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17 avril 2015

Comment j’ai sauvé la France le 20 Septembre 1970 à l’Olympia…

concert-discotheque-il-faut-baisser-le-volume.jpg« …il pleut sur Paris, il pleut sur la Boisserie. Il pleut sur l’Arc de triomphe, il pleut sur Notre Dame, il pleut sur le minuscule cimetière de Colombey-les-deux-Eglises. Il pleut sur le char qui porte le cercueil ceint d’un drapeau tricolore. Il pleut sur les grands de ce monde ainsi que les petits anonymes qui se pressent. Il pleut sur les capelines des flics ruisselant au milieu des automobiles embouteillées. Il pleut sur les jeunes qui s’agrippent aux branches des lampadaires. Il pleut sur les Légions d’Honneur, sur les héros de la Résistance. Il pleut, il pleut. C’était le 11 Novembre 1970, on enterrait le Général De Gaulle… »

Wouaoh!…qui a dit qu’Eric Zemmour n’avait pas la fibre littéraire, l’épanchement de texte et le bon angle d’attaques ?... et comment qu’il l’enlève, le morceau, circonspect, coriace, concis. Le Zem en a marre, en mode de combat, capable de réagir...que ça me retourne la tripe dans tous les sens, la vache! On l’avait sous les yeux, dans le temps, et on ne le savait pas, oubliée comme jamais, la grande France est de retour : FRANCE IS BACK!...l’ode au général De Gaulle, trier le bon Général de l’ivraie. Du Général à la générale, c’est du grand Eric Zemmour... On le voulait criblé de balles pour la postérité, mais il balance grave dans « Le Suicide Français » à la page 19 de son méga-livre. On le reniflait comme un garde-barrières d'une civilisation à peu près disparue, et il se fout à l'écrire! ...tant mieux, il faut laisser les sacs se vider, le fiel se répandre, annoncer la fin, ne pas en perdre une miette, laisser les moralistes vider la baignoire... Zemmour le calligraphe, on dirait Chateaubriand, Grand Meaulnes, Maurice Genevoix sur fond d'étangs, Proust à l’heure du thé, Bernanos à Majorque et le quidam qui croit encore naïvement aux coutures sur les pantalons de suivre... Foutraque que ce merdier, l'égout de la télévision et son suivisme, là ou les étrons communient dans le même collecteur comme l'aube, en forme de fer-à-cheval... Tout un tombereau de questions vient à l’esprit, même que je me suis dit, et toi modestement : « …kess tu foutais le 11 Novembre 1970 ?... »…naan…souviens pas…ou plutôt SI... j’étais cloué sur une machine grasse et arachnide, elle-même rivée au sol.Dix heures par jour à tourner des pièces de métal, en faisant gaffe qu’elle ne me bouffe un bras, ou une main… Et si ça avait été le cas, on m'aurait collé des prothèses de fer avant de passer à autres choses. La folie sociale est un suivi complet ou chaque "incident" de parcours est scrupuleusement annoté d'une épingle de couleur par membre déchiré, de la perte d'un organe, sur une grande