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28 octobre 2010

Jack KEROUAC... : « ...au bout du rouleau,il y avait la route... »

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...Quand le poète Allen GINSBERG rapporta que la gestation véritable d’«On the road» datait de 1948 jusqu’à l’année 51,on était loin de se douter que la version triturée offerte à la France dans les années 60 ne fut qu’un ersatz édulcoré d’un des textes les plus monstrueusement fondateurs de cette nouvelle forme de prose instinctive,poétique,syncopée et lyrique qui,pourtant,eut bien du mal à franchir les rotatives de la littérature mondiale...les dates courent,volent,folles et élastiques d’une précision soudaine,d’un recentrage de l’objet - pour ne pas dire un habillage propret au consumérisme convivial,qui en période de redressement bibliothécaire,atterrissent dans nos assiettes.En ces temps obscurs,seule la guerre froide a le droit de citer,puis quelques résultats de football,et l’ingénierie domestique... Depuis,les langues se délient,paradoxales,parce que les «acteurs de l’infernale sarabande ne seront plus...» - (A.GINSBERG),et que l’on risque moins la diffamation,l’outrage aux bonnes mœurs,le scandale,les dérapages,les procès,les excuses,le fric,la moralité publique,etc...Donc,fautes de combattants,le texte brut nous est livré sur les étals des bouchers post-modernes - un tant soit peu que les dérives antiques n’encaissent de coups bas aussi mortels que le dépeçage d’origine,l’objet du délit nous est remis en mains propres.Bien.Très bien.Miraculeux,même...

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Retour à 1951-1952,les légendes vont bon train; KEROUAC emménage dans un loft de l’East Side(Brooklyn) et il y découvre un rouleau-papier de téléscripteur abandonné par d’anciens locataires... C’est un «signe».Parce que dans la beat-génération,il fut question de signaux divins,d’annonciations mystiques,et ceci pour démarrer n’importe quel acte important de la vie,quant à son hasard objectif ou à sa mystérieuse destinée. Et là je m’étonne qu’aucun de nos caqueteurs mondains n’en soulignent la particularité... Alors,dans cet «ancien temps»,le présent étant interprété par des codes bien ajustés,que seule une note bien haute tenue à bout de bras par des saxophones nègres et des poètes dépenaillés savaient tenir aussi haut,«high»,et longtemps qu’il le fallait avant que la banalité n’en recouvre la tonitruance de sa grisaillerie quotidienne. De cette course folle contre la montre,de la culture de l’instant érigée en herses apoplectiques,et avant de tomber raide mort comme le coureur de Marathon,il valait mieux en décrypter les augures et autres saines traditions qui nous viennent d’encore plus «loin» que le loin parcouru à grands coups d’hyperboles d’une bringue infinie,ce chant de rage à la Liberté...D’aussi loin que véhiculent les mots au travers de grandes gueules,de perdants et autres «looser» que les banquiers nous désignent du coin de l’œil,comme autant de mouches sur un tas de fumiers;grecs,atlantes,cavernes,champs de batailles,usines,on a toujours pas signer d’armistice aux poètes...Une guerre d’autant plus étrange,que seuls les morts sont encore pointés du doigt.

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 De cette même année 51,entre le 2 et le 25 avril,jour pour jour,les T-shirt suspendus dans le loft comme des étendarts de la Victoire,Jack KEROUAC (né Jean Louis KEROUAC-1922 ...) taille comme un furieux les 40 mètre de délires linéaires de cette même veine euphorisante que fut «la route»... Ding Dong,ding dong...le chariot de l’underwood revient à toute berzingue et à toute heure de la journée telle une musique céleste,gongs glorieux,clochettes de la nuit américaine au triomphe modeste.Intemporels dans la passion,il y a des actes qui ne trompent pas. En 1957,après des années de battages maudits,le "Prince des Beatniks"(malgré lui...) ne s’avoue pas vaincu. Il a obtenu récemment un petit succès de librairie avec la parution de «The Town and the City»...Il rentre alors chez son éditeur(Viking) avec le tapuscrit sous le bras ; le foutu rouleau et ses 40 mètres de verbiages épars,sans paragraphes,un inédit de l’instant qu’il baptise illico «sur la route » en références de ses longs périples qui le reliait de New york à San Francisco,via le Mexique...la route avec Neal CASSADY,son cinglé de pote,les filles,l’alcool,l’herbe,les bagnoles,le bop,l’auto-stop des hipsters ,les beatniks et toute la sainte trinité...la parution complète attendra 6 ans encore chez ce même éditeur pour un acte final charcuté,saucissonné,et même augmenté de quelques pages par KEROUAC-himself ,pas rancunier pour deux ronds,déjà occupé à d’autres trips...Puis le rouleau de papier télex se dessécha dans un coin,au point que des chiens s’en disputèrent un bon demi-mètre...heu,pour la petite histoire et estimé perdu pendant des années,le cylindre a été retrouvé en 2001 lors d'une vente à New York (chez Christie's). L'enchère a été remportée par le propriétaire des Colts, l'équipe de football américain d'Indianapolis pour un montant de 2,5 millions de dollars. Depuis,restauré et bichonné sous verres,il y est exposé comme un vilain insecte... Où dans la ville ?...j’en sais foutre rien.Je n’avais pas rouvert «on the road» depuis des lustres, persuadé que l’engin fut définitivement tombé en désuétudes par l’élite de notre époque crapoteuse en récits aussi émaciés que futiles...D’ailleurs,c’te aprèm’,j’ai vu le bouquin d’une de nos grandes clitoniques vespérales «épisto-fessières-de-la-moove» habillé de bandes fluos rouges et jaunes - comme pour les travaux publics.En espérant attirer les égoutiers,peut-être...

