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23 décembre 2016

Vincent Van Gogh,jusqu’à l’absolu... : "...Haro avec la psychanalyse..."

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                     Trois Vincent pour en fabriquer un...La persistance de l’Art jusqu’au-boutiste perdue dans les champs de blés sous la forme d’un bagnard suicidé en cette soirée particulière de juillet 1890.Toutes les formes acceptables,civilisationnelles,d’une mésentente totale,quasi définitive et perpétuelle prennent fin sous une mansarde misérable d’un village du Nord parisien,Auvers/S/Oise...Encore une fois,le génie fracassé donne tout son  sens à ce que préfigurera la broyeuse de chairs et de sang de 1914 des équarrissages de la Somme...

          Pratiquement percé de part en part d’une arme que l’on ne retrouvera pas, la mort du peintre Van Gogh qui préférait signer «Vincent» avant de ne plus rien signer du tout,fut cette chute dans le néant; ce qui,paradoxalement pouvait paraître bien dérisoire aux 5 000 corps journaliers tombés dans la glaise  et la tourbe de l’enfer permanent de la Grande Guerre.Et pourtant... 

         Tous les obstacles nihilistes franchis,la gloire de ce van gogh-là n’émergea qu’un siècle plus tard aux contours d’un «modernisme» naissant,avant que de l’occire à nouveau,l’Art visible,contemporain,ne fasse les tapages d’une cour d’un Palais Royal d’une œuvre anthropométrique,médico-légale et «non-entretenue» à son corps défendant d'un artiste (Buren) et le caprice d’un retrait (sous chantage de la menace comique d’un enlèvement de son oeuvre...),et qui ira de son «caca nerveux» sans souffrir de la balle fatale,lui. 

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                  Nous sommes bien loin,aux antipodes des exigences de la beauté,de l’étrangeté, de la définition de l’«oeuvre».Et on ne peut que saluer bien bas ce recadrage exceptionnel...Malgré les milliers de signes agiographiques,picturaux,épistolaires laissés par l’artiste franco-hollandais et quelques révélateurs abonnés,le pillage ne s’est jamais autant opéré du cadavre d’opérette de la Cour du Palais Royal,mais il en est d’autres,hélas,tout aussi blêmes que les commentaires flatulent de l’infini narcissisme...Notre ère désinhibée se veut obsessionnelle jusqu’à l’extravagance,dont acte. Passons...

       Mais de nos trois Van Gogh,(d’après l’essai de Viviane FORRESTERVan Gogh ou l’enterrement dans les blés»),un seul a peint six semaines avant sa mort cette «maison blanche de nuit »(vers huit heures du soir, le 16 Juin 1890, selon la position de Venus constatée par les astronomes dans le tableau exposé à l' Ermitage (déf.wikipédia)...).

       Nous sommes bien d’accord,et il ne s’agit pas là d’une «explication freudienne» de plus,ou de méthodes psychologiques chères à madame FORRESTER,dont l’œuvre bien souvent talentueuse,permet aussi de déceler quelques pistes supplémentaires.Tout le système de cette toile à l’aspect diurne «contrarié»,indéfinissable,entre chiens et loups me fait penser au MAGRITTE de «l’Empire Des Lumières»* de 1954.

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       On ne sait,malgré l’éclairage allumée de la masure fuyante ainsi que son ciel de traîne dans l’espace droit de la toile,si c’est bien du jour ou de la nuit que notre trio féminin exprime une scène pour le moins étrange.Est-ce bien l’astre solaire ou Vénus qui plastronnent en haut de la toile ?...Les rougeurs incandescentes du premier étage infirment l’acte nocturne d’un crime de sang,passionnel,comme cette femme de premier plan – svelte silhouette hellénique portant curieux cabas rappelant la tête d’un supplicié agrippé par les cheveux.Et d’une autre main,que l’on pourrait prendre pour un poignard,une fuite avenante vers la sortie de la toile...Et si le poids de toutes ces charges courbe cette Persée vers l'avant,d'un pas que l'on devine aletier,féminin,....d'une allure de spectre et "Commandeur" restant insensible à toutes remontrances morales.Queques spasmes à la psychanalyse empruntés,ce croisement des chemins rappellent aussi "l'église d'auvers" et "le champ de blés aux corbeaux"... Des fourches caudines,de la dualité,du double-sens. En clair,de l'art jumeau d'être semblable sans vraiment l'être.

        Les jours du peintre étaient comptés,son moral au plus bas,une femme lui donnait le coup de gràce.La transposition symbolique et l’arrivée de sa belle sœur,Jo Bonger enceinte du «frère» Théo,couperont les maigres subsides restants émiettés par un frère marchand de tableaux d’une longue lignée d’autres marchands de tableaux émérites.Incompréhensible alors est cette situation d’indigence absolue ...Il n'y a rien à faire,ce ne sont pas ces tableaux-là qui font marcher le commerce.

         De l’ex voto peint en 1890,le  funeste conciliabule du duo à l’arrière marque l’entrée du jardin,du théâtre tel un temple...

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Jugement dernier mortifère,on pourrait palabrer à l’infini sur les «peintures gardant leur calme malgré la débâcle»,dixit le Vincent marquant la fin des haricots... «mais que veux-tu...» aussi,en cette simple phrase laconique d’ultime missive dans les poches du suicidé et la sortie de Vincent II succédant au premier Vincent I,mort un an - jour pour jour -,avant la naissance du second...

         «Vincent premier», ce spectre aux hallucinations de peintre jamais rassasié du sort qu’on lui a réservé,l'impromptu irruptionne la vie du second.Toute l’enfance de Vincent II fut de croiser cette tombe enfouie derrière le presbytère familial,marquée de son nom,prénom et date changeant si peu de la sienne...Curieuse question pour un enfant....,jusqu’au troisième Vincent,dit l’ingénieur,qui construira ce supermarché aux lettres flamboyantes "VAN GOGH,RIEJKSMUSEUM" siégeant à Amsterdam sous les signes de l'Apocalypse,de la révélation-rareté tant attendue...

       Mission accomplie comme un acte à la Génèse,le mort-né croupissant de la tourbe du Brabant fut vengé par la ribambelle de Van Gogh s’appelant à tours de bras "Vincent" ou "Théo"...Hasard féroce du destin,le dernier Théo tombera sous la lame d’un islamiste aux alentours du XXIème siècle naissant.Des préceptes qui ne collent pas...Un autre drame,une autre filliation.Encore un malentendu.

       N’oublions pas que le peintre Van Gogh,parmi la multitude de portraits d’anonymes et d’amis proches,n’effectuera aucune toiles,croquis, représentant son frère ou la belle sœur enceinte déjà de l’ingénieur...comme s’ils n’étaient pas au même monde.

      Michel REYES,29 janvier - an 09  après Ground Zéro

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( * illust.L'Empire des Lumières.R.Magritte )

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