la sagesse », axiome taoïste ou encore mieux si on retrouve des traces chez William Blake, très en vogue dans ces années-là : Le Mariage du Ciel et de l'Enfer...style lapidaire, proverbial (ou aphorismes) de l'Enfer qu'il contient...on pense également à Byron, au dandysme, à l’élégance de la chute. D’ailleurs, sur scène, en pleine euphorie romantique, Hendrix porte une veste de hussard donnée par Eric Clapton telle une prise de guerre à l’ennemi mortel de tous les adolescents : l’ennui ...excentricité, psychédélisme, drogues, science-fiction, amplis à fond, il faut que ça bouge !...Blake n'avait-il pas écrit ce  Proverbe de l'Enfer : « C'est avec les pierres de la Loi qu'on a bâti les prisons et avec les briques de la religion, les bordels. » ?...et vous savez quoi ?...dans notre bon vieux pays issu de l'antique Europe: la Vronze rachetée de Yalta en catimini par le Général (qui n'aimait pas trop le "whouôcq'n'wôlh"...), Johnny Hallyday sort le mémorable « Voyage au Pays des Vivants » en 1969, Hallyday-Johnny-Que-Je-T-aime-Voyage-Au-Pays-Des-Vivants-Je-Suis-Ne-Dans-La-Rue-Viens-45-Tours-285870815_ML.jpgentièrement écrit par Long Chris et juste après avoir rencontré Jimi Hendrix qui dormait chez notre rocker national quand celui-ci était en tournée en France, faisant même ses premières parties...avouez que ça vous change un homme !PELISSE.jpg

Jimi Hendrix, à propos de la Midnight Lamp (sic) : "Certains disent que c'est le pire enregistrement qu'on a fait. Moi, je trouve que c'est le meilleur.. même si la technique n'est pas extraordinaire, même si le son est un peu brumeux et même si on entend pas très bien les paroles, ça reste une chanson qu'on écoute et sur laquelle on revient souvent." "C'est vraiment un titre dont je suis fier. La chanson m’est venue comme ça, pendant l’enregistrement du précédent album. Je ne joue ni piano ni clavecin, mais j’étais arrivé à aligner ces différentes petites notes. Et tout est parti de là..."

...Depuis un moment, Jimi était intrigué par un harpsichord qui trainait dans un coin du grand studio A de l'Olympic de Londres. Finalement, début mai, il s'assoit derrière et joue quelques notes. Le son lui plait beaucoup, il vient de trouver la nouvelle sonorité qu'il cherchait pour son prochain titre. Les paroles ont été écrites alors que Jimi Hendrix rentre aux States sur un trajet Los Angeles-New York... Les Chœurs Célestes qui enrobent le spleen ne sont, ni-plus ni-moins, que ceux d'Aretha Franklin qui amènent tous les soirs, la vraie diva de la soul, au bord de l'extase vocale... on pense les textes inspirés de Michaël Moorcock (ami d'Hendrix et auteur de SF qui écrira pour le Blue Öyster Cult ainsi que King Crimson...), des textes qui reflètent un peu son état d'esprit du moment : une chandelle qui brûle par les deux bouts, tenir une lampe dans la nuit, porter le message seul à bout-de-bras. Retour de manche du psychédélisme, on ne peut croire à autant d'enchantements et de déconvenues simultanément ... et c'est ainsi que se termine la première galette.

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Disque 2 -

10 - Rainy Day, Dream Away...

...pas facile de concilier les séances d'enregistrements avec la tournée américaine hautement inflammable ainsi que les desiderata des co-producteurs qui veulent des chansons "commerciales", courtes, calibrées pour la radio et l'amusement, l’Entertainment... Les Beatles, véritables empereurs sur le marché de la pop, se permettent le "double album" deux mois après - et on oublie de le préciser - ,l'excellentissime "Blonde on Blonde" de Bob Dylan (1966)...2271336.jpgle double album des Beatles sort en 1968 (Novembre) sous le nom de "double blanc" tout simplement, il regorge de beaucoup de titres accrocheurs qui vous restent en tête et programmables en radio, le succès des Beatles n'est même plus discutable, ils ont « tué le match », leur seul nom fait vendre des millions de disques avant même toute critique pondérable...Les Beatles, Hendrix, Bob Dylan sont de redoutables artisans. L’intellect, le labo, la cohésion, ils représentent la triangulation parfaite de l’industrie moderne du disque. Les personnages sont attachants, sensibles et extrêmement populaires. Le double album est donc un défit à l’excellence et à la popularité ; l’Ummaguma des Pink Floyd (1969), l’immense et talentueux double album des Pink finira 10è dans les ventes françaises, comme quoi l’affaire semble être prise TRÈS au sérieux...bien plus tard, le cultissime « 666 » des Aphrodite’s Child (1971) se proposera de relire les tortures mentales de l’Apocalypse selon St-Jean, ainsi que les Génésis, Who, Yes avec de nombreux albums, simples ou multiples revisitent d’autres thèmes classiques ou-non  (... dans le kitsch, j'ai une préférence vers les "VI femmes d'Henri VIII", de Rick Wakeman, mélange de perruques et de synthés faisant "pouin-pouin"...), la tubulure du tremplin pop-psyché semble définitivement ancrée à la fin des sixties dans des compétitions de plus en plus redoutables au mépris du monde, qui lui, ne change pas et qui fera dire à un hâbleur publicitaire, ancien vendeur de yaourts reconverti dans la refourgue de « présidents » adaptables : « ils voulaient changer le monde, mais c’est le monde qui les a changés... »

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Bien, point-barre, ne changeons rien et revenons aux fondations de notre Dame Electrique. Sans nous prendre les doigts dans la prise, on peut dire que l’intro repose sur un cool redoutable et une formation nouvelle en vue (et l’Expérience alors ?!)...Notes : « Rainy Day,Dream Away », chanson écrite à Miami au cours des tournées mondiales harassantes  entrecoupant l’enregistrement, et alors qu'il pleuvait à torrent et que le groupe était dans le bus qui partait du Gulf Stream Park, Jimi prend quelques notes de la journée cloîtrée à l’hôtel...télés, interviews-presses, concerts, détour par l’Italie ( !)  et enfin ils retournent à New-York le 7 juin. La nuit suivante, Jimi rencontre un de ses potes: Buddy Miles. Le lundi 10 juin, Jimi invite Buddy pour une session. Quelque part, dans le studio Record Plant, le groupe de R&B The Serfs avec Larry Faucette et Freddie Smith enregistre un album. Jimi les invite aussi, et ils commencent à jammer, le magnéto tourne, la seule instruction donnée: "On joue un truc en D (ré), très cool". Ils ont jammé une heure... la troisième prise est celle gardée pour l'album. Buddy est à la batterie, Freddie Smith au saxophone et Larry Faucette aux congas et Mike Finnigan à l'orgue. Pour les amateurs, Jimi joue sur un simple ampli Fender de 30W avec une chouette de réverb!...(Suite & Fin: Jimi hendrix,partie II)

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