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31 janvier 2014

Génésis : « beauté formelle... »


Wind & Wuthering.jpgPfouh!Comment qu’ça envoie du p'tit bois ! ...Dés l’intro - juste après la première vague d'assaut synthétique -, les médiums mordent le tympan, les basses ronflent, la batterie claque, TOUT devient plus limpide comme à travers une réverb géante et, et...

Est-ce bien le même album que j’ai écouté en 76 ?
Le deuxième volet du «Trick of the Tail», le voilà restitué à son écrin sonore, qui lui a cruellement fait défaut fin 76 – deux albums dans la même année d’une grosse qualité, c’est historique !...
La Genèse, amputée de Peter Gabriel, semble libérée de son propre poids et vole littéralement au dessus de la musique prog. très prisée du programme minceur de 1977: nous «vendre-du-punk» à tout prix, beuuh... et je vais tacher de rester poli. (...)


Donc la galette originale (de vinyle) ne restituait qu’un son plat, vaguement stéréophonique...Chapeau bas à la technique actuelle ...et à la énième écoute, j’ai comme une idée tordue qui me traverse le chou... hey mec, depuis QUAND on ne s’était pas attaqué à la Mythologie du Beau ?...la beauté et l’étrange...Depuis le big boss Beethoven, mec...la Pastorale, mec...le léger frémissement du milieu...4 minutes d'intensité éveillée, le retour à la Vie, l'Illumination...Rare...Rendre l’initiative au sentiment, le mettre en avant dans sa nudité d'écorché vif...le Romantisme, mec...A quand ça r’monte ? ...depuis la mort de Wagner, Vivaldi, rien, nada, berniques... Bizet, cloportes, Stravinsky, tintouin...Poulenc, bordélique...Fauré, encore plus bas...Ravel peut-être, qui sait...Berlioz, Gounod, juste quelques bourriques marchandes de plus, et en route vers le concassage définitif, la mise en bières, à la casse, au rebus...Schönberg, Satie, Boulez...les casse-couilles, les insistants, les lourdingues... Depuis quand ne fracasse-t’on plus la baguette sur la tronche du premier violon venu, à part le Von "Génius" Karajan ?...ca fait un bail, mec...A rebrousse-poil, il faut faire comme les saumons, jusqu’à Wolfgang et Ludwig pour y dénicher l’eau claire...farfouiller dans les Te-deum et les Missa, dénicher la Beauté, ou plutôt qu’Elle vous saute aux yeux...D’ailleurs, personne n’aurait l’impudence de pérorer: «Tiens, pas plus tard qu’hier, j’ai écouté une vieille symphonie de Brahms...»,ou «Oh!j’ai lu un vieux livre de Tolstoï ...». Au-delà du ridicule, du tragique, il y a des choses qui s’respectent, mec ...Tout ça pour claironner: «Oyé! Oyé! GENESIS est dans la place, au Panthéon des Classiques!...», et c’est tant mieux, mérité, gagné à la force du poignet, des tournées. Pour ce 8ème opus, la Genèse occupe une place de choix et non dévaluée de vrais pros de la musique pop. Sur LA question épineuse du concept de Beauté et d’œuvre intégrale, abandonnée vers la fin du XIXème faute de combattants; Baudelaire le dernier satellite-titane géostationnaire sur le XIXème, l’œil laser en surveillance constante de la tinette terrestre vient de se décharger de sa pile atomique, il ne reste plus que quelques épileptiques en train de brailler qu’Elle (la Beauté) sera « convulsive » ou ne sera pas. En guise d’arguments (quand on connaît la suite) pour les "bons mots", il n’y aura que Breton pour convulser de la sorte,Artaud-le-momo, lui se contentera d'un poing dressé vers le Ciel... et puis, on se souvient d'un autre aveu d’impuissance, de la débandade d'Arthur, jeune et fringant, puis trafiquant d’armes: «...un soir, j'ai assis la Beauté sur mes genoux. Et je l'ai trouvée amère. Et je l'ai injuriée ...».
Lamentable désert imbibé. Seul en hauteur, Verlaine semble tirer cuillères et profits de ces nouveaux jeux d’absinthe...[...]... Il faudra attendre le lumineux décryptage de Philippe SOLLERS pour nous éclairer sur cette autre épopée, ses révélateurs, sa conception du Beau, et puis aussi ses truqueurs, ses bateleurs-brailleurs comme il le dit si bien sur l'Art et leurs tonitruantes répercussions sur le XXème siècle: "...comme artiste,PERSONNE n'est attendu...".(sic)
Comme mille-feuilles,cette lecture ne peut se sompléter d'un autre aigle perspicace,l’ascétique Philippe Murray et son "19ème siècle à travers les âges" tranchant,une sommité en la matière.Mais fermons la parenthèse rhétorique,laissons parler les watts...

