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20 juillet 2011

TOXIC-LIFE... : "Dominique,Anne,Martine...et les autres"

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La scène principale:...nous sommes à l’intérieur d’un splendide loft de l’East Side (Manhattan) et le staff d’avocat impeccablement nippé vient de partir. Dominique et Anne peuvent souffler un peu. Dominique semble accablé :

- Depuis ma dernière éjaculation,j’ai pas vraiment le moral.»,dit-il à Anne

- Ne t’inquiètes pas,mon chéri.Tu sais bien que je t’aime.»

Anne se leva de son fauteuil nickelé et se dirigea vers le bar d’onyx fauve finement ciselé d’iridescentes opales.

- Je vais nous servir un verre.»,dit-elle de sa voix enjouée,celle-la même qu’elle se servait à la télévision pour annoncer les meurtres,les cataclysmes et les enlèvements.

Le crissement de ses bas de soie faisait perler le front de Dominique. En se baissant vers le bar,la jupe tweed Channel gris-beige était remontée très haut. Et en faisant tinter les glaçons,Anne tendit un verre de bourbon à Dominique.

- Oh,et puis j’ai une surprise pour toi!», ajouta-t’elle d’un sourire de plus en plus afuté. Ses bridges étaient impeccables,garantis sur factures.

Puis elle se dirigea vers le couloir de sa démarche empâtée pour avoir quitter son manteau de visons morts et cousus ainsi que ses talons aiguilles acérés. Elle se baissa à nouveau  vers un sac de papier-kraft et ramena le tout vers Dominique suant à grosses gouttes. Toujours la jupe remontée sur les fûts de soie sombre,elle sortit une petite cage carrée bordée d’un grillage fin qu’elle posa sur la table basse. Le tout était de dimension moyenne. Anne en sortit délicatement deux personnages d’une hauteur de 8 cm qu’elle regroupa au centre de la table de verre épais. Les figurines avaient l’air vivantes.

- Où as-tu trouvé cela ?»,demanda Dominique,visiblement troublé.

- Je les ai eu pour 1250 dollars au marché de Soho...Le marchand m’a dit qu’elles en valaient au moins le double.»,répondit Anne avec la même voix qui annonçait aussi les crimes parfaits et les détournements d’avions.

- C’est drôle,mais j’ai l’impression de les connaître»,bafouilla Dominique.

Une des petites figurines vivantes s’approcha de l’autre et lui asséna une gifle sonore qui fit re-tintée les glaçons.

- Manuel,je ne veux plus vivre avec toi. C’est avec Harlem que je veux vivre!»

- Mais Martine,tu m’avais dit que c’était fini entre vous!»,rétorqua la figurine violentée.

- C’est fini!C’est fini !...décidément,tu ne comprends rien.RIEN!»,aboya mini-Martine à mini-Manuel.Puis elle s’assit sur le cendrier,la tête dans les mains et les larmes coulaient à gros bouillons. L’air était saturé d’une électricité palpable.

Accablée, la figurine Manuel alluma une minuscule cigarette et rejeta la fumée par les naseaux,la tête en arrière.

- Je vous tuerais tous les deux.Et après,je me tuerais!» ,la voix de mini-Manuel tremblait légèrement. Et comme il se précipitait vers le cendrier,Anne attrapa les figurines au vol et les remirent dans la cage avec les autres figurines qui étaient pendues aux barreaux de fils minces. Les autres figurines ne voulaient pas en perdre une miette.

D’un geste preste,Anne recouvrit la cage de son papier kraft.

- Oh,tu aurais du les laisser un peu. Manuel allait salement la dérouiller! »,dit Dominique,le visage rouge et congestionné. Anne soupira d’aise.

- Nous avons tout notre temps,mon chéri.»

Maintenant les mains de Dominique farfouillaient dans le corsage d’Anne. Celle-ci ne disait pas non,et la salle de bains n’était pas loin.

- Est-ce que je pourrais venir dans tes cheveux ?» ,grogna Dominique sur les cuisses de soie grassement raffermies par le meilleur chirurgien esthétique de toute la Californie et De La Planète Réunie. Un léger filet de baves pointait aux commissures de ses lèvres qu’il happa prestement. Gluuurk!

- Tu sais bien que je t’aime.»,lui répondit la bouche charnue d’Anne remplit de bridges coûteux et blancs comme l’émail des toilettes. Cette bouche avait annoncé également les vieillards morts de la canicule et la petite fille engloutie par la boue.

- Ouvrons-nous au Monde,j’ai une terrible excitation QUI NE PEUT attendre.» ,Dominique malmena l’impavide Anne jusqu’à la salle de bain. Ce n’était pas pour lui déplaire.

