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23 décembre 2016

Vincent Van Gogh jusqu’à l’absolu...part.3 : "le corps défendant."

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(fig.1)

...Sur les deux parties antèrieures,nous avons vu les accommodations de sciences parallèles naissantes à l’Art,comme la parapsychologie (incantatoire), la géopolitique (territoires du sacré), comme d’une source «para physiologique» de cellules souche au XXème siècle naissant...

De l’effervescence du XIXème,qui du peintre VAN GOGH ait le mieux illustré le bouillonnement culturel de l’hagiographie artistique,l’étude comportementale et la croisée des chemins,des carrefours d’influences mondiaux,et tout ceci avec un aplomb de certitudes que démentent les célébrissimes anecdotes?...L’éclectisme...L’éclectisme absolu sans se tromper,étais-ce donc possible ?... c’est toute la science du génie de VAN-GOGH qu’il faut interroger pour que chaque solutions apparaissent devant les problèmes comme d’une évidente simplicité – oui,seuls quelques talents solitaires ont pu dégager ce coin de ciel assombri de la permanence des sots...J’ai relevé cette phrase sur le web (art gallery.com) : «Il y a dans la peinture quelque chose de plus qui ne s'explique pas»...De cette merveilleuse phrase pose l’assise enracinée de «l’église d’Auvers/S/Oise» (fig.1) (1890 – dim : 74X94,5cm- musée d’Orsay-Paris) jusqu’aux bombardements ioniques de «marguerite Gachet au piano» (fig.2) (1890 - dim : 50,5X100cm- kunstmuseum basel-Suisse) ,deux toiles faisant partie des 100 dernières peintes à la vitesse de l’éclair, sur 100 jours – comme ceux de Napoléon pour reconquérir le cœur des Français,l’axe de la révolution 89 ... et si j’ose l’anecdote comparative,c’est bien pour «la volonté de puissance» (projet de NIETZSCHE abandonné en 1888...) que deux destins hors pairs empilent de véritables tours de force,avancer,peindre,tenir...C’est bien ici-bas que des milliardièmes de particules retombent sur ce «commun» des mortels et non un nihilisme de post-modernisme qui n’exploite que les rebus de la société de consommations de 2011...Au bout de questionnements qu’engendrent sans fin les pamphlets et les polémistes (Jean CLAIR, « l’hiver de la culture »*),le néant séduit. Mais pour les créateurs, il reste inexplicable.

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 *«  ... Ennui sans fin de ces musées. Absurdité de ces tableaux alignés, par époques ou par lieux, les uns contre les autres, que personne à peu près ne sait plus lire, dont on ne sait pas pour la plupart déchiffrer le sens, moins encore trouver en eux une réponse à la souffrance et à la mort. Morosité des sculptures qui n'offrent plus, comme autrefois la statue d'un dieu ou d'un saint, la promesse d'une intercession. Dérision des formules et prétention des audaces esthétiques. Entrepôts des civilisations mortes. A quoi bon tant d'efforts, tant de science, tant d'ingéniosité pour les montrer? Et puis désormais, la question, obsédante : pour qui et pour quoi ?... »

 

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(fig.3)

 