carte sensée représenter la babouinerie qui vous emploie... De s'y laisser prendre était grossier,mais on avait fini par dompter ce qui restait en moi de vivant, d'unique et d'obscène socialement.Coller au troupeau humain,des milliards d'esclaves en méditaient le sens à 20.000 lieux sous la terre, entre quatre planches bon-marchés, voyages merveilleux. On a beau danser sur le bord de l'assiette, on se fait avoir. On se fait tous avoir. Dans le trompe-couillons, on ne peut pas toujours gagner,ils sont trop nombreux et arrivent de tous-côtés à la fois. Notre faiblesse sont les aspérités que leur monde a fini par graver sur nos rêves comme pollutions notoires, et par tranches de 90 minutes en sommeil paradoxal...Paradoxales tranches de fou !... on ne croit pas si bien dire...perché, vous l'êtes. Rangé,ils veulent...mais je me rappelle ce 20 Septembre 1970, ah çà oui !des vilains Brits étaient venus à l’Olympia nous asséner un méchant coup de goumiers derrière les oreilles. Ou plutôt DANS les oreilles…Ses Majestés de l’Empire du Mal, The Black Sabbath en personne daignait de leur visite nous affranchir d’une missive importante : le Diablôte est dans nos murs,merde alors!… Black Sabbath, quatre lascars dans le vent mauvais, des anti-Beatles, une confrérie de vampires précédant la chute d’Albion du suçon monarchique, le sinistre thatchérisme à venir. On pouvait ne pas aimer les britons, mais pas à ce point...Ils ont dérouillé nos bons Brits avec la "dame de fer"... ils ont "pris chers"...Paix à leurs âmes!... Si Lacan était encore de ce monde,il aurait qualifié la dondon d’outre-Manche  de "tâte-cher". Mais "Là-quand", n'était-il pas toujours "là",de ce monde, "quand" dans l'interstice de l'humour par des résonances particulières, filiales, du peu de crédit que l'on prête au hasard?...spéculations sur l'imaginaire, le chien a pété sa laisse, il gambade comme un cinglé dans la campagne atomique. La mère "tas-de-chairs",personnage avarié,substrat & composite de l’effarement d'une monarchie en décomposition préférant sacrifier les mineurs du Nord de l'Angleterre,le sujet avait été lourdement banalisé comme on détourne la tête devant un accident de la route. Depuis toujours,au pied de l'industrie,de la science,de l'urbanisme, sous le masque de Dickens-Kipling and other, la littérature des grands bretons montre des relents insupportables de tyrans domestiques, de pedo-sadiques publics, mais personne ne vous le dira clairement, comme de nier que les océans parcourent les deux-tiers du globe, le monde grand breton domine les deux-tiers de la race humaine. Celui-là n'aura jamais honte de la "colonisation", il n'est pas logé à la même enseigne qu'une pauvre bille encartée au Parti Socialiste fondant des twingos pour exiger des monuments de repentir à l'"esclavage"...entre autres.  