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...«On the road-2010».Surprises de taille,quatre grosses préfaces barrent la route et bouffent un tiers de la chaussée. Sur le rouleau compresseur beat(de "béatitude",nous disent les anges...), on y apprend des choses et par des fans,ce qui ne gâte rien,ou presque... comme dans la tentative du premier remaniement,une missive de l’agente littéraire de JK,Rae EVERITT : - « je me demandais si,cette fois,je pouvais exprimer ma réaction en toute honnêteté sur certains autres aspects du livre,sans que vous me l’arrachiez des mains...(sic)». Ambiance sympa d’extraction dentaire sans anesthésie,le caviardage passé de mano à mano amuse plus qu’il n’irrite KEROUAC convié à la manœuvre en réécrivant les passages litigieux d’une surabondance de détails,tous plus homériques les uns que les autres. La mouture terminale,gonflée à 450 pages sur les 257 se perd dans des allers-retours avant de finir sa «course échevelée» dans les bacs Yanks de 1957... Howard CUNNELL,à l’initiative de l’édition GALLIMARD-2010,avec un talent d’épistolier sadique en démonte l’affable dissection.Il faut changer les noms,les lieux,les marques,même jusqu’aux «aspects» du livre qui pourraient déranger le lecteur...Après moultes triturations anxiogènes des Quatre Préfaciers de l’Apocalypse,on finit par se lasser et la tendance à sauter quelques pages se fait durablement sentir...Et puis le texte arrive,original...mouais,mouais,mouais...Qu’a-t-il donc ce foutu texte pour que je ne m’y retrouve plus...pas même les histoires de benzédrine,de bagnoles volées,de Sanfran,de Greyhounds et de Béa-la-mexicaine...je décolle un peu sur les premières pages et je me perds dans les suivantes,au point qu’IL me tombe des mains...Le moteur du récit a de drôles de dératés informelles,inextinguibles,mais le charme opère. LE style - toujours le style -,on y reconnaît toutes formes de survivance aux académismes,aux fioritures,au décorum... Finalement,c’est cette distanciation de «brouillamini» qui en suce le poison jusqu’à l’amertume. Et quelques soient les renversements narratifs,c’est toujours JK qui tient les commandes,donc «rien ne change vraiment»,pour consacrer à la formule des détracteurs,si ce n’est que l’œuvre se déroule comme une année solaire,en quatre saisons,quatre parties d’une tautologie complète et maîtrisée...à se demander ce que les jeanfoutre viennent poser leur groin là-dedans...les histoire du IT,de la «pulse»,de la hype!...mouahah!ah! on voit que les cadres moyens et autres "employé(e)s de bureau" ne se contentent plus du paradigme de leurs idoles de plastique/pébroque selon que les courants de la fosse sceptique les amènent du 1er au second degré,de la bactérie aux chlamydias en passant par les gonocoques (multicoques de cette descente de rhum éffréné...).Quelle fantastique ménagerie de gastro-entérologue!..De DESPENTES à HOUELLEBECQ,en passant par LEVY,la Route de Damas est,certes,pavée de bonnes intentions... La version originale - expurgée de son éblouïssant lyrisme - débouche sur un cul de basse fosse parce que KEROUAC avait raison comme prophète,et non comme «littérateur» de bacs à sable.Subversif,avant tout... Et puis,et puis...de tout temps et de tout poils,les pisse-vinaigre se sont donnés comme mission de faire et refaire inlassablement le procès de l’«errance» de K. et de sa «prose spontanée»,ainsi que de ces soi-disantes "orgies sexuelles",qui n'ont vécu qu'en fantasmes dans les têtes des donneurs de leçons,terribles et pathétiques diffamateurs... ("médisez!médisez!il en restera toujours quelques choses...") - avec le net,on rencontre encore des jobards qui proposent «le voyage du Che à moto» ( !!!) à la place,ou bien le «vrai bouddhisme zen» comme antidote,puis arrivent toutes sortes d’évangélismes sacerdotaux tendus en priapisme moral,civilisationnel,RESPONSABLE enfin!...Et on peut se demander qui de ces catégories vieillissent le plus mal... Comme il y eut "le bon,la brute et le truand" en prolongement de ces bonnes vieilles légendes de l'Ouest,et bien il y eut GINSBERG-le-Gay,BURROUGHS-le-Flingueur et KEROUAC-le-Tendre,improbable trio connu sous le nom du gang de la Beat-génération.Au milieu de l'Amérique coulait un fleuve charriant les troncs noirs d'un "rêve" éponyme,et le "On the road" de JK décline ses forces obscures,éclatantes,insolites mais jamais banales.Il y avait un vide,et comme dame Nature a horreur de celui-ci,l’écrivain-poète l’a comblé.Depuis,7 000 000 de lecteurs se sont lancés «sur la route»,seconde vente ricaine après la Bible...fait pas chaud,dehors. ... (Michel REYES - 27 Octobre,en l'an 9 Ground Zéro).

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Commentaires

The blog is very good!
Congratulations!
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Écrit par : Nel | 22 janvier 2011

Kerouac a été une de mes belles lectures de ma jeunesse, avec The Doors....

Écrit par : Delcuse | 16 avril 2011

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