Les bas de soie noire lacérés, elle revint la première autour de la cage à minces fils de fer maintenant recouverte de papier kraft. En allumant une cigarette mentholée,elle venait d’extraire trois lilliputiennes figurines nouvelles qu’elle posa sur la table basse signée majestueusement «Starck» en son centre. Un des macro-personnages s’adressa à l’autre sur un air badin,désinvolte.

- Frédo-mon-poulet,pourquoi tu ne viendrais pas à Djerba avec moi ?...J’y ai fait venir un arrivage exceptionnel de jeunes garçonnets rescapés du tremblement de terre.»

- Bertrand,c’est gentil de ta part. Mais depuis que la grande folle de l’Elysée est en place,tu sais ce que c’est...» ,répondit l’homuncule apostrophé,les mains callées au fond de toutes petites poches.

Le troisième mini personnage,manifestement de sexe féminin,tança vertement les deux autres d’une voix vive et colorée.

- Regardez-moi çà...Pour leur sale vice. Toujours à combiner. Combiner...».

- Oh,tu es TROP chouuux,Ségolène. Mais n’oublie pas le PACTE!»,Bertrand se fâchait un peu.

Entre temps,Dominique revenait bruyamment de la salle de bain et se séchait la figure d’une serviette longue comme un paquebot.

- Ils sont tordants,tu ne trouves pas ?...»

Il s’adressait à Anne qui venait de se resservir et boire plusieurs verres de bourbons sans glaces. Anne crispait ses bridges de la valeur d’un Seurat sur la cigarette mentholée déjà largement consumée.

- Je sais.»,dit-elle sobrement de sa voix la plus sèche, celle-la même qui annonçait la météo et les résultats du loto. Sa joue droite lui faisait tout de même un peu mal.

- J’aimerais tous vous tuer.»,lança la petite Ségolène à la cantonade. Puis elle partit d’un  grand rire chevalin. Bertrand n’eut pas le temps d’éviter l’énorme couteau que la poupée femelle venait de lui planter dans le ventre. Il s’écroula hébété pas loin du cendrier.

Dominique,n’y tenant plus,ramona sauvagement Anne qu’il maintenait la tête collée contre le sol marbreux à l’aide de son pied portant le bracelet électronique. Les petits hominidés de la cage n’en perdaient pas une broque. Bertrand se vidait de son sang.

- Je crois que j’ai mon compte »,lâcha-t’il en couinant sur la table basse onéreuse.

Le crâne perruqué d’Anne rebondit plusieurs fois sur le marbre quand le carillon de l’entrée tinta d’une valeur de trois limousines.

Anne se releva prestement et se précipita vers la porte. Ses bas de soie,ainsi que la jupe de tweed Channel, n’étaient plus que vagues souvenirs et désuétude. Des lambeaux zigzaguaient sur les chevilles couvertes de bleus.

Dans l’encadrement se trouvait la silhouette moyenne d’un avocat à mâchoire carrée qu’Anne reconnut comme faisant partie du staff qu’ils avaient engagé pour le prix de deux porte-avions nucléaires.

- Je ne vous dérange pas ?...C’est bête,j’ai oublié mon portable sur votre table basse.»,et il s’avança à l’intérieur du luxueux loft. Quand il aperçut les figurines et la cage aux minces fils de fer,il s’écria:

- Oh,qu’est-ce que c’est ? »

- Un cadeau de ma femme.»,répondit Dominique,le visage strié de veines violacées. Ceci étant,il attrapa le corps de Bertrand qui gémissait faiblement et l’enveloppa d’un déchet de soie noire qu’il présenta à l’homme de taille moyenne.

- En partant, est-ce que vous pourriez me jeter ceci dans une poubelle du quartier? » ,souffla Dominique en direction de la mâchoire trapue.

- mais BIEN SUR,DOMINIQUE! »,répondit l’avocat avant de se diriger vers la porte d’entrée volumineuse. Il tenait le paquet ensanglanté à bout de bras et disparut à l’extérieur de l’immeuble.

Dominique se tourna vers Anne recroquevillée sur le fauteuil nickelé,le regard vide vers la cage à nouveau recouverte.

- Depuis ma dernière éjaculation,j’ai pas vraiment le moral. »

- Ne t’inquiètes pas,mon chéri. Tu sais très bien que je t’aime.»,lui répondit Anne de sa voix qui annonçait aussi les accidents de la route et les morts par défenestration.

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(illust/texte:Michel REYES, "en l'an de grâce X après ground zéro")

 

Commentaires

Merci pour ce talent de roman noir que tu nous livres généreusement. J'espère qu'une revue publiera ce texte et surtout te l'achètera, même si ça ne se fait pas trop dans nos contrées de payer les auteurs non autorisés par Guy Gnôle et sa bande.

Écrit par : lionel | 22 juillet 2011

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