Banks, Collins, Hackett et Rutherford...Avant eux, depuis un siècle d’orbites saturnales, d’irréelles pluies de météorites, de lointaines ceintures d’astéroïdes, d’aurores boréales solaires...du fond et de la forme - à part Roland Barthes et Lacan, qui s'en souciait? -,personne ne s’était réattelé et soulevé la question de l’esthétique, du Beau, avec un sens inné aussi aigu de l’étrange, du parfait et du délicat, on le devine dans le moindre bit gravé du «Wind & Wuthering», le moindre centimètre carré de pochette aussi...oui, Beauté formelle, catégorique...Retour au formel et long professionnalisme en disent plus long qu'esbroufes et la biffe des Malcom Mc-Laren/Westwood réunis; c'est aussi sous l'union-jack que le Abbey Road des BEATLES a vu le jour (ces Brits,c'est quand même kekchose!...).Des échos stimulator en parsèment le "Wind & Wurthering" jusqu'à un "Afterglow" impérial, spectral de glaciation vocale sous le Saint-Mellotron, juste avant qu'on ne coupe le jus... Nous sommes projetés au delà du système solaire, sous la divine chorale, la sonde Voyager continue bravement sa route...une aquarelle d’automne, un arbre esseulé, le tout dans les tons de gris rehaussé d’un tatouage de lettres et de feuilles roussies fuyants latéralement sous les premières rafales...et dans l’dos, presque la même chose avec un envol d’oiseaux-feuilles, on pense à Maupassant, à des nouvelles feulant la bise qui pourraient se traduire par «Vent & Hurlevent», cliché historique à un classique de la littérature XIXème, monstre du cinéma... le vent dans les hauteurs du romantisme c'est "Blood On The Rooftops", un exercice de style très Randy Newman, du sang sur les terrasses, une météo contrariée...De l’âme, de la nostalgie, des lieux et surtout de l'amertume fringuée comme un Lord. Ce «Bloodie Rooftop», c’est trivialement le haut du panier ; une intro andalouse à tomber raide-mort. Et devant ce Steve Hackett-Aranjuez, on ne pourra que s'incliner brièvement, le miracle ne se reproduira plus... Vent & Hurlevent. Point & contrepoint. Fugue & contrefugue. La pochette est un cliché furtif autant qu’une bonne nouvelle également, juste des «maux-passants»... juste une aquarelle, une impression, une réponse immédiate... l’aquarelle, c’est l’aristocratie de la Peinture, mec... la notion d’espace et de temps, de la douleur et de son tourisme habituel. Et puis l'étourdissant " Wot's Gorilla ? " de Banks, une pure pyrotechnie démentielle sous un Phil Collins déchaîné frappant sur les traces de Vander avec un écho-radar du Mysterious Traveller de Weather Report-1974.
Pour clôturer une première face comme de sacrés artisans soucieux du boulot-bien-fait, il faut remonter jusqu'à Fabergé pour trouver pareille conscience professionnelle!

Et puis, question lyrics, il y a les ennemis mortels de toujours (Yes, King Crimson, ELP), eux les studieux font appel à Pete Sinfield, William Blake, Reich, le talmud, la Starless And Bible Black, tout le frusquin ésotérique à la limite de l’indigestion. A contre-courrant, les Gégènes-boys continuent dans la veine de Lewis Caroll, Arthur C.Clark, Dickens et maintenant Emilie Brontë!...une sommité dans la ringardise...lol.
Et pendant ce temps, les fans en profitent pour activer la Guerre des Steve (Howe contre Hackett),ce qui n’arrange pas vraiment la sortie du Wind & Wuthering.

Pour en être débarrassé question "habillage"(du W&W),le studio Hipgnosis répond de l’entêtement au collage massif de l’époque post-dada (Ian Dury,la Mano Negra, Prétenders,The Spécials,Madness,etc) en haussant les épaules...GENESIS, il leur aura fallu 8 albums ( je ne compte pas le «Live» ) pour être sauver de la nullité publicitaire du showbiz et de s’ouvrir des portes dans les Cieux, une rédemption inespérée depuis le départ de Gabriel, le catalyseur de toute cette affaire, on imagine aisément le poids et la pression sur les épaules – d’ailleurs, son hagiographie personnelle se limite à quelques clichés d’un homme qui va mal, changeant d’ère aux forceps ; photographié yeux mi-clos dans sa voiture, sous la pluie, lacérant la pochette de ses ongles, la moitié du visage fondue, etc, déjà loin du GENESIS farceur doué et rêveur prolixe, le défaitisme en partage, même la vioque Thatcher, en liquidant les mineurs du Nord de l’Angleterre, semble couiner avec le flamand rose: «...it’s just ANOTHER brick in the wall...».hin-hin-hin. De notre côté de la Manche, c’est pas mieux, on contemple "Giscard et l'Aviation Renifleuse",un garage-band hardcore tendance Devo...arf!

B.cover de Wind & Wuthering.jpg

Et puis GENESIS est devenu l’opposé, l’exacte contradiction...des rockers qui se réfèrent aux Hauts de Hurlevent, c’est plutôt déroutant, c’est plutôt étonnant!...mais mieux, ça démontre l’intelligence et l’éclectisme de cette musique en constante évolution. La flaque de vinyle du «Wind & Wuthering» de 76, avec sa musique aplatie, son mixage rabougri, ne révélait pas tous les trésors d’espérance et de patience que le rock symphonique avait mis de côté. Une veine qui coulera à flots dans «Duke’s End» (un final magister qui rendrait dingue n'importe quel compositeur-à-la-noix jusqu'à la fin de ses jours...), « Duchess », « Home by The Sea » pour aller distinctement vers le Mal et la violence de « Mama », « Just a Job to Do », « Man Of Our Times », « Abacab », puis de sombrer dans la dilution FM. Mais même dans la daube, GENESIS reste impeccable!...

Après avoir donner du sens et de l'harmonie dans la musique mondiale,de la cohésion,du travail,et de porter encore le concept du Beau et de l'étrange jusqu'à popularité que l'on connait, et bien un chapitre de la Genèse s'est refermé tel l'Apocalypse selon St-Jean, 8ème paraphe,une liturgie d'analogies parfaites pour leur 8ème album "Wind & Wuthering",que - j'espère que vous ne m'en voudrez pas... - j'adore citer exceptionnellement pour les choses du Sacré,le tissage de l'Infini...:


"Et quand il eut refermé le Septième sceau,dans le Ciel,il y eut un silence d'environ une demi-heure..."

Michel REYES, 26 Septembre 2013 (lien vers @mazon.fr)

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