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Bref, revenons à nos moutons de travioles... je me suis pointé à l’Olympia à 21 heures tapantes. La salle était déjà remplie de bipèdes en tout genres, employés de bureaux, situationnistes, Krishnas, maos, spontex, anars, ainsi qu’aficionados de blues, jazz, et les éternels prolos du rock (dont je tenais la chandelle...) et de filles mystérieuses dans le noir, glissantes comme des limousines rousses. Patchouli et odeurs de foins cramés, l’ambiance habituelle. Comme à leur habitude, les gauchos-situ avaient déjà foutus pas mal de concerts en l’air: Led Zeppelin à l’Essec, Deep Purple à Normale Sup ; le summum fut le concert de Franck Zappa à Montpellier à (l’ancien) Palais des Sports, Août 70 : toute l’entrée de verre ainsi que les guichets furent dévastés par une pluie de galets puisée à même l'entrée par cette gente différentiable dont on ne comprenait les raisons d’une telle fureur, sinon que les concerts de rocks devaient être « gratuits », sa messe se devait "libre", ses curés muets et obligatoires, sa majesté les thésards d'abord ... Vous voyez,on était gâté, les génies du blues fuyaient la France comme la peste, ils allaient porter leurs pénates électriques ailleurs, nous le devons à nos propres forces "progressistes"...Montpellier se marqua du sceau de l'infamie. La France était une maladie rare, curative de sa violence politique. En fait, après 68, j'ai rarement vu un pays aussi malade de lui-même!... La cité languedocienne s'est muée en une nouvelle RDA ayant pieds dans la méditerranée, au grand dam de la musique qui elle fut interdite « live » pendant pas mal d’années. Mais les mini-soviets ont toujours un train de retard, du retard à l’allumage, et de l'allumage dans le plafonnier. Insupportables petits flicards idéologiques, les concerts et la jeunesse étaient leur terrain de prédilection. Un pandémonium d'acariâtres bévues, ils s’y donnaient rencards. La société les rejetait ? Non,pas tant que çà... et avant elle, la Nation. Cette Nation, orfèvre de leur désarroi, les considérait comme un chapelet d’hémorroïdes qu’il fallait « tolérer » en attendant la pommade, la solution " H". La grande ère de la Société de Tolérance était ouverte, comme feu-les bordels de Marthe Richard... Et quand les succubes électriques, mal arrimés dans le concept de « Messe Noire » - faire rendre gorge au Diable -, ont avoiné la salle avec un « Paranoïd » survitaminé, il y eut un instant de stupeur, quelques hurluberlus reculèrent vers le fond de la salle. Hé! Hé ! ...et c'était la première fois que j'entendais un son de cloche aussi PUISSANT,Dracula sortait du domaine public,il venait d'être privatisé...à l’époque épique de détente et d’ouverture (Nixon en Chine), la façade ravalée, un quelconque dictateur bolcho de l’Est crut bon d'ironiser sur l'identification du "socialisme", la même que celle de Lénine. Aux émissaires envoyés par delà le Mur (et notre défaite à Stalingrad sur les troupes mongoles...) et du "Non à la guerre au Vietnam" n'en crurent leurs oreilles ; «Le socialisme, c’était les soviets plus l’électricité !». L’électricité, peuchère!...En l’occurrence, sous la perspective d'un Olympia moderniste, le communisme, c’étaient plutôt les chevelus de la Nouvelle Deutsch Gramophone!... Mais pour l’instant, les monolithes Marshall grillaient plein-pot l’air opaque de la Taverne de ce foutu Mont d'Olympe. La caverne où on donnait cette musique de "manège désenchanté", d’abord rejetée, puis assimilée, fut exploitée comme autrefois les mines de sel par les intellectuels de l'Est. Elle fut servie en plat de résistance à la fête de l’Huma. Au PCF, malgré sa descente vertigineuse aux Enfers électoraux, on attrapait pas les mouches avec du vinaigre. D'ailleurs,c'est à force de reculer devant les grands maux de notre société que nous nous "adaptons" à une certaine incohérence civile, et que dans le chaos, toutes les "idées" se valent. Par la force de sa multitude, il ne finit plus par y en avoir une seule de valable.