Sur les deux toiles citées plus haut,l’enfoncement du japonisme s’est tellement accentué que le format de « Marguerite  Gachet» atteint la taille d’un double carré (100cmX50,5cm),paravent nippon - ce qui contredit ses détracteurs de l’argumentaire impasse artistique péremptoire... Il semblerait même que ces pans allongés,sous l’influence sociale et montante de Puvi-de-Chavannes, puissent servir de décos à de possibles paravents et autres mobiliers fixes...Vincent prêt à changer de fusil d’épaules.Vincent fabrique à tours de bras,comme un «moulins à peintures»(correspondance à Théo,dixit) jusque dans la mansarde étriquée d’Auvers. Le fumeux docteur Gachet, faute de le soigner,le lui conseille vivement...Ce dernier ne lui prescrira aucun traitement,ni médicaments,ce qui, pour tout médecin qui se respecte, peut paraître «douteux»...Le travail,le travail et le travail!...alors que le peintre,au bout d’un surmenage excessif pêchait par un repos bien mérité...Paradoxe des paradoxes,Gachet,artiste à ses heures,estampillé homéopathe,naturologue, venait d’inventer la charlatanerie moderne sous couvert de médecines douces. Sur le cas «van gogh»,et à plusieurs reprises,Antonin ARTAUD va remettre les pendules à l'heure en s’identifiant au personnage **...malgré celà,un classement psychiatrique comme prolongement à la critique : saturnisme du à la peinture au plomb,schizophrénie,troubles bipolaires,épilepsie du lobe temporal,intoxication à la térébenthine,tumeur cérébrale,etc,...De nos jours,l'obscénité demande aux experts supposés pas plus de rigueur qu'hier, plus de 30 psychiatres ont diagnostiqué des avis différents et pas moins de 60 carences - toutes mentales, virent le jour...et si le malheur en a enrichi quelques uns, aux apprentis aliénistes,le concours reste ouvert; ils leur restent Venise,Versailles,Florence à abattre et encore beaucoup de vrais artistes à cracher à la gueule. De Vinci,Rubens,Watteau,Fragonard,leur présences tiennent encore du miracle... Les torchons publics continuent d'annoncer les étrons de biénales d'art contemporain avec fierté. D'ailleurs,on y évacue la notion de "plaisir",cet ennemi ancien. Quand la transmission de l'Art est cassée,les monstres ressurgissent et posent leurs cacas nerveux sur les supports modernes,bien sur...Arte-la-téloche,nouvelle moraline oeucuménique "sans frontières". Berlusconi et F.Ribeiry,leurs relations avec des prostitués sont l'exemple de sévères mises en demeures,d'ex-communications de masse... D'un autre côté,Laure ADLER,célèbrissime prêtresse d'un "art-növö",encense un autiste qui recouvre des monuments célèbres de draps écrus - quand ce n'est pas une "mise en rayures" tonitruante...De la pudeur chez les  jean-foutres,du tapage,la société qui fait le spectacle n'est pas aussi innocente qu'elle le parait. 

** «suppôts et suppliciations», éd.GALLIMARD

 

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(fig.2)

Pourtant,à son corps défendant,quelques brindilles enflamment la tautologie complexe,littéraire,poétique de VVG ...« Je préfère m'absorber dans la nature que dans le calcul des prix.»*... D’une âme aussi entière,on en vient pas si facilement à bout. L’âtre de la connaissance y brille d’une flamme vive et intemporelle. Une épistographie donne du sens,ô combien intime des voix intérieures du peintre sur l’accordage à son temps,et de son rejet particulier à la chose nouvelle,qui par bien des points,ressemblent à nos œillères contemporaines...Parce que phare du modernisme naissant,les portes que Vincent abat les unes après les autres,la Peinture semble projetée au cryptage d’un conscient visuel,inique et clairvoyant. Toute une maçonnerie picturale suit  ces aventures au plus prés sans que quelques convenances puissent déranger le scanner hollandais sur sa conception philosophique de l’espèce.

Sur la partie carré de «mam’selle Gachet au piano» (fig.2) inférieure,le malaise s’installe sous les traits d’une langue de veau suspendu au croc vert d’un fond d’abattoir rougi de sang frais. Les plis de la robe ainsi que le plancher fuyant donne l’exact contrepoint de cette charmante scénette particulière,...rehaussée d’un port de tête gracile féminin cherchant quelques crispations névrotiques sur un autel de bois brut planté d’un bougeoir de cierge maigre éteint,quelques griffures martèlent l’engin de musique ...Le vert lugubre du fond printanier tranche avec le rouge sous les lois complémentaires de la couleur chères à  DELACROIX... Une plâtrée de petites mouches rosâtres rappelle d’autres lois,le cloisonnisme,le pointillisme. Mais sans la doctrine de base (Seurat,Signac) l’exercice général tombe à l’eau,restent les quelques éléments comiques d’une séance d’hypnose qui va mal tourner... Grâce à la correspondance,nous savons que Vincent «payait» les pseudos-soins du docteur Gachet en cédant des toiles,et pas des moindres ...A la disparition du peintre,et le corps encore chaud,le praticien «collectionneur»,les yeux trempés de larmes,emporta rapidement une vingtaine de toiles. Il les rangea auprès des Cézanne, Bougereau,Renoir, Pissarro, Caillebotte...un véritable petit trésor de guerre qui fit la fortune de ses descendants directs.

