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28 septembre 2012

Céline... : "...nos z'écrivains qu'êtes aux cieux!...restez-y!..."

Louis Ferdinand DESTOUCHE.jpg

...on vient de m’apprendre que nous sommes drôlement gâtés ces derniers temps...après le bannissement d’Artaud,Van GOGH,c’est le retour de celui de Céline...sauf que sur ce dernier,on ne tire plus à boulets rouges,comme « l’agité du bocal » l’eusse permis une fois nouvelle,mais en version du jour,en direct de la gare de Bobigny d’où les déportations d’hommes,femmes et enfants se sont perpétrés à une époque abjecte,et où on ne vendait pas encore les châteaux de la Loire aux Chinois,la métallurgie aux Indiens et l’agriculture à la Turquie. Continuez,remplissez les vides...Il n’y aura pas «d’année Céline» vu qu’IL – le parfait salaud,l’indigne,le non-vertueux,le non-aligné...,n’a pas fini complètement son tour de purgatoire.Les ondes néfastes de l’écrivain irradient encore le catafalque maudit.

Eux,la clique,la boue ?...Nan,une assistance éclairée qui susurre «douce France» en italien,langue merveilleuse,s’il en est...par la première dame de France!...Comprendo qui pourra.

Ronde infernale,jeteurs de sorts,hommes en noir – personne ne vous croira...Gangrènes polies,ciseaux salonards sous les ors polis de la République...

Météo politique: nous traversons quelques zones de turbulences,mais en fin de journée,un "retour à la conscience ensoleillée" est prévue,dirait georges BATAILLE.L'être,cela va de soi...

L’oblique de la caste,la diagonale avancée de ces fous, comme pour les crabes qui attendent la marée,c’était la censure ordinaire,le râteau. La griffe sur Baudelaire,le bûcher de Rimbaud,l'asile pour Artaud,et tout,et tout...mais avec le web,déferlement du verbe,les bassines débordent et ne suffisent plus à l’étanchéité du Bien. De ce monde impitoyable, on risquerait d’en dire du mal!...L’URSS made-in-France,il lui reste le concret,le solide: les commémos,la médaille et le su-sucre... Au nom du passé,de la résistance,des massacres mondiaux,bref,de la salubrité publique...Et si on tire encore sur une vieille ambulance tirée par des chevaux fourbus,que pouvons-nous de ce Temps qui passe si mal ?...

Ce en quoi l’homme Céline l’avait prédit. Il s’y était préparé longuement, que de sa dernière burne vidée,on en aurait pas fini avec les obsessionnels,les jaloux,les toqués,les paxés,les taxés...Pour rester dans l’épuration -  comme l’a fait remarquer un écrivain célèbre,exilé volontaire...,que pour achever une réputation,rien de tel que de multiples coups d’épingles dans la poupée Céline, tuant plus sûrement qu’un coup de masse...

Céline. On croyait l’affaire entendue,jugée,expurgée et définitivement sous terre, voire obsolète... Mais,non,en grattant, il y va de l’encyclique nécrologique...De l’excommunion palpable. Du culbuto bibliomane. Du totémique grotesque...Un rituel qui s’enlise dans le ridicule. Et je me joins aux protestations de l’amateur du genre «Céline»,pour qui jeter l’opprobre sur l’œuvre ne convaint pas vraiment.            .

D’où un tranquille mépris pour les millions qui l’ont lu le docteur Destouches, étudié de par le monde,réfléchi et adulé. Une paille...Et quand la société va mal,ce sont Les Lettres qui trinquent en premier. En cas de massacre,la Littérature est au premier rang.Et quand le bouzingue va de même jusqu’à aller très-très mal,les nécrophages aboient sous les fenêtres des mansardes de ceussent qui auraient encore l’incongruité de nous dire quelques choses d’intéressant.Des procès en sorcellerie sont en cours.

Pour approuver les groignes qui se repaissent de ces grossièretés,et avant d’aller déterrer quelques cadavres sous les vacillements de lune,il nous faudrait comprendre le fétichisme global et but de la manoeuvre.

On assassine les morts qui sont d’«excellents écrivains,mais de parfaits salauds»,selon la formule... – de l’excellence aux salauds!...mieux qu’une formule; un slogan à la Orwell («La guerre, c’est la paix, la liberté c’est l’esclavage, l’ignorance c’est la force.»...).

Une autre agitation: pourquoi s’inquiéter de la lecture, puis-ce que personne ne lit ?... 

Et le boulot d’écrivain ?...« paresseux,le milieu! » ,un des griefs perfides de notre Irrévérencieux...«Société de jouissance,tu penses !... Cocagne,les scélérats !...Et à perpètes,le jouir !» ,quelques parts dans l’œuvre,immense...