1502446479_2.jpgMais alors, QUI étaient ces fameux "réactionnaires" ?...

J'en avais entendu parler abondamment,la littérature de gauche en était truffés...Ce soir-là, j'avais beau écarquillé les mirettes, cherché les "forces de la réaction" qui entravaient la marche du progrès, de l'Art, du genrumain, toussa. Et de toutes ces putains de jérémiades, je ne voyais rien d'autres que ceux qui écrivaient les mêmes craques ; ils étaient prêts à foutre le bordel, empêcher le Sabbath de jouer,alors que personne ne les connaissait en dehors de la galette de vinyle intitulé sobrement "Black Sabbath"...le LP, côté face, plutôt victorien et "bella lugosi"... quand une jeune rouquine en capeline noire pose devant un manoir sur fond fushia perdu dans les branchages automnaux...sacrée galette pour train-fantôme et nostalgiques!...côté verso, on découvrait 4 portraits serrés de pithécanthropes velus et tassés au carré, puis la Croix jetée dans un coin ; un négligé de la famille Adams de ce que l'on a appelé pudiquement le "Hard rock"....l'époque était terrible de genres, elle en pondait un toutes les semaines ; il fallait donc suivre le train à cadences infernales. En l’occurrence, ce soir-là, à l'Olympia, rien de tout ceci, mais plutôt une lumière crue sur la scène enveloppant une musique brutale donnée sans ménagement. Ça sentait le souffre in vivo et les hippies présents n’avaient pas prévu l’coup. Personnellement, ni rien ni personne ne pouvait être aussi terrible que la bécane qui pouvait me bouffer un bras ou la main à n'importe quelle heure du jour. Donc, impatience formulée, j’attendais de voir la suite. Ce ne fut pas dégueu du tout, Satan tenait une forme splendide ; trois loubards sur quatre semblaient y croire et les Ho-Chi-Min, à peine une dizaine entassée au fond de la salle... et quand ils virent que le plafond ne leur était pas tombé sur le  coin du col Mao, ils revinrent à l’aise, à s’enhardir même des trompettes fêlées de cette Jézhébel psychédélique. Ils louchaient vers la scène et les travées, des travées vers la scène. Ils mijotaient un je-ne-sais quel coup fourré, un happening surprise, une « prise de parole », un de ces trucs tordus qu'ils assénaient au spectacle vivant, certain que la Science ne pouvait réapparaître que tronquée sans leur indispensable présence. Les situs n’étaient pas loin, les « mao-spontex » à portée de main...à ce sujet, bien plus tard, à l'aube millénariste, alors que je traînais avec Nono, un mécano qui perchait du côté de Magalas, et que notre principale activité était d’accommoder des bécanes monstrueuses,des rebus nippons bricolés à la hâte,puis de les chevaucher tout en avalant moultes pilules,bières et chips,bien entendu,nous fûmes arrêtés à une station services par la énième fuite d'huile de mon gros cube venant du cache-culbuteurs. Et comme nous ne faisions pas les choses à moitié, nous étions aussi en pleine montée de trip, des Monstres Verts achetés sans grand espoir thérapeutique à deux putes hollandaises qui tapinaient du côté de la gare de Béziers...mais là,oh la vache!...la vue se troublait et les chaleurs montaient au sommet du crâne avec des picotements dans les veines : le certificat que ce n'était pas de la daube, ni de l'aspirine...je crus voir un de ces trous-du-cul présents à l'Olympia ce soir du 20 Septembre 1970...puis deux, puis trois, puis QUATRE!...l'acide fusait direct au cerveau en feu, j'en fis part à Nono qui regardait fixement un extincteur écarlate collée à la pompe. Nono se balançait bizarrement d'avant en arrières...Les yeux plissés, en indien maboule, il m'a juste dit : "il faut les tuer...tous...jusqu'au dernier". Sa voix était drôlement étirée, fluette, passée à l'hélium, comme celle de Donald Duck. Et comme de mon côté, il en arrivait de partout et qu'ils disparaissaient sur la nationale à bord de leurs petites voitures, leurs gosses nous faisant des signes à l'arrière, nous fîmes le plein des bécanes pour partir à la chasse des "Olympiens bolchos du 20 Septembre"... je ne sais même plus comment nous avons pu payer l'essence, mais nous étions à bord de monstres pétaradant des Étincelles Célestes à la poursuite de sales cons qui en voulaient à Black Sabbath...la bécane de Nono, derrière moi, faisait une fumée violette tel le Char de Wotan s'abattant sur les trolls de la Shwartzbalden. Lui à gauche, moi à droite, nous rattrapions les petites voitures comme des jouets de bacs-à-sable...Nous en regardions intensivement l’intérieur...Et non, ce n'était