Nous voyons nettement que l’été 1890 fut bien loin des transes méditatives d’Arles 1889 où fut peint «les lilas»,mai 1889 (fig.3) sous un soleil de plomb,à la méridienne,dans la nonchalance du Midi ...72cmX93cm,les vraies toiles «carrées»,disait-il non sans une quelconque fierté... Auvert/S/Oise est encore loin,L’Art est cet «homme rajouté à la nature»*,Vincent signe encore ses oeuvres...L’identité lui est chevillée au corps;hôpital psychiatrique,enfermement,cloître,ascétisme,l’«anti-dandy» ne veut pas voir la maladie en face. Alors ce sont des peintures vigoureuses,minutieuses,qu’il stocke dans le vaisseau mystique,métaphysique de "la maison jaune",en prévision d’un phalanstère d’artistes «s’entraidant dans la panade»*; la correspondance fourmille d’utopies de ce genre et moins d’angoisses appropriées...Il y a un approvisionnement régulier de matériels venant de Paris,de son frère Théo,du soutien et du moral au beau fixe,de la «haute note jaune». Le jaune est cette calandre solaire qui gère la vie,un nerf optique suffisant permettant la mise en lumières,l’éclairage en peintures,le grouillement sous sa destinée...Même la famille VAN GOGH,engoncée dans le Nord,se surprend à aller bien !... «les enfants vont bien,ils font de la peinture...»,écrit la mère à sa fille,insouciante du drame ourdi et infantilisant le combat de l’ombre que mènent les deux frères,tour à tour alliers,puis ennemis,avant d’être alliers à nouveau ...Une folie qui fait de Vincent VAN GOGH un monstre le four grand ouvert ou disparaissent tubes,toiles,cadres,peintures,argent,titres en un gouffre financier exotique... Au bout de la chaîne démoniaque,mensongère,se soustrait une bien triste réalité: l‘appartement de Théo croule sous les envois massifs de dessins,tableaux et autres entoilages roulés que l’on cache dans les armoires,sous le lit,et que l’on montre «à la sauvette»,à la maison GOUPIL & GOUPIL,derrière une bâche comme de vulgaires pornographies,ou l'oeuvre d'un fou...La honte,la saleté,s’installe au cœur de l’Art sur les équations ignares propres à la demande,l’argent afflue dans les caisses en d’autres sens,classiques,pompeux,manichéens,virent le jour sous la plume de quelques toqués de l'époque: «la Peinture est cette grande affaire esthétique du XIXème siècle ! »,clame l’Aurore,quotidien populaire.On s'y rue,on s'y jette.A corps perdus...Mais dans quoi,exactement ?...

Loin de la fournaise des affaires,la machine arlésienne est lancée,rodée,à sa puissance maximume,loin des flashback nauséeux des derniers jours d’Auvers où l’inertie créatrice n’est pas encore tout à fait retombée...Eruptif d'escarbilles violacées,l’«Autoportrait sur fond de flammes bleues de l’Enfer» (fig.4) montre un homme au regard aigü,de glace,qui vous transperce devant toutes les épreuves qu’il a traversé et abattu,une après l’autre,les cloisons au grand Mystère et ses peintures en deviendront les portes,du profane au sacré... Un regard de vainqueur. Une peinture de triomphe. L’empreinte de l’Homme dominant la Nature et ses éléments. (...perso,je soupçonne cette fixité appartenir à l’époque ST-Rémy...)

«...sous la distorsion du réel,je suis encore là...

Derrière moi,tout peut bien convulsionner,je n’en ai pas fini avec vous...»

 

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(fig.4)

Les jours,les nuits,l’axe médian des lunes noires ou mauvaises,le livre devait se refermer...