Et parce qu’il s’était foutu en tête de dévisser le couvercle de la boite de Pandore...rats,myriapodes,détritus.Comédie humaine,mais pas que..Aussi toute la magie noire,fumet,bagout...ô temps,suspends ton vol !...et humez-moi donc ce bouquet d’ordures qui montent,qui montent jusqu’au tarbouif du Gotha!... alors,forcément,« Nos zécrivains qu’êtes z’aux cieux !...Restez-y ! ».

D'un festival macabre,D'un cliquetis de squelettes,Qu’ils se lèvent de leurs tombes nos graphomanes célestes pour leur botter le derrière à nos chimpanzés!...

La nébuleuse,la galaxie...

Confondre et condamner les philosophes morts, faut être tordu et pas qu’un peu...C’est aussi raboter à sang les veines du passé...pfuit,un fantôme passe...par ici,la poussée. Par là,un gaz...Le spectacle de la désolation ne suffit plus.

Donc,que l’on se rassure,les fans de Céline ne sont pas spécialement férus de commémos,surtout quand elles tombent «d’en-haut» du pot-de-chambre,de la Culture-en-chef.

Mais Céline a eu le bon goût de mourir de sa mort morte,inopérante,inerte aux autres – de ceussent qui espéraient une énième pendaison,du poteau même - du Nuremberg...pas celles des collaborations de ventes de châteaux de l’estuaire,oh que non!...mais de l’autre,l'hystéro convulsive hydre mémorielle.

L’idée a du agripper l’esprit de mr le résistant,mr le ministre,mr le psychiatre,ne serais-ce que pour le changer de corps et d’avoir un goût plus neuf pour un esthétisme compréhensible,au-delà de ses portées de crachats...comme à des milliers d’autres «sales écrivains»,ils auraient été à même de l’attraper à la gorge et sentir le nœud de sang qui l’aurait fait taire définitivement – ah,s’ils avaient seulement les couilles,bien sur,de faire le sale boulot en personne... et ce n’est pas tout,il aurait fallu défoncer la porte aussi de milliers d’autres qui l’ont lu,distribuer les cachets,les ordonnances,les enlèvements,les électrochocs... et puis les fosses communes...Mais,de retourner à l’Histoire,c’est embêtant...Alors il vaut mieux visser sa casquette de docteur Gachet et battre la cambrousse d’une santé de fer,d’une santé sociale et d’y rétablir l’ordre littéraire.

Ceci étant, on ne va pas moisir sous les cendres,pas loisir de s’y étendre non plus - passons vite...je viens de lire «Nord»,je suis dans «Normance»,mais j’ai également lu le «Voyage...»,«Morts à crédit»,«Féeries»,«Guignol’s band»... et autres,mais tout ceci il y a fort longtemps...je les ai lu comme d’une vieille connaissance,les observations du docteur d’Asnières...Une visitation régulière.

Si Céline était un organe,il serait une gaine dénervée,et bien au-delà d’une perception naturaliste à la Zola, intouchable,le parement de ce dernier.Un saint en contreplaqué,un ikéa mental.. et cette gaine-céline crépiterait de torches dans la caverne abdominale,au royaume des ombres d’une paléontologie de la névrose.Dans le domaine du gros colon,l’envoûtement-pancréas,réceptacle du bon sang,celui qui ne saurait mentir,parait-il...poumons,foie,cœur: du jus de marmitons,danses d’incubes ...et on ne lui pardonnera jamais d’avoir déboulonner la face hideuse des idoles de carton qui le pompent ce sang vertigineux...Du rhésus "ô",les goules prospèrent.

Personnellement,je ne connais aucune représentation,photo,ou le docteur Destouches porte des lunettes,même pas noires comme celles des hures de cimetières. C’est étonnant,ce signe de clairvoyance aiguë. Etonnant...

Il porte en lui ce petit miracle que la connaissance de l’atome a réduite en bouillie. Un don d’ubiquité. De double-vue...De longue vue.

Tiens,pour une fois qu’un docteur s’avouait malade des autres...malade et curieux,puis finalement écoeuré... mais de nos jours,ne pas avouer son commerce,c’est d’un banal...

« Monet, ce n'est qu'un oeil, mais quel oeil ! », disait Cézanne. Pour le verbe de Céline,il en serait de même...et quel verbe!

Alors,dans cent ans,on parlera de Céline...

Et de ses détracteurs ?

Rien...ou si peu.

- illustration/texte : Michel REYES,du 20 au 28 février,1ère décade après Ground Zéro  -

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