pas eux, ils avaient du s'échapper par un trou dans la terre que nous avions du doubler sans nous en apercevoir...Nous fîmes tellement d'incessants demi-tours que nous avions perdu complètement le sens de l'orientation de la nationale...La langue et le gosier en feu nous sommaient de distinguer une gargote pour étancher de bières l'incendie présent, ma fois, fort agréable. Et c'est là que le miracle des défoncés intervint pour en poser une à l'entrée d'une forêt touffue, comme dans le début de "Shining"...Nous y posâmes les bêtes de fer en épis-de-blé, prêtes à bondir, et occupèrent une petite table en rondins, bien décidés à faire un plan de poursuites aux emmerdeurs du concert de Black Sabbath...dans ma botte droite, j'avais toujours une baïonnette allemande longue de 35 cm, en acier chromé et manche de bakélite noire tressée, une merveille de la Wermacht que mon grand père m'avait offert de son passage par la Grande Guerre. C'était la chose dont j'étais le plus fier au monde... Assis sur le dossier des sièges de bois cimentés,je gravais des plans implacables de copeaux frisés,comme je l'avais vu faire John Wayne (dans le rôle du général Mac Arthur). Tout en tailladant les plateaux de la grossière table de jardin, je parlais tout seul, croyant Nono à mes côtés..."Tu vois, on est là...eux sont partis par là...il faut qu'on leur coupe la route ICI!...et...", mais lui était parti chercher une gigantesque carafe et un sac de canettes de bières avec des glaçons au fond d'un seau incolore...un truc insensé...et je me demande, encore aujourd'hui, COMMENT il avait pu obtenir cet attirail de dingues, il devait y avoir un Dieu pour les défoncés...puis la bière descendue nous fit changer de fixettes,d'obsession,sur un flipper "Indiana Jones" que l'on devinait à l'entrée du bar,derrière la porte. Ses sens en communication avec les nôtres, exacerbés, clignotaient et n'arrêtaient pas de nous appeler..."Venez!...Venez!..."...le patron du bar et quelques vieux clients présents nous payaient des bières,des bières et des bières. Cet après-midi là, il y avait quelques choses de magique, d'apaisé, d'inouï, parce que les patrons de bar, la profession, d'habitude ils ne pouvaient pas nous saquer, nous étions synonymes de bordels multiples,scandales,pugilats... l'acide était à sa vitesse de croisières, les terminaisons nerveuses tellement aiguisées que je faisais son affaire à l'Indiana Jones... aujourd'hui encore, je détiens le record d'un flip dans un endroit QUE JE N'AI JAMAIS pu retrouver!...Nous sommes repartis de l'estaminet champêtre sans payer,personne ne ne nous l'a demandé... peut-être à cause de la baïonnette ?... je suis même retourné chercher mes gants et boire une dernière bière,qui maintenant avait le goût du soleil d'or...Nous roulâmes tâchés de cambouis sans trop savoir où, si ce n'était que pour tuer les tueurs de la musique de Black Sabbath... ces gens étaient des malfaisants,ma bécane fuyait l'huile de plus en plus,il fallait revenir au Bistrot de la Forêt pour prendre un bidon du nectar épais...Nono s'était gouré de route ? Il avait disparu de mon rétro...non, il était là, à 30 centimètres au dessus de l'asphalte,flottant comme le Penseur de Rodin,version métal filant...Finalement, le périple s'arrêta devant un panneau marquant : "Fronterra,4kms", le bistrot avait aussi disparu avalé par une armée de pins Douglas au garde-à-vous... Il fallait se rendre à l'évidence, ceux qui n'aimaient pas Black Sabbath ne pouvaient pas être espagnols...j'en étais sur,ils nous avaient semé pendant l'épisode de l'Indiana Jones... Nous avions fait 250 kilomètres sous LSD total!...à Perpignan en une nuit, pour "redescendre", nous regardâmes le ballet des trains et des voyageurs dans la gare nimbés d'auréoles irisées...après,ce fut l'éther de la grotte de Nono,un garage étrangement peint en bleu électrique avec des bandes jaunes "pétards" où s'entassaient les voitures désossées de rares clients (et pour cause...). Au premier,nous nous abattîmes mort de fatigues sur les matelas de fortune posés à même le sol. Soixante-seize heures sans dormir, à piloter de l'acier enragé et boire la pisse-de-rats des bouibouis de la côte,le week-end avait été bon...aujourd'hui, ça parait encore trop invraisemblable - surtout le paquet de blé que j'avais en poche,bien plus qu'au départ...j'ai encore de la peine à me l'imaginer,le dieu Hell-Hess-Die nous avait guidé vers les mines du Roi Salomon ?...et si on me racontait une histoire pareille, hein...

