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29 décembre 2007

LIONEL MAZARI : LES NOMMEURS D'ETOILES.

 

L'ombre verte de notre néant imparfait se déplace,

sans charrier les runes de terre dont nous l'avons percée.

Elle n'enlise le corps que pour le rendre marqué

à une virginité de ritournelle.

Mais il y a là toutes sortes d'ombres étendues à sécher:

l'ombre-chèvre

qui tourne comme un animal autour du piquet de sa chose;

l'ombre-lionne

qui glisse librement vorace sous les nuages;

l'ombre-étincelle de l'oiseau,

l'ombre-brûlure qui traverse la paume.

 

Il y a des gens qui brûlent le long des quais,

sur les chemins de halage,

au fond du ciel aussi,

à la surface des lacs ce sont les mêmes.

Comme des signaux de néant,

une attraction pour le sourire.

Artificiers en feu pour nuits de cendres,

métreurs de l'absolu à petites flammes,

préparateurs d'azur dans le frisson des caves,

fabricants d'yeux,

chercheurs de freintes occupés à tamiser les dépôts du vide;

tous calcinés sans qui la fête ne serait pas pour nous.

 

Certains ont arrangé les contours de leur ombre;

cela se voit sur leur visage:

ils vont plus transparents dans le mystère.

En marchant,

ils accompagnent la course des arcs-en-ciel

qui prennent source dans les larmes.

Ce sont les trouble-fêtes des morts,

ceux qui serrent la destinée des hommes

en refermant leur poing,

et donnent le bras à des vents fatigués.

Ils ouvrent des voies nouvelles à chaque pas,

mais contrarient le vol.

Leur apparition est comme un rendez-vous d'amour,

mais vont attendre ailleurs, à une autre heure.

Ils tendent la main pour nourrir les étoiles,

et ces perles ressemblent

à des regards d'oiseaux chez l'empailleur.

Ils donnent des prénoms aux choses mortes;

des graines de destin embroussaillent les sentiers.

Leurs caresses sont nommeuses d'étoiles.

 

Pourtant, ils savent bien que non.

Ils sont, dans le chaos du sens,

des étoiles sans nom,

une pensée d'avant la langue.

Ils ne croient pas à des choses très simples:

à la succession,

aux liens,

aux distances.

Ils font bloc.

Dans l'ubiquité, ils font bloc.

Toute une vie les arrose de l'échec satisfait des possibles.

Ils cherchent la formule,

qui n'est surtout pas magique;

une formule d'abolition destinée à ne pas transformer,

ne pas choyer,

ne pas privilégier;

une formule pour révéler.

Une formule révélatrice.

Ils vivent en état de choc,

sans rien heurter,

par manque de temps,

par défaut de croyance.

Pour mourir, il leur suffit d'y croire,

un instant;

et ça leur vient sans douleur,

comme une montée de l'absence,

une bouffée.

Leur mort est dans les choses

et leur mort est possible.

Ils en reviennent par rétention.

 

Ils ne croient pas aux choses,

pas au combat des hommes;

ils ne croient pas.

Ils vivent dans un monde sans violence,

au milieu des coups,

des hurlements,

de l'odeur du mal,

parce qu'on leur a arraché les sens,

excisé les nerfs.

Ils disent cela mais ils ne croient toujours pas

à la succession,

aux liens,

aux distances.

Ils cherchent le nom,

pas l'argument.

Ils peuvent mourir quand ils veulent.

Sans cruauté.

Par une incantation même pas murmurée,

à peine pensée.

Dans un chaos, au large.

Ils savent bien que non.

Ils attendent la formule.

Elles viennent par centaines,

par milliers,

par millions.

Ils ne croient pas aux nombres.

 

Mais nul ne songe à moquer la naïveté d'un mortel;

et sa guerre n'est pas un écueil à la fête

chaque fois qu'on signale une étoile.

Voici l'heure de grande jouissance.

L'air se condense autour d'une chaleur sans nuit.

Quelqu'un a essayé de traverser la vie par le quai nord,

où frappe maintenant son triste corps qui flotte.

Personne pour nous dire d'entrer et nous accueillir

au dîner froid où s'attarde le jour pesant;

aucun brigand d'un soir ne mise,

sur la table d'hôte,

la bourse d'or gris qui tinte faux dans les plats vides

et résonne dans les instruments silencieux.

Un jeu savant de flammes dessine sur les vitres

des messages sans secret;

car il faut, pour y voir, allumer des feux sous la canicule.

Et les rares nuages attendus 

prennent l'allure de paroles décevantes.

Texte de Lionel Mazari paru dans le recueil l'impossible séjour et dans la revue Décharge en 1997

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Lionel MAZARI :texte et voix principale 
« Poêmes de l’homme qui pleure »
Mixé par M:REYES

MUSIQUE/ASTRAL PROJECTION 9’58
podcast

 

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