Et maintenant,les actes. Ils furent aussi fluides qu’un sablier emportant les grains,un par un,vers l’obscurité... et on pourrait tergiverser à l’infini les capacités de VAN GOGH,de cette ultime langue de veau tirée aux Gachet,et bien Vincent VAN GOGH s’en échappa comme il avait vécu,dans le bruit et la fureur... Avec toute une famille de marchands d’arts,de négociants de tableaux,il fut même très étonnant qu’aucun n’ait pu l’aider... avec 2000 dessins,tableaux et lettres,ce digne héritier des grands génies du patrimoine humain (De Vinci,Rembrandt,Rubens...) buta essentiellement sur des problèmes énigmatiques de santé, d’incompréhensions sociales, comme si «voir loin ne signifiait pas voir juste»*... 

Cet après-midi du 24 juillet 1890, la colossale somme de travail engagée par un homme décédé seulement à l’âge de 38 ans semblait bien dérisoire. On retrouva juste ces quelques mots à l’intention de son frère : «mais que veux-tu...»,coincés dans les poches de sa blouse encore maculée de peintures.

Selon les rites bouddhistes auxquels il semblait attacher,et en parfait honnête homme,je suppose qu’en 49 jours l’âme de Vincent libérée des contingences matérielles atteignit enfin son Paradis.

(Michel REYES,1er avril,1ere décade après GROUND ZERO) 

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Commentaires

voila, j'habite pas loin de l'église d'auvers et je me rends souvent au cimetière ou est enterré Van gogh espérant (en vain) sur les lieux voler une parcelle de son génie.
une chose me travaille depuis des lustres.
l'église telle qu'on peut la voir aujourd'hui (sur la toile) n'était pas celle que vg a peinte, car l'artiste, pour aussi grand qu'il fut, était piètre chimiste. Entre autre, sur la toile telle qu'il l'a peinte, le ciel n'était pas bleu, pas plus que les vitraux. L'herbe n'était pas verte et le chemin n'était pas beige clair. Bref, le tableau ne ressemblait pas vraiment à celui qu'on adule. Ceci est du au fait que pour les rouges, vg utilisait une laque de géranium contenant de l'éosine. Cela a pour effet de rentre les rouges très lumineux, l'inconvénient étant que le rouge se dégrade à la lumière.
L'église d'auvers sur oise qui nous apparait aujourd'hui dans une angoissante luminosité était sans doute éclatante de lumière lorsque vg l'a peinte.
Cela pose pour moi une question majeure : qui est l'artiste : le peintre, le temps ou ceux qui le voient...
vaste sujet ... la seule chose qui est sure, c'est que ceux qui admirent vg a travers ce tableau se plantent puisque ce que l'on voit aujourd'hui n'est pas du tout ce qu'il a peint...
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...tout d'abord,je vous remercie de vous intéresser à ce blog...j'avais déjà entendu l'emploi de l'éosine du à une mauvaise fabrication au blanc de titane,vvg me semble hors de cause...et pour répondre à vos questionnements sur "ceux qui admirent vg a travers ce tableau se plantent puisque ce que l'on voit aujourd'hui n'est pas du tout ce qu'il a peint...",il me semble que la transposition du fameux "regard" reste le même.Ayant eu l'occasion d'admirer cette oeuvre dans les années 60,à l'Orangeraie,je peux vous assurer qu'elle n'avait rien perdue de sa transcendance originale!
...maintenant,le temps a peut-être commis son effet dévastateur,il n'en reste pas moins les éléments architecturaux "tordus" en une forme inique,que je trouve particulièrement éblouissante...en toute sincérité,c'est un des rares cas ou je me trouve heureux de me "planter" à la regarder encore et encore.
Congratulations chaleureuses et tous mes remerciements.
Michel REYES.

Écrit par : winter | 18 juin 2011

le tableau ne ressemblait pas vraiment à celui qu'on adule. Ceci est du au fait que pour les rouges, vg utilisait une laque de géranium contenant de l'éosine. Cela a pour effet de rentre les rouges très lumineux, l'inconvénient étant que le rouge se dégrade à la lumière.

Écrit par : casquette lacoste | 09 juillet 2011

Les commentaires sont fermés.