Mais bon...revenons à ce foutu 20 Septembre parisien et la gueusaille du Mont de L'Olympe...Je les surveillais du coin de l’œil les iscariotes plébéiens. Ils gigotaient, impavides, pour qu’on les remarque. On les sentait chargés au cobalt. Vers la fin, au milieu de « War Pigs », il y en a un qui se jeta du fauteuil comme un malade vers la scène. Au passage, j'eus le réflexe de l’attraper par le colback de sa chemise indienne qui céda,le plaquant contre un fauteuil avant de lui murmurer à l’oreille:

- …hey mec! je veux ENTENDRE la suite.C'est bien CLAIR ?...

Puis, un mec derrière moi, une sorte de bûcheron costaud prit le relais, alors que j'en revenais toujours pas de ma propre audace... L'intervenant bienheureux venait de se trouver une nouvelle occupation, on sentait qu'il avait envie de zigouiller le beau-parleur des facs, sa chemise trouée à carreaux barrait la gorge du malheureux contre le pilier de l'allée centrale, il lui rajouta fielleusement dans le cou:

- ...si tu fais CA, je t’arrache la trompe et te la rentre SI profondément dans l’cul qu’il faudra TOUTE une escouade de spéléos avant de remettre la main d’ssus…OK ?

Le maigrelet ne broncha plus jusqu’à la fin du set sabbatique. Les neuf autres, éparses, furent piétinés par les derniers rangs mués par des sabres d'impatience, d'adrénaline et d'enthousiasme. Et des quatre hallebardiers présents sur scène, seul le chanteur bourru adressa un salut timoré avant de disparaître...Classe... La salle s’alluma. C’était fini.Bon Dieu,les oreilles sifflaient comme des stukas!...et kesski se serait passé si ces corniauds avaient foutu le concert en l'air? ...Encore une chiasse de plus à mettre sur le compte de la France? qu'il était impossible d'y jouer?..."Il pleut sur les grands de ce monde ainsi que les petits anonymes"...dans le décor, cette simple phrase résonne comme de l'écholalie cosmétique. Presque par devoir déontologique,il suffit d'y répondre.Et par respect pour l'écrivain Zemmour,nom d'un bric-à-brac et par tous les Saints Littéraires! j'étais descendu dans cette foutue France d'anonymes, ce puisard d'inconnus magnifiques.Sustentée entre les chemins de l'Est et de l'Ouest...La France.Nous l'avions regardée droit dans les yeux,en plein suicide, dans l'agonie et la générosité.Dans la folie aussi.Mais une chose est sûre...

Voilà comment je L’ai sauvée,ce soir du 20 Septembre 1970 !…1502446479_2.jpg

PS : …Deux mois après. Alors qu'assis devant mon congélateur, je me posais toutes sortes de questions métaphysiques sur la viande froide, j'imaginais les ondes pernicieuses de Black Sabbath contourner la ligne Maginot de la Boissière et sournoisement atteindre le macro-cortex du Général...Dieu seul le sait, en tout les cas,Il s'éteignit dans la nuit... Au loin,l'onde de choc perturba le rouge Kremlin,qui depuis toujours comme interlocuteur préférait le Général au PCF,il considérait De Gaulle comme un résistant et le PCF comme des lopes.. Georges Marchais réagissant immédiatement,s'adressant à sa femme : "Liliane,fais tes valises...". La France,les succubes de Black Sabbath lui avaient portée la première pierre...c'est dingue,non?

Michel REYES (illustration & écrits en Nouvambre de l'an 13, juste après l'attaque du WTC...)